Effrayées par le spectre d’une déclaration unilatérale d’indépendance, banques et grandes entreprises envisagent de quitter la région. Certaines ont déjà décidé de déménager leurs sièges sociaux hors de Barcelone.
Un frisson de peur parcourt les milieux d’affaires en
Catalogne, l’une des plus riches régions d’Espagne, avec 19% du PIB
national en 2016, et qui assure le quart des exportations des PME
nationales : le spectre d’une déclaration unilatérale d’indépendance,
qui pourrait se produire dès le début de semaine prochaine lors d’une
session parlementaire dans l’hémicycle autonome de Barcelone, effraie
magnats et dirigeants des principales entreprises. Alors que le
gouvernement espagnol a appelé vendredi les séparatistes catalans à
dissoudre leur Parlement et à convoquer des élections dans la région,
pour surmonter la crise entre Madrid et Barcelone, le FMI a estimé que «les tensions et les incertitudes» pourraient «peser sur la confiance et les décisions d’investissement». Déjà, c’est le début de la débandade. La Banco Sabadell, sis dans la ville homonyme et 5e entité du pays, a décidé de déménager son siège social à Alicante, dans la région valencienne. La Caixa, 3e banque
d’Espagne, et colosse financier de la Catalogne au fort pouvoir
symbolique, décidera aujourd’hui – au cours d’un conseil
d’administration extraordinaire – de s’installer ou pas à Palma de
Majorque, aux Baléares. Pour gâter les affaires des sécessionnistes, le
gouvernement Rajoy prépare un décret-loi facilitant les «déménagements
express» du siège des sociétés qui le souhaitent.
Il est logique
que les banques réagissent les premières, dans l’affolement, à la
possibilité d’une indépendance. Si leur personnel demeurerait en
Catalogne, l’installation de leur siège social dans une autre province
les met à l’abri – ou en tout cas diminue grandement les risques – d’un
«bank run», un retrait massif des dépôts clients. Le Sabadell et la
Caixa comptent des centaines de milliers de clients dans toute
l’Espagne. Leurs craintes majeures : vivre dans l’incertitude juridique,
être plongés dans une crise de liquidités sans précédent, être relégué
hors de l’Union européenne, une fois l’indépendance déclarée, et donc ne
plus avoir accès aux fonds de garanties de l’UE et au financement
offert par la BCE. Et ce, dans un contexte de crise financière
considérable : La Catalogne est l’une des régions les plus endettées
d’Espagne, à hauteur de 80 milliards d’euros, et une bonne partie cette
dette, 62%, est détenue par l’Etat. A en croire l’agence Bloomberg, la
riche clientèle des grandes banques catalanes a commencé à transférer
ailleurs.
Saignée économique
Mais le possible tsunami ne
s’arrête pas aux établissements financiers. Des fleurons de l’économie
installés en Catalogne envisagent de partir. Ainsi, le géant Gas Natural
(qui a des intérêts dans tout le pays) ; le groupe d’infrastructures
Abertis (à titre d’exemple, l’autoroute AP7, qu’il gère, se situe en
Catalogne, mais appartient à l’Etat espagnol) ; ou encore Freixenet, une
entreprise fondée en 1861 et très liée à la culture catalane, qui
produit notamment le fameux cava – le champagne espagnol –, et
dont le patron, José Luis Bonet, n’a jamais caché sa distance avec les
autorités séparatistes. Citons aussi l’exemple édifiant de Dogi, une
entreprise de textiles, propriété de la famille Domenech. S’ajoutent à
cette liste de firmes qui, en cas d’indépendance, ont assuré qu’elles
quitteraient les lieux sur le champ, le spécialiste de biotechnologie
Oryzon, la compagnie de télécommunications Eurona, la société de
diététique Naturehouse…
Les autorités séparatistes – tout particulièrement Oriol Junqueras,
leader indépendantiste de la première heure et ministre régional de
l’Economie – ont beau assurer que cette saignée économique n’aura pas
lieu, les craintes sont réelles ; si cette avalanche se produisait, nul
doute que d’autres groupes suivraient le mouvement. Ainsi que l’ont
annoncé, par exemple, plusieurs succursales allemandes installées dans
la région, et très pourvoyeuses d’emplois, tels Bayer, Lidl ou
Volkswagen. «Pour l’économie de l’hypothétique République de Catalogne, ce serait catastrophique, assure l’économiste Carlos Segovia. Ce sont autant d’impôts de société qui ne seraient plus payés au futur fisc catalan, mais versées aux caisses espagnoles.»

