La répression de la marche des chrétiens organisée dimanche à
Kinshasa a déclenché un torrent de
réactions choquées ou inquiètes. Dans
un communiqué publié ce mardi, le cardinal Laurent Monsengwo,
archevêque de Kinshasa, condamne « les agissements de nos prétendus
vaillants hommes en uniforme ».
« Comment ferons-nous confiance à des dirigeants incapables de
protéger la population, de garantir la paix, la justice, l’amour du
peuple ? Comment ferons-nous confiance à des dirigeants qui bafouent la
liberté religieuse du peuple, liberté religieuse qui est le fondement de
toutes les libertés ? » Le ton du communiqué du cardinal Laurent
Monsengwo, rendu public ce mardi, est sans équivoque.
Le cardinal avance des « preuves » de la « barbarie »
Le responsable catholique, déjà connu pour ses prises de position en faveur des mouvements citoyens la Lucha ou Filimbi,
qui ont fait du départ de Joseph Kabila du pouvoir l’un de leurs
principaux leitmotiv, qualifie de « barbarie » les méthodes employées
par la police congolaise pour réprimer la marche des chrétiens organisée
à Kinshasa ce dimanche 31 décembre, dans un contexte de black-out généralisé des communications
Et le prélat de lister ce qu’il qualifie d’autant de « preuves » des
agissements des forces de sécurité : « Le fait d’empêcher les fidèles
chrétiens d’entrer dans les églises pour participer à la messe suivant
l’ordre reçu d’une certaine hiérarchie militaire, le jet de gaz
lacrymogènes pendant la célébration eucharistique dans les différentes
paroisses de Kinshasa, le vol d’argent, d’appareils téléphoniques, la
poursuite, la fouille systématique des personnes et de leurs biens dans
l’église et dans les rues, l’entrée des militaires dans les cures de
quelques paroisses sous prétexte de rechercher les semeurs des troubles,
les tueries, les tirs à balles réelles et à bout portant sur des
chrétiens tenant en mains bibles, chapelets et crucifix, les
arrestations des prêtres et fidèles, etc. »
« Instrumentalisation de la liberté religieuse »
Et au-delà de la seule dénonciation du comportement de la police lors
de cette journée du 31 décembre, le cardinal Mosengwo dénonce plus
largement « l’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer
des intérêts occultes comme par exemple l’accaparement des ressources,
des richesses, le maintien au pouvoir par des méthodes
anti-constitutionnelles ».
Selon un bilan de l’ONU, « au moins cinq personnes » ont été tuées (un premier bilan faisait état de huit morts),
« plusieurs » ont été blessées et plus de 120 personnes ont été
arrêtées ce dimanche. Des chiffres que dément le général Sylvano
Kasongo, chef de la police de Kinshasa. Dans une interview accordée à Jeune Afrique ce mardi,
celui-ci affirme qu’il y a eu « deux morts seulement, un troisième
était un assaillant tué vers le marché de la Liberté, après l’assaut de
la milice Kamuina Nsapu ».
La Cenco exige pour sa part « une enquête sérieuse et objective pour établir les responsabilités sur les pertes en vie humaine et les agressions physiques
Interrogé sur le cas précis de la paroisse Saint Kizito, à Kingabwa,
dans la commune de Limete, et sur les images qui circulent sur les
réseaux sociaux dans lesquelles on voit clairement des policiers se
livrer à des violences et des extorsions sur les personnes qui sortent
de l’église dans laquelle des gaz lacrymogènes ont été lancés, le
général Kasongo a assuré que « des inspecteurs de la police sont déjà en
train de mener des enquêtes sur le terrain pour identifier les
policiers incriminés ».
Dans un communiqué publié ce mardi également, la conférence des
évêques catholiques de la RDC (Cenco), qui se dit « choquée par
les actes ignobles » exige pour sa part « une enquête sérieuse et
objective pour établir les responsabilités sur les pertes en vie humaine
et les agressions physiques ».
Source: Jeune Afrique

