
C'est un document exclusif auquel RFI a eu accès. Un brouillon,
authentifié, du rapport des observateurs de l'Union africaine venus au
Gabon durant le processus électoral. En effet, après la proclamation de
la victoire
d'Ali Bongo, son rival Jean Ping avait crié à la fraude et
déposé un recours devant la Cour constitutionnelle. Jean Ping réclamait
notamment un recomptage des voix dans la province du Haut-Ogooué, où le
chef de l'Etat avait obtenu 95% des votes sur une participation proche
des 100%. Une mission électorale de juristes africains, mandatés par
l'Union africaine, avait été envoyée pour assister à l'examen des
procès-verbaux. RFI a pu obtenir un brouillon de leur rapport final.
Selon de bonnes sources, il est très proche du texte définitif et
identique sur le fond. Un document dans lequel les experts ne cachent
pas leurs doutes.
C'est un document court de trois pages. Il n'en est pas moins embarrassant pour le pouvoir. En effet, les procès-verbaux du Haut-Ogooué sont présentés comme « invraisemblables ». Ils sont décrits comme « si bien rédigés, ordonnés », avec une « coïncidence entre le nombre d'inscrits, celui des suffrages exprimés et leur attribution quasi totale à un seul candidat ».
Selon le document, les procès-verbaux sont « clairement établis, conformément aux textes ». Leur « lisibilité est si nette qu'ils ne peuvent que susciter des interrogations ». Bref, les PV du Haut-Ogooué sont tellement parfaits qu'ils en éveillent les soupçons.
Par contre, pour les autres provinces, les observateurs écrivent avoir vu des exemplaires « mal remplis, non signés, incomplets ou encore surchargés ». Des anomalies « qu'on retrouve dans la majorité des pays », dit le document. Le Haut-Ogooué est donc présenté comme une exception douteuse.
« Interrogations » à Libreville
A Libreville aussi, certains PV suscitent « des interrogations », vu « leur rédaction, leur présentation et l'orientation bien particulière des résultats contenus ».
Le rapport n'en dit pas plus. En tout cas, les observateurs disent qu'à
part les PV visés par des observations pertinentes, ceux qu'ils ont
examinés « laissent apparaître une constante avance de Jean Ping sur Ali Bongo ».
En conclusion, ils demandent de différer la proclamation des résultats, « vu les risques d'implosion sociale très élevés », disent les observateurs. Une recommandation qui n'avait pas été suivie.

