
Le Tchad pourrait bientôt rejoindre le Nigéria, les Comorres, l'Ethiopie
et dans une moindre mesure l'Afrique du Sud sur la liste des Etats
fédéraux africains. Le décret portant le projet de la
transformation de
l'Etat unitaire en Etat fédéral, a été rendu public. Mais il fait
resurgir le débat sur la paternité de la proposition de fédéraliser le
pays. Explications
C'est peut-être la concrétisation d'une promesse d'Idriss Déby Itno
lors de la campagne pour la présidentielle de 2016. Selon un décret
rendu public, mardi au soir, le Tchad pourrait devenir au terme de la
réforme constitutionnelle confiée à un comité spécial, un Etat fédéral.
C'est au Haut comité chargé des réformes institutionnelles (HCRI) qu'il
revient la tâche d'effectuer cette transition de la forme républicaine
actuelle à la concrétisation d'une fédération.
Dans
le détail, c'est une révision constitutionnelle qui devrait permettre
d'entériner le passage vers la nouvelle forme de l'Etat. Une révision
émanant de propositions issues d'un forum national de validation des
réformes, placé sous la supervision du HCRI, selon une source à la
primature tchadienne qui s'est confiée à l'Agence panafricaine de presse
(APA). Plusieurs éléments seront intégrés dans la révision
constitutionnelle notamment la limitation du nombre de mandats
présidentiels et l'adoption d'un nouveau code de procédure pénale et
civile. D'après le décret, cette révision constitutionnelle a pour
objectif « d'améliorer l'administration publique pour la rendre plus performante ».
Promesse présidentielle ou proposition opposante ?
Le
projet de faire du Tchad un Etat fédéral est une idée qui fait son
chemin dans ce pays enclavé d'Afrique centrale grand de 1,2 million de
kilomètres carrés pour 12,4 millions d'habitants. Cinquième pays le plus
vaste du continent, le Tchad compte aujourd'hui 23 régions, 61
départements et plusieurs cantons. Mais en remontant le cours de
l'histoire, en 1993 déjà une conférence nationale avait exacerbé les
débats entre les partisans, l'actuel président en tête, d'un Etat
unitaire décentralisé face les défenseurs d'un Etat fédéralisé.
Si
la première forme l'a emporté sur la seconde, l'idée de fédéraliser le
Tchad a été d'abord exhumé par un groupe de partis politiques dont les
opposants Neatobeye Bidi Valentin, le président du Parti africain pour
la paix et la justice (PAP/JS) ou encore Ngarledji Yorongar, le
dirigeant du parti Fédération Action pour la République (FAR). L'idée a
ensuite été récupérée par Idriss Déby Itno alors candidat à un cinquième
mandat sous les couleurs de président du Mouvement patriotique du salut
(MPS), le parti au pouvoir.
Alberto,
de son surnom présidentiel, avait fait de la transformation du Tchad en
Etat fédéral, une promesse lors de la l'élection d'avril 2016 avant
même l'ouverture de la campagne. Le président réélu a-t-il concrétisé
une promesse de campagne ? Ou a-t-il plutôt enclenché le processus pour
la concrétisation d'une proposition de l'opposition ? Il semble que
l'homme fort du Tchad semble vouloir en faire une victoire personnelle
puisqu'aucun membre de l'opposition n'est pour l'heure associé au Haut
comité chargé des réformes institutionnelles, missionné pour conduire la
réforme.
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