LA MICRO-INDUSTRIE : CHEMIN OBLIGÉ VERS LA PROSPÉRITÉ DE L'AFRIQUE
de Jean-Paul Pougala
(Leçon de Géostratégie Africaine n° 63 extraite du Tome-2 Pages 147-165)
L'Afrique est un continent qui importe l'essentiel de sa consommation
dans pratiquement tous les secteurs, ce qui est une véritable
aberration. Les industriels africains sont pour la plupart tournés vers
une position d'auxiliaires de l'économie européenne. Ce qui rend la
balance commerciale entre l'Afrique et l'Europe déficitaire depuis des
décennies. Le modèle économique de rente qui a été laissé et construit à
la fin de l'occupation coloniale reste en vigueur alors qu'il est
complètement au détriment de l'Afrique.
Durant un siècle
d'occupation coloniale de l'Afrique par l'Europe, il était interdit aux
nationaux africains d'être de vrais protagonistes dans la vie économique
du pays. Aujourd'hui, les choses n'ont pas beaucoup changé. Les
intellectuels ont hissé drapeau blanc et ont presque tous choisi de
recevoir des ordres plutôt que d'en donner. Ils ont choisi d'être des
salariés, exactement comme sous l'occupation coloniale, et non des
patrons.
Lorsqu'on regarde le classement des plus grandes
fortunes en Afrique, cela saute aux yeux que ceux qui sont les plus
riches sont inévitablement ceux qui n'ont pas fait de longues études.
D'un côté, cela s'explique par le fait qu'ils ont été le moins exposés à
la manipulation mentale qui se fait aujourd'hui à travers le modèle
d'éducation, un modèle complètement tourné vers le dénigrement du
continent africain et l'embellissement de tout ce qui peut être
apparenté à l'Europe, et ce, de la part même des éducateurs africains.
Un voyage à Paris ou à Londres pendant les congés est comme un vrai
pèlerinage, plutôt qu'un retour au village, considéré comme étant
exotique, puisque l'africain est souvent à tel point abrutie qu'il
considère son propre pays où il vit comme un pays étranger, sa vraie
patrie de cœur étant bien sûr en Europe.
D'un autre côté, cette tendance des riches en Afrique à avoir reçu une éducation scolaire minimale répond à une tendance mondiale. Selon le magazine américain Forbes dans son classement des 793 milliardaires que comptait le monde en 2010, les deux tiers provenaient de familles plutôt pauvres et, surtout, n'avaient pas continué les études au-delà de 14 ans. L'explication réside dans ce que j'écrivais dans la leçon 62, c'est que plus on avance dans les études, et plus on tombe facilement dans le piège de gagner l'argent très vite, sans transpirer et donc, d'être des salariés, or le salarié est le seul opérateur économique qui, chaque mois, consomme ou détruit pratiquement tout son capital et donc, mois après mois, année après année, il se retrouve dans un perpétuel recommencement ; alors que l'entrepreneur est plutôt dans une logique de renoncement, de privation, se contentant de ne consommer que le profit, et non le capital. Et c'est ce qui va expliquer que sur la liste des milliardaires dans le monde, on trouvera des gens qui ont quitté l'école à 14 ans, mais pas de médecin, d'avocat ou de notaire dès lors qu'ils sont restés dans des activités qui garantissent un revenu certain, mais qui, revers de la médaille, ne permettent pas des revenus extraordinaires. Nous verrons à la fin de cette leçon quelques exemples de ces milliardaires partis de moins que rien.
