Alors
que la course à l’électrification du continent africain est relancée
depuis le début de la deuxième décennie du 21e millénaire, le nigérien
Abdoul Salam Bello, ancien
directeur de cabinet du Secrétaire exécutif
de l'Agence du NEPAD et actuellement conseiller au Groupe de la Banque
mondiale et Visiting Fellow auprès de l'Africa Center du think tank
Atlantic Council, est revenu sur l’ampleur de ce défi continental.
« La consommation électrique de l’Afrique subsaharienne est inférieure à celle de l’Espagne »
selon Abdoul Salam Bello qui s’appuie là sur les travaux d’une certaine
Christine Heuraux, publié sur le site de l’institut français des
relations internationales. C’est dire combien les efforts à fournir sont
importants aujourd’hui et cela compte tenu du fait que certains pays ne
dépassent pas la barre de 100 Mégawatts d’énergie.
Dans
le chantier d’électrification du continent africain, l’Amérique s’est
révélée être un soutien fort, grâce notamment à la Electrify Africa Act,
signé le 8 février dernier par Barack Obama. Selon Abdoul Salam Bello,
la « Electrify Africa Act vient renforcer l’initiative Power Africa
lancée en 2013. À ce jour, cette initiative a permis de mobiliser 20
milliards de dollars d’engagements du secteur privé pour la génération
de 4 100 mégawatts (MW) d’électricité et la connexion de 4 millions de
personnes ».
Si
l’on s’en tient aux objectifs de la Electrify Africa Act, ce sont 50
millions de personnes en Afrique qui vont bénéficier de la fourniture en
électricité. A noter que sur une population de 915 millions
d’habitants, seules 290 millions ont accès à une source d’électricité.
Le réseau sud-africain et celui égyptien combinent à eux-seuls les deux
tiers de la production d’énergie africaine et seuls quelques rares pays
comme le Maroc, peuvent se prévaloir d’une électrification dépassant les
90% du territoire national.
La
raison de ce déphasage est historique selon Christine Heuraux qui
souligne qu’avec la colonisation, la région nord Afrique a commencé son
électrification au 19e siècle, tandis que les pays subsahariens
arriveront plus de cinquante ans après dans ce chantier.
La nécessaire augmentation des dépenses d’investissement
Il
faut pour arriver à électrifier le continent africain, quintupler les
dépenses d’investissement pendant les dix prochaines années. M. Bello
explique que « pour l’ensemble de l’Afrique, les besoins en
investissements pour satisfaire la demande et assurer un accès pour tous
à l’électricité d’ici 2030 sont estimés à environ 55 milliards de
dollars par an, ajoutant que, Des réformes adéquates dans les pays et un renforcement de la coopération régionale seront nécessaires ».
Dans
ce sens la BAD est disposée à accompagner les pays africains grâce
notamment au « New Deal for Energy in Africa », un nouveau pacte proposé
par l’institution bancaire africaine. Précisons à ce niveau que
l’investissement africaine dans le domaine de l’énergie reste de 11
milliards de dollars par an, ce qui fait dire à ancien directeur de
cabinet du Secrétaire exécutif de l'Agence du NEPAD et actuellement
conseiller au Groupe de la Banque mondiale et Visiting Fellow auprès de
l'Africa Center du think tank Atlantic Council, que le chantier
d’électrification du continent africain ne sera pas achevé avant 2080. A
part si des efforts sont consentis pour quintupler ce montant.
Une électrification qui évolue par endroit.
Dans
tous les cas, si certains pays comme le Cameroun, espèrent atteindre la
suffisance énergétique et la dépasser de 1 000 Mégawatt à fin
commerciale d’ici à l’horizon 2020, d’autres pays comme le Tchad, ont
commencé quant à eux à négocier l’achat auprès du voisin camerounais de
l’énergie restante, afin de pallier aux insuffisances qui ralentissent
fortement l’économie du pays. C’est à croire que dans ce chantier
d’électrification, tous les pays africains n’ont pas pris le départ, ou
que certains ont renoncé compte tenu des moyens financiers qu’exige
cette politique sans conteste indispensable à l’émergence.
Mais
lorsqu’on sait que le Cameroun pourrait atteindre la barre de 8% de
croissance d’ici 2020 si l’objectif de doter le pays de l’énergie
suffisante est atteint, on se demande pourquoi les efforts entrepris en
1990 ont été stoppés ? L’Afrique aurait une bonne longueur d’onde
d’avance dans le chantier de l’émergence. OnésiphoreNembe/AFPmag

