Monté en première ligne pour pourfendre le populisme, mais
affaibli par deux ans de pouvoir
et six mois de crise des Gilets jaunes,
Emmanuel Macron se maintient, mais échoue à l’emporter face à l’extrême
droite, sa liste n’arrivant que deuxième aux européennes, derrière le
Rassemblement national.
La liste menée par Jordan Bardella arrive en tête des élections
selon deux estimations, totalisant un peu moins de 24% des voix, devant
celle conduite par Nathalie Loiseau, qui serait entre 22 et 23%.
Le Rassemblement national (RN), dirigé par Marine Le Pen, finaliste
malheureuse de l’élection présidentielle de 2017 contre Emmanuel
Macron, confirme son statut de premier parti d’opposition de France. La
formation de Mme Le Pen avait déjà remporté les précédentes européennes
en 2014, avec un score de 24,9%. Elle avait rassemblé à l’époque 4,71
millions d’électeurs, un chiffre dépassé en 2019, puisque sur 77% des
inscrits, elle totalise 4,72 millions de bulletins.
Pour La république en Marche (LREM), ce n’est pas pour autant un
échec, puisque son score n’est pas si éloigné de celui d’Emmanuel Macron
au premier tour de la présidentielle 2017 (24%) et que l’écart avec le
RN est modeste. L’entourage du président Emmanuel Macron a salué le
“score honorable” de la liste conduite par Nathalie Loiseau.
Mais
“quand on termine deuxième à une élection, on ne peut pas dire qu’on a
gagné”, a admis le premier ministre Edouard Philippe, surtout quand le
Président s’est autant impliqué.
“C’est une satisfaction immense” s’est réjoui en tribune Jordan
Bardella, se targuant d’avoir infligé une “leçon d’humilité” à Emmanuel
Macron, dont les contempteurs dénoncent l’arrogance.
“L’UE ne peut plus ignorer l’aspiration des peuples à la
protection” et à la “souveraineté”, a déclaré M. Bardella, appelant à la
“constitution d’un groupe puissant” des forces eurosceptiques au
Parlement européen, une éventualité difficile à imaginer tant les
divergences sont nombreuses parmi elles.
Surprise écologiste
La surprise des élections françaises se trouve sur la troisième
place du podium, avec la forte poussée de la formation écologiste EELV à
près de 13 % (contre 8,9 % en 2014), devançant la droite
traditionnelle, Les républicains, qui s’effondrent à environ 8 %, contre
20,8 % en 2014. « Nous n’avons pas pu faire entendre notre voix » s’est
désolé son leader, Laurent Wauquiez, déplorant l’écrasante domination
de l’alternative RN-LREM laissée aux électeurs.
« C’est une vague verte européenne dont nous sommes les acteurs », s’est réjoui la tête de liste EELV, Yannick Jadot.
La déréliction des anciens partis de gouvernement est actée. Outre
les républicains, la liste des socialistes fait environ 6 % (contre 14 %
en 2014).
Autre enseignement, il n’y a pas eu d’effet « gilets jaunes » a
priori, les listes tentant de cristalliser cette colère populaire ne
réalisant que des scores anecdotiques.
Pour le président français, dont la popularité s’est érodée à 27 %
selon le dernier sondage, une avance sur le RN lui aurait donné un
second souffle et des coudées franches pour poursuivre son action.
À défaut, « il résiste », estime Christelle Craplet, directrice
d’études chez BVA, tandis que Zaki Laïdi, politologue à Sciences Po
(Cevipof), estime que « la catastrophe annoncée pour le président de la
République n’aura pas eu lieu ».
« Nouvelle méthode »
Régulièrement pendant la campagne, le président français s’est posé
en rempart contre l’extrême droite et le populisme qui ont fortement
progressé ces dernières années un peu partout en Europe.
Mais il semble que les électeurs ne se sont pas laissés enfermer
dans cette alternative, comme en témoigne la forte poussée des
écologistes.
Marine Le Pen, remise en selle par ce scrutin après sa défaite de
2017, a chargé le président, estimant qu’il devait dissoudre l’Assemblée
nationale, « lui qui a mis son crédit présidentiel dans ce scrutin en
en faisant un referendum sur sa politique et même sur sa personne ».
Même si l’entourage présidentiel a prévenu dimanche soir qu’il n’y
aurait « pas de changement de cap », le premier ministre Édouard
Philippe a assuré que le gouvernement avait « reçu 5 sur 5 » le message
des électeurs qui ont mis en tête le RN, ainsi que celui sur « l’urgence
écologique ».
« Nous devons mettre en oeuvre une nouvelle méthode pour (...)
mettre davantage d’humains dans notre politique », a-t-il dit dans une
allocution. « C’est l’enjeu de l’acte 2 du quinquennat » et « il reste
donc beaucoup de travail ».
Le Pen l’emporte dans les prisons françaises
Le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen est arrivé
en tête aux élections européennes dans les prisons françaises, dont les
pensionnaires votaient pour la première fois, selon les résultats
officiels proclamés dimanche.
Le parti d’extrême droite, qui dans son programme électoral plaide
notamment pour « renforcer notre sécurité » en combattant plus fermement
l’immigration clandestine et le terrorisme, a obtenu 956 voix, soit
23,6% des suffrages, une proportion similaire à celle enregistrée par le
RN à l’échelle nationale.
La formation de gauche radicale La France insoumise (LFI) est arrivée deuxième avec 19,7% des voix.
Pour la première fois, les détenus de 165 des 188 prisons
françaises étaient autorisés à voter par correspondance. Le scrutin
s’est déroulé du 20 au 22 mai et le dépouillement a eu lieu au ministère
de la Justice, qui gère les prisons.
Le vote des prisonniers par correspondance était une promesse du
président Emmanuel Macron, qui s’était engagé à faciliter la
participation aux élections des détenus n’ayant pas été déchus de leurs
droits civiques lors de leur condamnation. Une loi en ce sens a été
approuvée le 23 mars par le Parlement.
Avant cela, les prisonniers français pouvaient déjà voter par
procuration ou demander une permission de sortie pour se rendre aux
urnes, mais ces modalités, difficiles à mettre en œuvre, ne se sont
jamais traduites par des taux importants de participation.
Ingrats, les détenus ont en revanche boudé le parti de M. Macron,
La République en marche (LREM), qui n’est arrivé qu’en troisième
position avec à peine 9% des suffrages.
Par Le journal de Montréal

