Guinée : journée ville morte à Conakry à l’appel de l’opposition
Ce lundi a été décrété « journée ville morte » à Conakry et dans ses
environs par l'opposition
guinéenne, qui conteste les résultats des
élections communales donnant la victoire au RPG, le parti au pouvoir, et
exige un nouveau scrutin. Des manifestations ont démarré dans plusieurs
quartiers.
Des manifestants ont pris la rue, dans plusieurs quartiers
de Conakry, ce lundi matin, répondant ainsi à l’appel à une « journée
ville morte » lancé vendredi par une partie de l’opposition, qui remet en cause les résultats des élections communales du 4 février dernier, donnant la victoire au RPG-Arc-en-Ciel, le parti au pouvoir.
L’appel a notamment été suivi à Ratoma, fief de l’opposition
dans la banlieue de Conakry. La circulation est complètement coupée au
niveau des rond-points Cosa et Bambeto, sur l’autoroute Le Prince sur
l’axe Hamdalaye-Bambéto-Cosa-Cimenterie. Un important dispositif
sécuritaire a été déployé, comptant policiers et gendarmes, selon des
témoins présents sur place. Les manifestants ont érigé des barrières sur
les voies.
D’autres sources font état de barricades et de pneus brûlés
sur la voie également à Kipé, un quartier habituellement calme de la
banlieue nord de Conakry. Au contraire, le calme règne sur l’autoroute
Fidel Castro, dans le sud de Conakry
L’UFDG et le Bloc libéral affichent leur « unité retrouvée »
La décision de lancer l’appel à la « journée ville morte » a
été annoncée par une partie de l’opposition rassemblée vendredi 23
février, au QG de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) du
chef de file Cellou Dalein Diallo. « La paix sociale coûte plus chère
que la reprise des élections », a martelé ) cette occasion Faya François
Bourouno, porte-parole du Parti de l’espoir pour le développement
national (PEDN) de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté.
L’opposition accuse le gouvernement d’avoir utilisé les
moyens financiers et matériels de l’État pour influencer le scrutin. La
Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et ses démembrements
sont accusés, quant eux, d’avoir été « complices » de « l’utilisation
abusive de procurations pendant les opérations de vote ».
Toutes les institutions ont échoué : en commençant par le gouvernement, la Ceni et ses démembrements
« Apparemment, partout où l’opposition était en avance,
consigne a été donnée d’annuler les résultats des bureaux de vote
concernés. La Ceni attend la fin des travaux des CACV [Commission
administrative de centralisation des votes, NDLR] pour envoyer un
communiqué, comme pour se dédouaner, pour que cette élection ne soit pas
annulée », s’est insurgé le leader du Bloc libéral, Faya Millimouno,
porte-parole de l’opposition.
Pour lui, « toutes les institutions ont échoué : en
commençant par le gouvernement, la Ceni et ses démembrements. Mais là où
la déception est la plus grande, c’est lorsque ceux qui devaient dire
le droit ont échoué. Lorsqu’un magistrat dénie la justice à un
justiciable, c’est qu’il est un criminel en puissance, parce qu’il
pousse ainsi les gens à l’affrontement ».
Faya Millimouno affirme que l’opposition est « en train
d’établir une liste exhaustive de tous les magistrats qui ont fait
échouer la République » : « Ce sont des messieurs qui ne doivent pas
porter la robe, nous exigerons leur destitution. » Autre départ réclamé
par l’opposition, celui « de la Ceni, elle doit s’en aller ».
L’opposition exige par ailleurs la publication des « vrais résultats partout sur le territoire national ».
C’est pour obtenir satisfaction sur ces revendications qu’il
a été décidé de lancer « une série de manifestations commençant par une
journée ville morte à Conakry et ses environs, ce lundi 26 février », a
annoncé Faya Millimouno, qui assure que la démarche se fait « dans une
unité retrouvée » de l’opposition.
Son parti, le Bloc libéral, avait pris ses distances suite à
la signature de l’accord politique du 12 octobre 2016 entre le pouvoir
et l’opposition. Il précise également s’être éloigné de l’opposition
républicaine, un collectif dirigé par l’UFDG, mais assure avoir dans le
même temps « entamé des démarches pour reconquérir l’unité de
l’opposition guinéenne ».
