
Les milices séparatistes ont affronté les soldats de
l’armée camerounaise au cours de combats qui se
sont déroulés dans les
régions anglophones les 5 et 6 février. Objectif visé, imposer dix jours
de villes mortes afin de boycotter la célébration de la fête nationale
de la jeunesse qui se tiendra le 11 février prochain.
On les croyait affaiblis après des pertes en hommes successives
enregistrées au cours de ces dernières semaines. Mais défiant les
mesures prises par les autorités administratives, les milices armées du
mouvement sécessionniste anglophone viennent une nouvelle fois de
montrer leur capacité de nuisance, en imposant depuis le mardi 5 février
des journées « villes mortes » dans les régions du Nord-Ouest et du
Sud-Ouest.
Selon un habitant du quartier Bonduma à Buea joint par l’AFP, des
tirs ont été entendus ce mercredi matin, dès 5h00 (04h00 GMT). « Je peux
voir une grosse fumée noire de ma fenêtre », a-t-il déclaré. « Une
cinquantaine d’Amba Boys [séparatistes anglophones armés, ndlr] sont
arrivés ce matin dans mon quartier, ils ont tiré en l’air » pendant plus
de deux heures « et ont brûlé trois voitures, les militaires sont
arrivés ensuite et ont fait fuir les Amba Boys », a-t-il ajouté. Selon
une autre source, le corps d’un soldat décapité a été retrouvé non loin
du siège du General Certificate of Education Board (GCE Board), au
quartier Sandpit.
Reprise des affrontements
Mardi déjà, des tirs nourris avaient été entendus dans les villes de
Muyuka et Buea, où les populations étaient restées cloîtrées chez elles à
la demande des sécessionnistes et par crainte de représailles. « Il y a
des coups de feu partout. Personne ne peut mettre un pied dehors »,
rapportait alors à Jeune Afrique un responsable d’un
établissement scolaire vivant à Mutengene. « Mes élèves sont à Tiko. Je
ne sais pas ce qui se passe là-bas. Il n’y a pas moyen de sortir »,
soulignait-il, inquiet.
Scénario similaire à Kumba, où une coupure d’électricité a favorisé
l’arrêt total des activités dans une ville en partie vidée de sa
population. À Bamenda, un bilan non officiel évoque la mort de deux
individus non identifiés dans des affrontements qui se sont produits à
Ntaruru, dans la périphérie de la ville.
Des « ghost towns » aux « lockdown »
Le mardi était pourtant jusqu’alors un jour ouvrable en zone anglophone, contrairement aux lundi, réservés aux fameux « ghost towns »
– ces protestations pacifiques initiées par les leaders anglophones il y
a deux ans. Il y a quelques semaines cependant, les activistes
sécessionnistes ont annoncé 10 jours consécutifs de villes mortes. Elles
ont commencé le 5 février et devraient se poursuivre jusqu’au 14.
Ceux-ci espèrent ainsi empêcher la célébration de la fête de la
jeunesse du 11 février. Une date qui rappelle aux populations
anglophones le référendum de 1961, au cours duquel l’ancien Southern
Cameroons avait choisi de rejoindre la République du Cameroun.
Alertés, les autorités administratives avaient pourtant adopté des
mesures pour contrer cette initiative. Le 30 janvier dernier, le
gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilai, avait
annoncé que les salaires des fonctionnaires qui respecteront les « ghost
towns » seront suspendus. « Il y a des fonctionnaires qui considèrent
désormais le lundi comme un jour férié à cause de la ville fantôme »,
avait-t-il notamment dénoncé au cours d’un meeting, avant d’annoncer le
déploiement d’une commission d’inspection chargée de contrôler la
présence effective des agents de l’État.
Le maire de Buea avait quant à lui imposé aux transporteurs de garder
leurs véhicules dans les locaux de la mairie, afin de s’assurer que
tout le monde reprendrait le service. Mais ces mesures sont restées sans
effet, et les courageux qui sont sortis le mardi ont dû retourner à
leur domicile lorsque les affrontements ont commencé, notamment à Mile
14, non loin de la gare des transporteurs.
Un « lockdown » contesté
Dans la communauté anglophone pourtant, la décision d’observer dix
jours de villes mortes avait été contestée par certains leaders. «
Comment les avocats se rendront-ils au tribunal pour défendre Sisiku Ayuk Tabe [le
président intérimaire de la République d’Ambazonie, ndlr] lorsque vous
décrétez un « lockdown » ? Cette décision ne sert pas les intérêts de
notre peuple », avait commenté l’avocat Felix Agbor Balla sur son compte
Facebook.
Pour Tapang Ivo Tanku, le porte-parole des forces de défense de
l’Ambazonie, cette mesure ne ferait que punir les masses, les exposant à
des atrocités des deux côtés. Il a été suivi dans ce sens par Boh
Herbert du Mouvement pour le rétablissement de l’indépendance du sud du
Cameroun (MoRisc), qui décrit les « lockdown » comme une tentative de
projeter encore plus de misère sur les populations qui souffrent déjà de
la crise.
Avec ces nouveaux affrontements, la situation humanitaire en zone anglophone pourrait s’aggraver.
Selon les estimations du Programme des Nations unies pour le
développement (Pnud), 299 millions de dollars seront nécessaires en 2019
pour assister les victimes de ce conflit, qui dure depuis plus de deux
ans. 437 000 personnes ont été déplacées par le conflit dans les régions anglophones et plus de 32 000 autres ont fui au Nigeria voisin.
Source: Jeune Afrique