D'un autre côté, cette tendance des riches en Afrique à avoir reçu une éducation scolaire minimale répond à une tendance mondiale. Selon le magazine américain Forbes dans son classement des 793 milliardaires que comptait le monde en 2010, les deux tiers provenaient de familles plutôt pauvres et, surtout, n'avaient pas continué les études au-delà de 14 ans. L'explication réside dans ce que j'écrivais dans la leçon 62, c'est que plus on avance dans les études, et plus on tombe facilement dans le piège de gagner l'argent très vite, sans transpirer et donc, d'être des salariés, or le salarié est le seul opérateur économique qui, chaque mois, consomme ou détruit pratiquement tout son capital et donc, mois après mois, année après année, il se retrouve dans un perpétuel recommencement ; alors que l'entrepreneur est plutôt dans une logique de renoncement, de privation, se contentant de ne consommer que le profit, et non le capital. Et c'est ce qui va expliquer que sur la liste des milliardaires dans le monde, on trouvera des gens qui ont quitté l'école à 14 ans, mais pas de médecin, d'avocat ou de notaire dès lors qu'ils sont restés dans des activités qui garantissent un revenu certain, mais qui, revers de la médaille, ne permettent pas des revenus extraordinaires. Nous verrons à la fin de cette leçon quelques exemples de ces milliardaires partis de moins que rien.
Mais pourquoi les
riches africains, comparés aux riches du monde, sauf quelques
exceptions, sont-ils plutôt dans le rang des pauvres ?
Lorsqu'on
analyse de plus près la constitution des fortunes nationales, on se
rend compte malheureusement que la part des nationaux est marginale,
très souvent liée au commerce, c'est-à-dire à la spéculation et non à
l'industrie, pourtant créatrice effective de richesses. Pendant des
années, j'ai installé des usines dans toute l'Afrique. Ce qui m'a le
plus marqué pendant presque 15 ans d'activité sur le continent africain
était que mes clients étaient surtout des entreprises multinationales ou
des étrangers, pour la plupart, européens, iraniens, indiens, libanais,
mais rarement africains, que ce soit dans la chimie, l'agroalimentaire
ou l'industrie pharmaceutique.
Les nationaux africains sont
complètement hors-jeu, avec, souvent, quelques exceptions au Nigeria et
au Cameroun. J'avais aussi remarqué une autre division de l'Afrique sur
les nationalités des propriétaires des usines. Dans les pays d'Afrique
francophone, les industries appartenaient à près de 90 % aux
ressortissants français et belges, dans l'Afrique lusophone, les
industriels étaient en majorité des Portugais et dans l'Afrique
anglophone, ce sont les Britanniques qui se taillent la part du lion.
Mais un élément m'avait marqué : chaque ex-colon s'accompagne d'une
sorte de classe intermédiaire de certaines nationalités, ses ex-colonies
hors d'Afrique. Ainsi, en Côte d'Ivoire et au Sénégal, on aura une
forte communauté libanaise parmi les industriels, au Kenya, en Ouganda
ou en Tanzanie, ce sont les Indiens qui vont seconder les Britanniques.
En Afrique lusophone, ce sont les Brésiliens qui accompagnent les
industriels portugais. Mais les Africains étaient toujours absents de
l'industrie, soit absents de là où le patrimoine se forme sur des bases
solides pour parcourir plusieurs générations d'héritiers, pour durer des
siècles.
A- POURQUOI CETTE PHOBIE DES AFRICAINS POUR L'INDUSTRIE ?
Il existe à mon avis une manœuvre de manipulation des Africains de la
part des Européens qui a beaucoup marché. Et elle consiste en un vrai
enfumage élitiste consistant à une mystification du secteur industriel.
On a fait croire aux Africains que le secteur industriel était trop
compliqué et exigeait des moyens pharaoniques. Ce qui n'est pas vrai.
L'industrie est juste une autre façon de penser et non une façon de
penser plus.
