L'avenir de la dynastie Bongo, au pouvoir depuis 1967, est en suspens au
lendemain de la présidentielle au Gabon alors que le président sortant
Ali Bongo et son rival Jean Ping, ex-proche du régime, se disputent la
victoire.
Les électeurs
(628.124 inscrits au total) ont voté samedi en nombre et dans le calme.
Mais la fermeture des bureaux de vote a sonné l'heure de tous les
dangers: le dépouillement et la centralisation des résultats, avant la
proclamation du vainqueur du vote à un tour, attendue à partir de
lundi. La bataille des annonces contradictoires a commencé dès samedi
soir. "Nous sommes en mesure d'affirmer que notre candidat, Ali Bongo
Ondimba, emportera la victoire (...) Nous sommes déjà en route pour un
second mandat", a déclaré vers 23h15 (22h15 GMT) son porte-parole
Alain-Claude Bilie-By-Nze, reconnaissant "qu'aucun chiffre ne peut et ne
doit être avancé à ce stade". "Sur 20% des suffrages que nous avons
enregistrés, Ali Bongo Ondimba a moins de 40% et Jean Ping, plus de
57%", a déclaré à l'AFP un porte-parole de l'opposant, Jean-Gaspard
Ntoutoume.
Les
accusations de fraudes ont aussi commencé à fuser de part et d'autre,
malgré la présence de dizaines d'observateurs européens et africains qui
doivent garantir un processus électoral "clair et transparent", comme
l'a répété M. Bongo samedi. "Nous avons noté des fraudes massives en
particulier dans les zones où les représentants de l'opposition ont pu
arriver dans les bureaux de vote en premier", a accusé le porte-parole
d'Ali Bongo. "En face, nous savons qu'ils préparent la triche, c'est à
vous d'être vigilants", a lancé M. Ping à la presse après avoir voté.
Ses partisans ont tenu à assister au dépouillement dans de nombreux
bureaux.
"Le jour de gloire"
Veste bleu marine et chemise
bleu ciel, Ali Bongo, 57 ans, a voté près du palais du bord de mer,
siège de la présidence qu'il occupe depuis sa première élection en 2009
après la mort de son père Omar, au pouvoir pendant 41 ans. "Je suis
serein", a assuré le chef de l'Etat au terme d'une campagne à
l'américaine avec pour slogan "Changeons ensemble". Son équipe a déclaré
qu'elle accepterait "le résultat de cette élection, quel qu'il soit",
demandant à "l'opposition d'éviter les provocations politiques". "Le
jour de gloire est arrivé!", a proclamé quant à lui M. Ping, 73 ans,
ex-patron de l'Union africaine (UA) et surtout ex-ministre de Bongo père
dès les années 1980. Compagnon dans le passé d'une fille d'Omar Bongo,
M. Ping n'en promet pas moins "la première alternance et la deuxième
indépendance du Gabon".
"On veut sanctionner le PDG", le parti au
pouvoir, lance l'une de ses électrices, Dolorès, dans un bureau mêlant
classes moyenne et populaire à la sortie de la ville. Et la jeune femme
d'énumérer une litanie de problèmes sociaux: "pauvreté", "pas de
travail", "pas de médicaments", "routes à moitié construites"... Les
observateurs de l'Union européenne (UE) et de l'Union africaine (UA)
n'ont fait état d'aucun incident, à part des retards à l'ouverture dans
plus de la moitié des bureaux. Tout juste le démantèlement d'un "bureau
de vote parallèle" dans un quartier de Libreville a-t-il suscité
quelques tensions en début de journée. Le vote s'est également déroulé
dans le calme à Port-Gentil, la capitale économique, où des violences
avaient éclaté en 2009 après l'élection d'Ali Bongo. "La meilleure façon
de chasser Ali et toute sa bande de danseurs, c'est dans les urnes", a
déclaré à l'AFP une électrice, Françoise Mba. "J'ai voté pour donner un
coup de pied à cette bande de fausse opposition qui n'a pas de projet
pour le pays", assurait au contraire Steve, 32 ans.
Pauvreté
Frappée
par la crise du pétrole, Port-Gentil est une ville symbole des tension
sociales au Gabon. Un tiers des quelque deux millions d'habitants vit
dans la pauvreté malgré de grandes richesses forestières et
minières. Vendredi, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon
avait exhorté les candidats "à s'abstenir de toute incitation à la
violence".
"Des violences se préparent dans certains quartiers de
Libreville et à Port-Gentil. Nous avons déjà identifié les leaders",
avait confié mercredi à l'AFP une source gouvernementale. Les forces de
sécurité étaient présentes dans les bureaux, et de manière normale dans
la capitale. Par sécurité, les autorités avaient fermé les frontières
terrestres, maritimes et aériennes samedi de 00H00 à 20H00. En l'absence
de sondages, Ali Bongo a longtemps fait figure de favori face à Jean
Ping. Le rapport de force s'est rééquilibré avec l'alliance mi-août des
principaux candidats d'opposition autour de Jean Ping.
source: Paris Match et AFP

