© Andrew Harnik/AP
Hillary Clinton prononce un discours dans l'Iowa, le 28 octobre 2016.
À dix jours du scrutin pour l'élection présidentielle
américaine, le FBI a relancé l'enquête sur la
messagerie privée
d'Hillary Clinton. Celle-ci pourrait avoir des répercussions importantes
sur la campagne de la candidate.● Quelle est l'origine du scandale?
L'usage
frauduleux de la messagerie par la candidate remonte au mois de janvier
2009, lorsque Hillary Clinton arrive au département d'Etat américain.
Elle décide de continuer à utiliser son adresse mail personnelle plutôt
que la messagerie officielle de l'administration qui est mise à sa
disposition. Cet usage est totalement interdit par la loi fédérale, qui
instaure que les correspondances officielles soient entièrement
conservées. Cette situation dure près de quatre ans.
L'utilisation
du compte personnel d'Hillary Clinton n'aurait probablement jamais été
découvert sans l'attaque du consulat américain de Benghazi, en Libye, en
septembre 2012. L'enquête, qui démarre en mai 2014, veut établir la
responsabilité d'Hillary Clinton alors à la tête du département d'Etat.
Une commission du Congrès va analyser les courriels échangés entre cette
dernière et ses conseillers pendant la période de l'attaque. C'est
alors qu'elle apprend l'existence de cette adresse personnelle. Hillary
Clinton sera, à la fin de l'année 2014, obligée de fournir plus de
30.000 courriels reçus et échangés par ce biais. La presse n'en prendra
connaissance que trois mois plus tard, en mars 2015.
● Quelle est la stratégie de défense d'Hillary Clinton?
La
candidate à l'élection présidentielle a expliqué utiliser son adresse
personnelle pour des questions de commodité. «Je pensais que ça serait
plus facile pour moi d'avoir un seul outil pour mes mails personnels et
professionnels», se jusitifie-t-elle maladroitement lors d'une
conférence de presse, en mars 2015. Hillary Clinton assure que beaucoup
de ses messages étaient «privés» et «personnels», ayant pour objet le
mariage de sa fille Chelsea, l'organisation de ses vacances, ses cours
de sport...
Une vingtaine de messages «top secret» ont néanmoins
été recensés sans être publiés. Dans de nombreux courriels, Hillary
Clinton évoque notamment l'attaque de Benghazi.
Sa plus grande
erreur de communication politique est d'avoir déclaré que cet usage
privé était «autorisé», ce qui est totalement faux. Un rapport a établi
que même si elle avait demandé une autorisation, elle lui aurait été
refusée pour des raisons de confidentialité et de sécurité.
● Quels sont les risques pour Hillary Clinton?
Le
FBI s'était exprimé une première fois en juillet dernier, se déclarant
non favorable à l'engagement de poursuites malgré la «négligence
extrême» de l'ancienne secrétaire d'Etat et de ses proches
collaborateurs. La décision du ministère de la Justice américain avait
conforté cette première décision.
Mais, ce vendredi 28 octobre
dans un courrier adressé à plusieurs membres républicains du Congrès, le
directeur du FBI James Comey annonce que l'agence fédérale a appris l'existence de messages électroniques envoyés par la candidate qui méritaient une nouvelle enquête:
«J'ai donné mon accord pour que le FBI prenne les mesures d'enquête
appropriées afin de permettre aux enquêteurs d'examiner ces emails et de
déterminer s'ils contiennent des informations classifiées, et pour
déterminer leur importance dans notre enquête» a-t-il déclaré.
● Cette enquête pourrait-elle entraver sa candidature?
Si
la candidate démocrate est désignée vainqueur par les sondages, le
retour de cette affaire pourrait handicaper Hillary Clinton. Même si,
selon les déclarations du patron du FBI, il n'est pas sûr de trouver des
informations «significatives» dans les emails après l'enquête fouillée.
Le rapport et les conclusions de l'investigation pourraient être rendus
après le vote du 8 novembre prochain.
Mais même sans conséquences judiciaires immédiates, l'impact politique de la reprise de cette affaire est désastreux, et alimente le discours sur «la corruption d'Hillary Clinton»
du candidat républicain Donald Trump: «Nous devons l'empêcher
d'apporter ce comportement criminel dans le bureau ovale» s'est-il
exclamé ce vendredi lors d'un meeting dans le New Hampshire. «J'ai un
grand respect pour le fait que le FBI et le ministère de la Justice
soient désormais disposés à avoir le courage de corriger la terrible
erreur qu'ils ont commise en classant leur enquête» a conclu le
milliardaire américain.