Cette manœuvre s'est accompagnée aussi par des comportements du secteur financier et bancaire pour dissuader les Africains de s'impliquer dans l'industrie. Pour bien le comprendre, il faut se déplacer dans les colonies françaises de la Réunion, Guyane et de la Martinique. Dans ces colonies, la classe intermédiaire des Indiens ou des Libanais sur le continent africain, ici, est représentée par les métis. Oui, vous avez bien compris, les métis. Nous sommes dans l'odieux système de l'apartheid sud-africain dont les tenants et les aboutissants manifestent tous officiellement la proximité avec la bataille de Mandela, mais sur les faits, ils excluent les Noirs. Ce qui m'avait le plus choqué dans ces colonies, c'était le fait que des Noirs qui présentaient un bon projet industriel avec les garanties nécessaires à leurs banques se voyaient découragés d'y penser et à la place on leur proposait de l'argent pour financer une voiture tout-terrain ou la dernière berline allemande. Des crédits disponibles pour tout, sauf les moyens de production de richesses.
Cette manœuvre s'est accompagnée aussi par des comportements du secteur financier et bancaire pour dissuader les Africains de s'impliquer dans l'industrie. Pour bien le comprendre, il faut se déplacer dans les colonies françaises de la Réunion, Guyane et de la Martinique. Dans ces colonies, la classe intermédiaire des Indiens ou des Libanais sur le continent africain, ici, est représentée par les métis. Oui, vous avez bien compris, les métis. Nous sommes dans l'odieux système de l'apartheid sud-africain dont les tenants et les aboutissants manifestent tous officiellement la proximité avec la bataille de Mandela, mais sur les faits, ils excluent les Noirs. Ce qui m'avait le plus choqué dans ces colonies, c'était le fait que des Noirs qui présentaient un bon projet industriel avec les garanties nécessaires à leurs banques se voyaient découragés d'y penser et à la place on leur proposait de l'argent pour financer une voiture tout-terrain ou la dernière berline allemande. Des crédits disponibles pour tout, sauf les moyens de production de richesses.
B- QUELLES SOLUTIONS ?
Si les banques, qui de toute les façons appartiennent au système, jouent
contre l'entrée des Africains dans le secteur industriel, comment
peuvent-ils contourner cet obstacle pour conquérir leur part du gâteau ?
Il faut commencer par la démystification du secteur industriel et
ensuite faire fonctionner le cerveau pour entrer dans ce secteur, même
sans capitaux. Et nous allons voir comment.
1- Démystification
Lorsqu'on pose la question aux opérateurs économiques en Afrique de
savoir ce qu'est l'industrie, la plupart d'entre eux répondent qu'il
s'agit d'une grande usine qui emploie des centaines d'employés et
dispose de dizaines de machines, de voitures et qui coûte des millions
d'euros, des milliards de francs CFA. Ce qui est faux.
L'industrie ne se définit pas par rapport à son capital ou à la quantité
de son personnel, mais à l'objet de son existence. Le dictionnaire
définit l'industrie comme : « un ensemble d'opérations qui concourent à
la production de la richesse par la transformation des matières
premières ».
Tentons de décrypter sur le plan économique cette
définition et commençons par la dernière partie : « transformation de
matières premières ». Transformer la matière première peut se faire même
sans machine. Ici, il s'agit de présenter sur le marché un produit qui
ne soit plus dans sa forme originale, primaire, dans son conditionnement
naturel. Sur le plan pratique, si vous récoltez le maïs aux champs,
vous le cuisinez et le servez à vos clients, nous sommes en face d'une
industrie. Parce que vous avez effectué une opération de transformation.
À l'origine, ce maïs n'est pas cuit. Le seul fait de le cuire et de le proposer sur un marché qui l'accepte, est ce processus qu'on appelle en économie : « la création de la richesse », parce que votre action a ajouté de la valeur au maïs initial. Et cette valeur est reconnue par des clients potentiels prêts à payer quelque chose en plus pour l'acheter et c'est ce quelque chose en plus qu'on appelle « la plus-value ». À ne pas confondre avec le « profit » qui lui est présent partout, même dans le commerce tout court ou dans la pure spéculation financière.
