
Entretien avec Lionel Zinsou, ancien conseiller de
Laurent Fabius, directeur du fond d'investissement européen PAI
Partners. Quelles perspectives de croissance économique en Afrique
subsaharienne ?
Lionel Zinsou, après avoir été conseiller spécial
auprès du président béninois Thomas Boni Yayi de 2006 à 2011 et Premier
ministre pendant un an à partir de juin 2015, vous vous êtes présenté à
l’élection présidentielle du Bénin en appelant notamment à un
développement des investissements publics en faveur de l’emploi des
jeunes, de la santé, de l’agriculture et de la réalisation de nouvelles
infrastructures. En tête au premier tour, vous avez finalement été battu
par Patrice Talon le 6 avril dernier. Franco-béninois, normalien,
agrégé d’économie, vous avez été conseiller de Laurent Fabius et vous
avez travaillé à la Banque Rothschild avant de prendre la tête de PAI
Partners, l’un des plus importants fonds d’investissement d’Europe. Vous
reprenez actuellement à Cotonou un projet de création d’un autre
important fonds d’investissement en Afrique, projet que vous aviez
interrompu en devenant Premier ministre en 2015.
Quoique vous soyez très engagé pour le développement de l’Afrique,
vous récusez le qualificatif d’« afroptimiste » et vous assurez porter
un regard réaliste sur les avancées comme sur les blocages du
développement du continent. En 2005 vous avez créé à Cotonou la
Fondation Zinsou, d’abord pour exposer et faire connaître des artistes
contemporains africains, puis pour soutenir des projets de développement
et d’éducation.
Vous avez défendu dernièrement le bilan de votre année de primature
en montrant que le Bénin est dans une situation de stabilité monétaire
et économique, avec le nouveau départ en 2012 d’une croissance qui se
situe entre 5 et 6%, alors que la crise économique mondiale l’avait
ramené à 2.5% en 2010, le taux le plus bas de l’Afrique de l’Ouest.
Toutefois, malgré la croissance forte, la pauvreté reste importante et
la société, très inégalitaire.
Le coton et l’agriculture représentent 36% du PIB, le commerce et les
transports respectivement 18% et 11%. L’économie souterraine pèse lourd
: la contrebande d’essence en provenance du Nigeria -le « Kpayo »-
génère plus de 122 millions d’euros par an. 150.000 taxis-motos pour la
seule ville de Cotonou assurent les déplacements des habitants en
l’absence de transports publics. Le politiste béninois Gilles Yabi
critique cette « démocratie kpayo » dominée par l’impunité et la quête
du profit immédiat qui rend plus difficile l’exercice de l’autorité de
l’Etat.
Le FMI a réduit ses prévisions de croissance pour l’Afrique
subsaharienne de 5.4% à 3% pour 2016, le taux le plus bas depuis 1999.
Il était de 3.4% en 2015. Cette baisse d’une croissance pourtant solide
depuis dix ans serait due au développement d’un cycle négatif sur le
continent, provoqué par différents facteurs : la chute des prix des
matières premières qui touche principalement les pays exportateurs de
pétrole ; les mauvaises conditions climatiques qui entraînent de
nombreuses sécheresses en Afrique de l’Est et en Afrique Australe, ou
encore l’épidémie Ebola. Cependant des perspectives favorables demeurent
dans certains pays qui conservent une croissance importante comme le
Sénégal, le Kenya et la Côte d’Ivoire
Lionel Zinsou, vous affirmiez dans une interview donnée au Point
l’année passée que le décollage économique de l’Afrique n’a pas été
uniquement permis par une hausse du prix des matières premières, mais en
raison de facteurs culturels, politiques, démographiques plus profonds
et durables, notamment un développement de l’éducation et des progrès
technologiques.
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