
Mes chers compatriotes
Après m’être exprimé le 23 novembre
dernier sur les évènements qui ont secoué la Région du Nord-Ouest,
et
notamment de Bamenda, c’est une fois de plus avec beaucoup de peine que
je m’adresse à vous, au sujet de la répression policière sauvage de la
manifestation estudiantine du 28 novembre 2016, sur le campus de
l’université de Buea, chef-lieu de la Région du Sud-Ouest.
La
liberté d’expression est un principe constitutionnel dans notre pays.
Par conséquent, les étudiants ont parfaitement le droit d’exprimer,
pacifiquement, leur opinion sur tous les sujets relatifs à leurs études.
Les étudiants revendiquaient entre autre le versement de la prime
d’excellence accordée par le Chef de l’État, pour laquelle les
responsables compétents ne leur avaient manifestement pas donné les
bonnes explications; l’arrêt de l’extorsion de la somme de dix mille
Francs CFA décidée par le Vice Chancellor et exprimaient leur solidarité
avec leurs enseignants en grève.
Le lundi 28 novembre 2016, à la
demande du Vice Chancellor, les autorités ont lancé les forces de
sécurité à l’assaut du campus et des résidences privées des étudiants.
Ces forces ont infligé de la torture, des traitements cruels, inhumains
et dégradants à des étudiants. Les images de ces traitements
intolérables ont fait le tour du monde. Au final, après le spectacle
déshonorant de la torture pratiquée en mondovision, leurs deux
principales revendications ont été jugées fondées. Maintenant qu’ils ont
été humiliés, plus qu’avant, ils se sentent probablement plus
solidaires de leurs enseignants.
La gestion violente des
revendications de quelque nature que ce soit dans notre pays est dans
les pratiques du régime qui nous gouverne. Celui-ci est rétif à toute
critique, considère que dialoguer est un signe de faiblesse et
privilégie, en toute circonstance, la violence et la terreur d’État. Ce
mode de gestion politique est archaïque et incompatible avec le discours
officiel du pouvoir sur la démocratie.
La violence inouïe
infligée par des forces de sécurité à des étudiants interroge sur la
qualité de la formation donnée à tous ceux qui sont en charge du
maintien de l’ordre dans notre pays, et la place qui est accordée dans
leur formation à la compétence morale, et plus généralement, au respect
des droits de l’homme. La systématisation de tels actes doit préoccuper
le Gouvernement au plus haut niveau.
Les images de ces actes ont
choqué. Elles montrent des éléments des forces de sécurité étalant leur
bravoure sur de jeunes étudiantes et de jeunes étudiants désarmés et
tétanisés par la peur. Même dans les situations de guerre, ces scènes
d’humiliation et de torture, qui passent en boucle sur les réseaux
sociaux, donneraient lieu à des poursuites judiciaires.
Le
Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, condamne fermement les actes
d’humiliation et de tortures infligés aux étudiants, alors même que, sur
les bandes sonores, on peut entendre ceux-ci crier : "No violence !" à
l’entrée des forces de sécurité sur leur campus.
Aussi, afin que
tous les responsables et auteurs de ces grossières violations des droits
de l’homme répondent de leurs forfaits, le Gouvernement doit
immédiatement ordonner l’ouverture d’une enquête, rechercher et
sanctionner les coupables. Le Vice-Chancellor de l’Université de Buea
doit démissionner ou être démis de ses fonctions au plus vite. Tous les
étudiants encore retenus doivent être immédiatement libérés et le
Gouvernement doit donner des explications aux Camerounais sur cette
dérive policière.
Le MRC, qui reste convaincu que le dialogue est
la solution politique la plus appropriée pour un Gouvernement
responsable, se tient aux côtés de la communauté estudiantine, des
étudiants de l’Université de Buea, et plus particulièrement aux côtés
des victimes de ces traitements inhumains, cruels et dégradants. Il les
exhorte à saisir les tribunaux afin que leurs bourreaux et leurs
donneurs d’ordre soient punis.
Le Président National du MRC,
Maurice KAMTO.
Maurice KAMTO.