Hormis le retour du Bloc libéral, arrivé quatrième à la
présidentielle de 2015 et qui a glané quelques sièges lors des élections
communales du 4 février, la conférence commune du vendredi 23 février, a
vu l’arrivée autour de l’UFDG, principal parti d’opposition, de
plusieurs autres partis moins influents sur l’échiquier politique
national, parmi lesquels Génération pour la réconciliation, l’unité et
la prospérité (GRUP), de l’ancien ministre Papa Koly Kourouma, ou encore
l’Union démocratique de Guinée (UDG), de l’homme d’affaires Mamadou
Sylla.
L’UFR prend ses distances
Nous n’avons pas été associés à la tenue de la réunion et nous avons une démarche différente
Absence notable, cependant, lors de cette prise de parole
commune : l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré. Ce
dernier, Haut représentant d’Alpha Condé, a également un membre de son
parti qui siège au gouvernement – au ministère de l’Élevage – et le
secrétaire exécutif de l’UFR, Baïdy Aribot, est deuxième vice-gouverneur
de la Banque centrale de guinée depuis novembre 2017.
L’UFR continue cependant de se réclamer de l’opposition, et
Sidya Touré n’a pas été tendre, en dénonçant les « irrégularités du
scrutin » communal, dont il souhaite également la reprise. Son parti
n’est toutefois « pas solidaire » de la déclaration de l’opposition et
de l’appel à la « journée ville morte ». « Nous n’avons pas été associés
à la tenue de la réunion [de vendredi, NDLR] et nous avons une démarche
différente », a confié à Jeune Afrique un membre du parti.
Le Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN)
de Lansana Kouyaté étaient également absent lors de la réunion de
l’opposition et n’est « pas un parti qui assume les décisions des
autres », a précisé son porte-parole, Faya François Bourouno. Et pour
cause : son parti n’a été informé « qu’à une demi-heure de la
rencontre »… Néanmoins, Faya François Bourouno « condamne la manière
dont les fraudes ont émaillé les élections », avant de conclure que « la
paix sociale coûte plus chère que la reprise des élections ».
Les Nouvelles forces démocratiques (NFD) de Mouctar Diallo
et l’Union des forces du changement (UFC) de l’ancien porte-parole de
l’opposition, Aboubacar Sylla, manquaient également à l’appel. Ces deux
formations sont en froid avec l’UFDG, leur ancien allié.
La Ceni se défend, le RPG accuse l’opposition de vouloir « le désordre »
Si c’est le départ de la Ceni qui peut garantir la paix dans le pays, tant mieux
Le président de la Commission électorale nationale
indépendante (Ceni), Amadou Salif Kébé, n’a pas souhaité « apporter de
commentaire politique » à la sortie médiatique de l’opposition. « On
nous a dit au début, que ces élections étaient les meilleures organisées
en Guinée. Techniquement, elles ont été inclusives », pose-t-il
d’emblée. Mais l’implication de son institution « prend fin le jour du
scrutin », tient-il à préciser : « La suite échappe à la Ceni. Ce sont
les magistrats qui gèrent le processus de centralisation ».
Quant aux demandes de l’opposition d’obtenir le départ de la
Ceni, Amadou Salif Kébé répond : « Si c’est le départ de la Ceni qui
peut garantir la paix dans le pays, tant mieux. »
Mohamed Fofana, de la Cellule de communication du RPG
Arc-en-ciel, dit ne pas être surpris des demande de l’opposition. « Le
projet de l’opposition, c’est d’entretenir le désordre dans le pays. Il y
a des voies de recours pour contester les résultats. C’est la justice
qui est habilitée à juger et à trancher les contentieux ». Et pour lui,
« le fair-play politique implique l’acceptation de la défaite ».
« À Mamou, le recours du RPG a été rejeté par la justice.
Cellou Dalein Diallo qui est le chef de file de l’opposition s’en est
félicité. S’il perd ailleurs, il doit l’accepter. C’est cela être
républicain », insiste Mohammed Fofana, avant de préciser que « la Ceni
n’est ni la propriété du président Alpha Condé, ni celle du RPG. Elle
émane de la classe politique et de la société civile. Si elle a échoué,
c’est l’échec de tout le monde, y compris celui des représentants de
l’opposition au sein de l’institution. Je demande à l’opposition de se
ressaisir ».