La tension monte entre les Etats-Unis et le Mexique au lendemain d'une série d'annonces anti-immigration par Donald Trump, à commencer par la construction de 2.000 km de mur à la
frontière entre les Etats-Unis et le Mexique... Le président mexicain Enrique Pena Nieto a annoncé jeudi qu'il annulait sa visite à Washington, où il devait rencontrer le 31 janvier son homologue américain Donald Trump.
"Ce
matin j'ai informé la Maison-Blanche que je n'assisterai pas à la
réunion de travail programmée mardi prochain avec @Potus" (acronyme de
"President of the United States), a ainsi écrit M. Pena Nieto dans un
message sur Twitter.
Quelques heures plus tôt, le nouveau
président américain avait provoqué son homologue en lançant, également
via Twitter, que "si le Mexique n'est pas prêt à payer le mur, qui est
vraiment nécessaire, ce serait mieux d'annuler la rencontre à venir"...
Le traité de libre-échange Alena sera renégocié
M.
Pena Nieto était sous la pression de son opposition, qui réclamait un
ton plus dur vis-à-vis de Washington ainsi que l'annulation de la
rencontre à la Maison Blanche.
Les ministres mexicains des
Affaires étrangères et de l'Economie se trouvent pourtant à Washington
depuis deux jours pour préparer cette rencontre, qui devait évoquer la
question du mur, mais aussi celle, tout aussi délicate, de la
renégociation du traité de libre-échange nord-américain Alena, exigée
par Donald Trump.
Mercredi, le président américain a signé un
décret ("executive order") lançant la construction d'un mur à la
frontière entre les Etats-Unis et le Mexique pour endiguer l'immigration
clandestine, la promesse la plus emblématique de sa campagne... Il a
aussi signé un décret visant à réduire les financements fédéraux versés
aux "villes sanctuaires" américaines, qui accueillent des immigrés
clandestins...
La taxe sur les produits mexicains ramenée de 35% à 20%
Lundi,
Donald Trump avait aussi confirmé son intention de renégocier
rapidement l'Alena, qui lie depuis 1994 les Etats-Unis, le Canada et le
Mexique... Le traité prévoit qu'à la demande d'un des signataires, le
processus de renégociation peut commencer et durer au plus 180 jours.
Donald
Trump, qui estime que l'Alena avantage le Mexique de façon
disproportionnée, avait menacé d'imposer des droits de douanes jusqu'à
35% aux produits importés du Mexique, et a prévenu qu'en cas d'échec des
négociations, les Etats-Unis se retireraient purement et simplement de
ce traité.
Jeudi soir, la Maison Blanche a cependant annoncé
qu'elle proposerait finalement une taxe de 20% sur les importations de
produits mexicains. La nouvelle ne devrait cependant pas réjouir les
sociétés américaines ayant délocalisé leur production aux Mexique, à
commencer par les constructeurs automobiles. Cette taxe devrait, selon
la Maison Blanche servir à rembourser la construction du mur entre les
deux pays.
80% des exportations mexicaines sont destinées aux Etats-Unis
Le
Mexique risque très gros dans la renégociation de l'Alena. Le pays est
très dépendant économiquement des Etats-Unis, qui est destinataire de
près de 80% de ses exportations (320 Mds$ sur un total de 400 Mds$). Les
biens produits au Mexique (souvent par des sociétés américaines ayant
délocalisé leur production) entrent actuellement aux Etats-Unis en
franchise de taxes grâce au traité Alena...
La balance commerciale
des marchandises est ainsi nettement favorable à Mexico, avec un
excédent de 66,4 Milliards de dollars en 2010, ce qui a fait dire à
Donald Trump pendant sa campagne électorale que l'Alena (Nafta en
anglais) était "le pire traité commercial jamais signé" par Washington.
En
outre, on estime à 12 millions le nombre de Mexicains qui travaillent
aux Etats-Unis, dont environ 5,7 millions seraient en situation
illégale... Signe de la grande nervosité des investisseurs au Mexique :
le peso a chuté de plus de 15% par rapport au dollar depuis l'élection
de Donald Trump à la Maison Blanche, le 8 novembre dernier...
Le financement du mur se précise
La
frontière séparant le Mexique des Etats-Unis est longue d'environ 3.100
km, dont plus de 1.000 km sont déjà dotés (de manière discontinue) de
barrières, clôtures et murs, érigés sous la présidence de George W. Bush
à partir de 2006.
Donald Trump a indiqué précédemment que le
remboursement du prochain mur, dont le coût est estimé à 14 milliards de
dollars, se fera sous la forme de "taxes" ou d'autres formes de
paiement. Le président américain semble donc désormais s'orienter vers
un financement par la future taxe d'importation de 20%.
D'autres
modes de financement avaient été envisagés, dont un relèvement des prix
des visas pour les Mexicains, ou une hausse des prix des péages sur les
ponts reliant les deux pays, voire la création de frais sur les sommes
que les Mexicains transfèrent des Etats-Unis vers leurs familles restées
au pays...
Il reste qu'en pratique, le financement du mur n'est
pas encore garanti. Il faudra avant tout que le Congrès américain,
certes à majorité républicaine, vote son financement par les Etats-Unis,
avant d'en envisager le remboursement.