À l'origine, ce maïs n'est pas cuit. Le seul fait de le cuire et de le proposer sur un marché qui l'accepte, est ce processus qu'on appelle en économie : « la création de la richesse », parce que votre action a ajouté de la valeur au maïs initial. Et cette valeur est reconnue par des clients potentiels prêts à payer quelque chose en plus pour l'acheter et c'est ce quelque chose en plus qu'on appelle « la plus-value ». À ne pas confondre avec le « profit » qui lui est présent partout, même dans le commerce tout court ou dans la pure spéculation financière.
Si votre maïs plaît à toujours plus de monde, la
marmite et votre cuisine où vous avez démarré ne vont plus suffire. Il
vous faudra un local plus grand. Au début vous étiez le seul employé,
pour cuisiner et servir toujours plus de clients ; maintenant, vous seul
ne suffisez plus. Il faut recruter de nouveaux collaborateurs. Ensuite
vous vous rendez compte qu'il est bête de vous limiter à quelques
fournisseurs de maïs qui ne respectent pas leurs engagements alors que
vos clients vous attendent. Vous comprenez donc que vous avez besoin de
vos propres plantations de maïs, avec un nouveau personnel pour s'en
occuper convenablement et vous livrer selon les délais bien précis
correspondant à vos exigences.
Ensuite vous voudrez être présent
sur le marché toute l'année et non simplement en saison. Alors, vous ne
vous contentez plus de la pluie pour arroser votre champ, mais vous
l'irriguez afin d'avoir entre trois et quatre récoltes par an.
Les salaires que vous verserez à tous ces collaborateurs concourent à la
création effective de richesses, parce que non seulement vous donnez
une plus-value à un produit, mais tous les salaires versés permettront
d'acheter des produits, d'envoyer des enfants à l'école, d'hospitaliser
des malades, etc. Vous seuls, avec votre idée initiale de maïs aurez
réussi à faire bouger et vivre tout un monde. C'est comme ça que naît
une industrie et c'est comme ça que les deux tiers des milliardaires du
classement de Forbes ont commencé.
2- Pourquoi convertir les petits commerçants en industriels n'est-il pas une folie ?
Cette idée m'est venue en étudiant avec attention la biographie des
plus grands milliardaires dans le monde. Quatre choses que je vais
détailler ici m'ont très vite touché. Certaines sont des
caractéristiques et des caractères essentiels que les plus riches de ce
monde partagent avec le plus petit vendeur de nos marchés en Afrique. Ce
sont des valeurs qui leur ont permis d'atteindre les plus hautes cimes
des fortunes mondiales.
a- La pauvreté
La grande majorité
des milliardaires que le monde compte étaient des pauvres et parfois des
misérables. Mais ce qui est intéressant n'est pas de le découvrir, mais
plutôt de comprendre pourquoi un pauvre aurait plus de chance de
devenir milliardaire qu'un nanti. Tout simplement parce qu'ayant connu
la misère, il n'est pas dans la compétition inutile de voir qui a le
bateau le plus long, le jet privé le plus beau ou le château avec le
plus grand nombre de chambres. Ensuite parce que lorsqu'un pauvre refuse
la misère, et se bat pour en sortir, l'exercice qu'il est obligé de
faire pour s'en sortir est comme un entraînement pour un marathon qui
débuté pour lui depuis l'enfance. Les bien plus nantis depuis le berceau
se placent nécessairement en situation de désavantage face à lui qui
aura démarré son marathon bien plus loin.
