
(BFM Bourse) - Critique virulent du
constructeur californien depuis des années, le patron de
Stanphyl
Capital considère que le récent pic de capitalisation constitue la bulle
financière la plus monumentale de ces dernières années. Et continue à
miser en conséquence, encouragé par la correction de près de 18% en
trois jours intervenue cette semaine.
Il n'est pas
nécessaire de réussir pour persévérer. Et si l'approche baissière de
Stanphyl Capital sur Tesla ne lui a évidemment guère profité jusqu'à
présent, ce hedge fund géré par Mark Spiegel s'en tient plus que jamais à
sa position vendeuse, selon sa dernière lettre aux investisseurs.
Alors que Tesla affichait déjà 229% de gains depuis le début de
l'année, l'action a connu à partir de l'annonce le 11 août d'une
division par cinq du nominal une accélération encore plus
impressionnante. Le titre a accéléré jusqu'à un gain total de 495% au 31
août, sa capitalisation dépassant alors celle de... Toyota + Volkswagen + General Motors + Daimler (Mercedes) + BMW + Ford + Fiat Chrysler + Honda + Nissan, réunis.
Autrement dit, la capitalisation s'est accrue de l'ordre de 230
milliards de dollars sans autre actualité notable que l'annonce du
"stock split" - opération permettant de rendre plus accessible le cours unitaire mais totalement neutre financièrement
puisque le nombre d'actions est augmenté en proportion. "Ai-je besoin
d'en dire plus quant à la bulle démente que représente cette action?",
se demandait de façon rhétorique le gérant du fonds new-yorkais.
Evidemment, Mark Spiegel ne manque pas d'arguments à fourbir.
Des bénéfices qui ne sont pas liés aux ventes
D'une part, le bénéfice net de 104 millions de dollars affiché par
Tesla au deuxième trimestre (le quatrième bénéficiaire d'affilée) lui
apparaît trompeur puisque ce poste intègre 428 millions de dollars de
revente de crédits carbone, sans lesquels l'activité serait donc
déficitaire à hauteur de plus de 300 millions de dollars sur le
trimestre.
Or, le flux de recettes liées à la vente aux constructeurs
traditionnels de ces crédits est amené à décroître à terme, de l'aveu
même du directeur financier de Tesla Zach Kirkhorn (le dirigeant attend
tout de même un doublement en 2020 par rapport à l'année précédente). En
effet les généralistes auront de moins en moins besoin d'acheter de
crédits carbone du fait de la montée en puissance de l'électrique dans
leurs propres gamme de modèles. "Si l'on exclut les ventes de crédits
d'émissions, Tesla sera déficitaire en 2020, comme au cours de chacune
de ses 17 années d'existence", martèle le patron de Stanphyl Capital.
Une croissance des revenus à l'arrêt
Parallèlement, Mark Spiegel se demande où est passée la croissance,
dans la mesure où depuis fin 2018, le niveau moyen des revenus
trimestriels n'évolue pratiquement pas.
Le maintien de la demande pour les véhicules du groupe requiert en
outre des baisses de prix à l'image d'un rabais de 3000 dollars sur le
Model Y (désormais à 50.000 dollars) depuis juillet, quatre mois après
le début des livraisons (renonçant en parallèle à commercialiser une
version à autonomie réduite, qui aurait été positionnée encore plus
bas).
En déduisant les ventes en Chine (Tesla ne communique pas le détail
par pays) du niveau de production de l'usine de Shanghai, opérationnelle
depuis fin 2019, le gérant estime que le niveau des revenus du deuxième
trimestre est surtout dû à un gros coup de collier sur ce marché, où
Tesla là aussi a procédé une baisse de prix. Le tarif du Model 3 a été
diminué de 10% pour repasser sous 300.000 yuans (environ 37.000 euros),
et rester éligible aux subventions à l'achat accordées par le
gouvernement chinois dans la limite de ce prix maximum.
Une dépendance très forte à la Chine
En dehors de Chine, les ventes dans le reste du monde auraient reculé
de près de 30%, calcule Mark Spiegel. Or, le troisième trimestre semble
sur la voie d'un déclin des ventes en Chine sur fond d'intensification
de la pression concurrentielle. Selon Bloomberg,
qui site les chiffres officiels du CAIN (China Automotive Information
Net) le nombre d'immatriculations de Tesla assemblées en Chine, qui
représentent l'essentiel des ventes dans le pays, a reculé de 24% à
11.456 unités.
La position concurrentielle de Tesla n'est aucunement protégée,
assure donc Stanphyl Capital, dont l'exposition baissière sur le titre
représente désormais approximativement 15% du fonds, a indiqué Mark
Spiegel. Sans parler de la gouvernance du groupe envers laquelle il n'a
pas de mots assez durs...
Guillaume Bayre - BFM Bourse
Par tradingsat.com

