À quelques jours de l'ouverture du procès des Biens mal acquis à
Paris, Human Rights Watch (HRW)
a publié jeudi un rapport à charge sur
les budgets alloués par Malabo à la santé et à l'éducation. Pour l'ONG,
affairisme et gaspillages guident les choix gouvernementaux. Ce dont se
défendent les autorités équato-guinéennes.
C’est tout sauf un hasard de calendrier : à quatre jours du début du premier procès des Bien mal acquis,
qui devrait s’ouvrir lundi 19 juin à Paris − et qui oppose le
vice-président de Guinée équatoriale, Teodoro Nguema Obiang Mangue, à la
justice française −, l’organisation Human Right Watch (HRW) a publié
jeudi 15 juin une enquête à charge sur le sous-investissement du pays
dans les secteurs de l’éducation et de la santé.
Le rapport, intitulé Une manne du ciel ? Comment la santé et l’éducation paient le prix des opérations entre apparentés en Guinée équatoriale
dénonce « comment le gouvernement a, pendant deux décennies […]
[dissipé] la promesse permise par la découverte du pétrole par le biais
d’un sous-financement notable de la sécurité sociale et de dépenses
excessives dans des projets d’infrastructures inutiles et gangrenés par
la corruption ».
Selon l’organisation, qui se base sur les données du Fonds
monétaire international (FMI), le pays n’aurait consacré que 3% de son
budget à l’éducation et moins de 2% à la santé en 2011. Quand « 45
autres pays dans la tranche de PIB par habitant de la Guinée équatoriale
ont dépensé au moins quatre fois plus pendant la même période ». Si
l’auteure de l’enquête, Sarah Saadoun, concède qu’en valeur « les
investissements ont augmenté depuis les découvertes de pétrole », elle
rappelle qu’en part du budget « ce n’est pas le cas ».
Le « clan Obiang » accusé de corruption
Le rapport est aussi l’occasion d’accuser le « clan Obiang »
(famille et entourage) de corruption, citant les affaires américaine (qui s’est conclue en 2014 par un accord de 30 millions de dollars) et française.
« Human Rights Watch a trouvé des preuves indiquant que de
hauts responsables du gouvernement ont des intérêts dans des sociétés
qui remportent des marchés de construction publics, y compris le
président et sa famille », peut-on lire dans le rapport de l’ONG.
L’organisation cite notamment un câble Wikileaks du
département américain, qui affirme que le seul importateur de ciment du
pays, Abayac, est « partiellement détenu par le président et la Première
dame ».
La réponse de Malabo
Face à ces accusations, l’ambassadeur de Guinée équatoriale
en France, Miguel Oyono Ndong Mifumu, regrette qu’une « organisation
supposée respectée dans le monde puisse tomber dans le mensonge ». Et
d’égrener : « Outre les infrastructures médicales héritées de la
colonisation, nous avons construit pas moins de cinq hôpitaux de
référence à Malabo, un autre à Bata, à Oyala, à Mongomo… pour ne citer
que ceux-là ! Contrairement à beaucoup d’autres pays de la région, et
alors que nous sommes le dernier pays africain à avoir découvert du
pétrole, 99% des Équato-guinéens se soignent dans leur pays, et non à
l’étranger. »
Et de se fendre d’une invitation : « Je suis prêt à
accueillir moi-même les représentants de cette organisation, pour qu’ils
viennent voir tout cela de leur propres yeux. Ont-ils seulement
interrogé des ambassadeurs étrangers, américain ou français, pour savoir
si ce qu’ils disent est la réalité ? » Le ton est donné.
Source: Jeune Afrique