Refuser la misère,
c'est avant tout refuser la fatalité, c'est refuser de croire que notre
bonheur ou notre malheur dépend forcément d'une force invisible hors de
notre contrôle. Refuser la fatalité, c'est avoir confiance en soi-même
et l'envie d'y arriver, coûte que coûte.
b- L'originalité
C'est en étudiant les éléments qui ont porté chacun de ces milliardaires
au succès, à la gloire économique, qu'on se rend vite compte qu'ils ont
tous des similitudes, ils ont tous quelque chose en commun qui manque
aux Africains pour suivre la même route. Et la première condition pour
passer de la pauvreté à cet état n'est pas les heures de travail dédiées
pour y parvenir, ni l'argent investi, c'est l'originalité de l'idée de
départ. En Afrique, on a souvent l'impression que les gens ont peur
d'utiliser leur cerveau pour réfléchir, pour inventer de nouvelles
solutions. On démarre une affaire non pas parce qu'on a regardé autour
de soi pour comprendre les manquements et les problèmes nécessitant des
solutions à inventer. Non, rien de tout ça. On démarre le plus souvent
une initiative d'entreprise parce qu'on a vu le voisin faire, vu au
journal télévisé, lu dans un journal ou tout simplement parce que tout
le monde en parle.
Ce que les africains ne savent pas, c'est qu'on ne s'enrichit jamais avec l'idée des autres. Les Africains ont une fâcheuse tendance à se comporter comme des moutons. Lorsqu'en 1985, je choisis d'aller étudier en Italie, c'est surtout parce que je ne voulais pas suivre la vague, tous les étudiants avaient seulement une destination : aller étudier en France. Et puis la mode a été les États-Unis, puis l'Italie. Lorsqu'on observait les filières suivies par les étudiants, à 90 % ils n'étudiaient que dans deux facultés : médecine et pharmacie. Au point où, dans les années 90, c'est le Docteur Muna, président de l'ordre des médecins qui avait tiré la sonnette d'alarme pour supplier les parents de ne plus envoyer leurs enfants étudier en médecine, parce qu'il y avait beaucoup trop de médecins pour peu de places. Voilà le genre de comportement de suivistes qu'ont les Africains depuis le niveau élevé des intellectuels jusqu'à celui des entrepreneurs. Alors que pour s'en sortir, il faut savoir faire la différence et non suivre la vague.
Ce que les africains ne savent pas, c'est qu'on ne s'enrichit jamais avec l'idée des autres. Les Africains ont une fâcheuse tendance à se comporter comme des moutons. Lorsqu'en 1985, je choisis d'aller étudier en Italie, c'est surtout parce que je ne voulais pas suivre la vague, tous les étudiants avaient seulement une destination : aller étudier en France. Et puis la mode a été les États-Unis, puis l'Italie. Lorsqu'on observait les filières suivies par les étudiants, à 90 % ils n'étudiaient que dans deux facultés : médecine et pharmacie. Au point où, dans les années 90, c'est le Docteur Muna, président de l'ordre des médecins qui avait tiré la sonnette d'alarme pour supplier les parents de ne plus envoyer leurs enfants étudier en médecine, parce qu'il y avait beaucoup trop de médecins pour peu de places. Voilà le genre de comportement de suivistes qu'ont les Africains depuis le niveau élevé des intellectuels jusqu'à celui des entrepreneurs. Alors que pour s'en sortir, il faut savoir faire la différence et non suivre la vague.
c- Le patriotisme
Il y a
quelque chose qui caractérise les plus grands milliardaires du monde,
lorsqu'on lit leurs biographies : ils aiment leur pays. Je sais que
quelqu'un dira que lui aussi aimerait son pays s'il devenait
milliardaire. La différence est que si vous détestez votre pays, si vous
vous réveillez chaque matin convaincu que si vous n'avez pas d'argent,
c'est forcément la faute des politiciens, de l'État, des Bassa, des
Baoulé, des Bétis, des Bamiléké, des Haoussa, des Malinké, des Fang, des
Bantous, etc vous êtes durablement installés dans une logique
défaitiste et il ne peut y avoir de miracle pour vous sortir de votre
grotte. Si par contre vous avez réussi à cultiver un sens aigu de
l'amour de votre pays, vous vous sentirez pousser des ailes pour
réaliser des prouesses afin de prouver que votre pays est aussi de
l'avant. C'est cette condition qui nous pousse à préférer ceux qui sont
déjà acquis à la « Géostratégie Africaine » parce qu'ils sont déjà dans
une logique de recherche de la réussite et prêts à attribuer à eux-mêmes
les raisons de leurs défaites et non au monde entier.
