Les progrès rapides réalisés par Pyongyang dans la recherche militaire est en partie liée à l'importation de moteurs soviétiques en provenance de l'Ukraine ou la Russie.
Les progrès
spectaculaires de Pyongyang en matière de missiles, au coeur des vives
tensions avec Washington, ont été réalisés grâce à des moteurs venus
d'Ukraine ou de Russie, et obtenus probablement sur le marché noir,
selon une étude de l'International Institute for Strategic Studies
(IISS).
Les tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord se
sont accrues ces dernières semaines "à un niveau inédit depuis la Guerre
de Corée" (1950-53), selon les ministres américains des Affaires
étrangères et de la Défense Rex Tillerson et Jim Mattis, après une série
de tests balistiques nord-coréens et une escalade verbale qui a
envenimé la situation.
"A chaque fois qu'ils font des essais de
missile, ou s'ils font un essai de missile nucléaire, ils gagnent en
expertise, et on peut dire qu'ils progressent à un rythme alarmant", a
estimé dimanche le directeur de la CIA Mike Pompeo.
Selon une
étude de l'expert Michael Elleman publiée lundi par l'IISS, un centre de
réflexion britannique, les missiles utilisés lors des derniers essais
nord-coréens étaient dotés de moteurs réalisés sur la base du RD-250, un
moteur qui était jadis fabriqué dans une usine de l'ex-Union
soviétique, dans ce qui est aujourd'hui l'Ukraine.
La Corée du
Nord a réussi en deux ans à aligner un nouveau type de missile à portée
intermédiaire, le Hwasong-12, et son grand-frère le Hwasong-14, un
missile balistique intercontinental (ICBM) testé avec succès à deux
reprises ces dernières semaines. Cette percée a relancé les craintes de
voir le régime de Kim Jong-Un capable de frapper le territoire américain
avec une arme nucléaire.
"Aucun autre pays n'a fait la transition
d'une capacité de moyenne portée à un ICBM en une période aussi
courte", explique M. Elleman dans son étude. Pour lui, le comment a une
réponse simple: "la Corée du Nord s'est procuré un moteur à carburant
liquide de haute performance venant d'une source à l'étranger".
Démenti ukrainien
Dans
une longue démonstration très détaillée, ce spécialiste des missiles
arrive, en procédant par élimination, à la conclusion que le type de
moteur utilisé par Pyongyang ne peut avoir été modifié que dans les
usines du groupe russe Energomash ou de l'entreprise ukrainienne KB
Ioujnoïe. Il est clair selon lui que les ingénieurs nord-coréens n'ont
pas le savoir-faire pour modifier ce moteur, le RD-250, tel qu'il est
utilisé sur leurs lanceurs.
Sous l'ère soviétique, le RD-250 était
conçu par KB Ioujnoïe et fabriqué dans l'usine Ioujmach à Dnipro, une
ville qui est aujourd'hui en Ukraine.
Le New York Times souligne
également lundi que les services de renseignement et les experts
concentrent leur enquête sur cette usine ukrainienne, qui aurait des
difficultés financières depuis la chute du gouvernement prorusse en
2014.
L'Ukraine et l'entreprise ont très fermement démenti lundi
ces informations. "Ioujmach n'a jamais eu et n'a aucun lien avec le
programme de missiles nord-coréens qu'il soit de nature spatiale ou pour
la défense", a réagi la société. "L'Ukraine n'a pas fourni de moteur de
missiles ou d'autre technologie balistique à la Corée du Nord", a
renchéri Olexandre Tourtchinov, secrétaire du Conseil national de
Sécurité et de Défense ukrainien, qui dépend directement du président
ukrainien, dénonçant une "campagne" des services spéciaux russes "pour
couvrir leur participation aux programmes nucléaires et balistiques
nord-coréens".
Or, le rapport de l'IISS suggère plutôt que les
moteurs, présents dans des entrepôts en Russie ou en Ukraine, peuvent
avoir été volés par "un petit groupe d'employés mécontents ou de
gardiens sous-payés", pour le compte d'un "des nombreux trafiquants
d'armes, réseaux criminels ou contrebandiers transfrontaliers qui
opèrent dans l'ex-Union soviétique". Et ce à l'insu des autorités de
Kiev et des responsables de l'entreprise.
(Challenges Avec AFP)

