
Editorial. En faisant arrêter quinze personnalités du mouvement prodémocratie et en s’arrogeant de
Editorial du « Monde ». Si
la pression sanitaire due au Covid-19 s’allège à Hongkong, sur le plan
politique la tension s’accroît. Le 18 avril, quinze personnalités du
mouvement prodémocratie de Hongkong ont été arrêtées. Le Bureau de
liaison, c’est-à-dire la représentation officielle de Pékin dans le
territoire autonome, et l’Agence chinoise des affaires de Hongkong et de
Macao qui le supervise à Pékin prétendent s’ingérer dans les affaires
de l’île, bien que la Constitution l’interdise.
La
police de Hongkong a procédé aux arrestations sur ordre des procureurs,
mais il est évident que Pékin les a encouragées. Le territoire est
pourtant gouverné selon le principe « un pays, deux systèmes », qui
garantit une large autonomie, notamment en matière de justice. La
Constitution de Hongkong impose en outre qu’« aucun département du
gouvernement central, aucune province, aucune région autonome, aucune
municipalité placée directement sous l’autorité du gouvernement central
ne [puisse] interférer dans les affaires de la Région
administrative spéciale de Hongkong, responsable de les administrer
conformément à ses propres lois ».
Les
« suspects » hongkongais, dont les avocats Martin Lee, 81 ans, et
Albert Ho, deux anciens députés, sont accusés d’avoir participé à des
rassemblements non autorisés lors des six mois de manifestations qui ont
secoué le territoire de juin à novembre 2019. Ils sauront le 19 mai la
peine qu’ils encourent. Ces procédures judiciaires vont limiter leur
participation à la vie politique, alors que des élections législatives
ont lieu en septembre.
Or,
il n’est pas exclu que l’opposition, forte de sa victoire éclatante aux
élections locales de novembre 2019 et de la défiance grandissante
vis-à-vis de Pékin, puisse pour la première fois obtenir une majorité au
Parlement. Une éventualité, auparavant impensable, qui inquiète au plus
haut point le pouvoir central.
Offensive larvée aussi contre Taïwan
Le
Bureau de liaison a signalé mi-avril son exaspération face aux
tactiques – légales –d’obstruction de l’opposition au Parlement de
Hongkong. Il a aussi appelé à l’adoption rapide dans la Constitution
d’un projet d’article antisécession et antitrahison.
L’impatience
de Pékin est aisément déchiffrable : le texte permettrait d’étendre à
Hongkong le crime d’atteinte à la sécurité de l’Etat qui, sur le
continent, permet d’envoyer en prison pour de longues années tout
« dissident » ou « séparatiste ». Critiqué pour ces ingérences, le
Bureau de liaison a répondu qu’il n’était pas soumis à la Constitution,
pas plus que l’Agence des affaires de Hongkong et Macao à Pékin, mettant
dans l’embarras le gouvernement de Hongkong, qui semble lui donner
raison, ouvrant la porte à encore d’avantage d’immixtion.
Parallèlement,
Pékin mène une offensive larvée contre Taïwan, avec des attaques
verbales de plus en plus virulentes, et des manœuvres militaires à
proximité de son espace maritime et aérien. Nul doute que la Chine
aimerait remettre à sa place la « province renégate » qui profite à ses
yeux de la pandémie pour mener campagne afin de retrouver à
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le statut d’observateur dont
l’a privée Pékin en 2016.
De
fait, ces deux territoires, l’un formellement rattaché à la Chine,
l’autre souverain malgré sa non-reconnaissance par l’ONU, sont ceux qui
ont le mieux géré la crise sanitaire. Aujourd’hui ulcérée par les procès
en dissimulation dont elle fait l’objet en Occident, la Chine
contre-attaque. Mais cette offensive va seulement contribuer à dégrader
encore un peu son image internationale.
Par Le Monde.fr