d- L'humilité
Il existe des parvenus dont les pieds ne touchent plus le sol tellement
ils ont l'impression d'avoir quelque chose de plus que les autres. Dans
le monde de l'entreprise, ce qui m'a toujours touché, c'est de
constater que les riches, les vrais milliardaires pour la plupart,
surtout ceux partis de zéro, sont les personnes les plus humbles de la
planète. Parce que le fait d'avoir touché le fond est le plus grand
enseignement sur la condition humaine qui n'est que vanité. Le plus
grand riche d'Espagne Amancio que nous verrons plus bas, continue encore
aujourd'hui à aller dîner tous les jours avec ses employés, assis aux
mêmes bancs, mangeant le même repas. Seul son âge permet aujourd'hui de
le distinguer, mais il y a 30 ans, personne ne pouvait en entrant,
savoir qui était le patron. Sa dernière interview à une télévision
remonte à 2001. L'homme est d'une discrétion incroyable.
3- Quelques milliardaires qui peuvent nous inspirer (sans précision, les chiffres sont de 2010)
a- Leonardo Del Vecchio
Italien, 76 ans (né à Milan le 22 mai 1935), 71e fortune mondiale selon
Forbes et 54e selon l'Agence Bloomberg avec 6,3 milliards de dollars de
revenu annuel et 15,3 milliards de chiffre d'affaires de ses
entreprises. Deuxième homme le plus riche d'Italie, derrière Ferrero et
devant Prada.
Cinq mois avant sa naissance, son père décède. Il
arrive au monde dans une condition de misère déplorable, parce qu'avec
la mort du père, la mère doit gérer toute seule quatre enfants. Et sa
mère qui n'a même pas assez d'argent pour faire manger suffisamment tous
ces enfants est obligée de le placer en orphelinat, en espérant qu'un
riche viendrait l'adopter afin qu'il connaisse autre chose que l'atroce
misère familiale dans le Milan de la Seconde Guerre Mondiale où il
manque de tout, surtout de pain. Mais personne ne voudra du petit Del
Vecchio. Il restera ainsi à l'orphelinat Martinitt de Milan jusqu'à
l'âge de 14 ans. C'est l'âge légal pour travailler. Les sœurs
catholiques qui l'ont élevé décident de l'envoyer dans une usine de
Milan où il est fait apprenti. L'usine fabrique des pièces de rechange
pour l'automobile et la lunetterie. Le jeune garçon, qui préfère de loin
le travail à l'usine qu'à l'orphelinat, travaille aussi assidûment que
possible. Alors le propriétaire de l'usine décide de l'envoyer à
l'Académie des Beaux-Arts de Brera, au n°28 de la rue Brera à Milan pour
apprendre à dessiner et graver.
À la fin de sa formation, le
jeune apprenti rentre à l'usine où son salaire est augmenté. En 1958,
Del Vecchio, n'a pas beaucoup d'argent, mais ne veut plus être salarié. À
Milan la location coûte trop cher. Il décide alors d'aller dans un
petit village de Belluno appelé Agrodo où il ouvre son premier atelier,
où il dessine, fabrique et vend lui-même ses montures de lunettes. Il
n'a pas d'argent pour recruter un employé pour l'aider et donc, il
démarre tout seul et réalise seul toutes les étapes.
En 1961,
c'est la naissance de Luxottica (optique de luxe). Les frais non élevés
de location lui permettent d'être tranquille sur le plan des coûts. Del
Vecchio sait bien que s'il a l'avantage de payer peu de frais de
location, en revanche, il n'a pas beaucoup de clients dans un si petit
village. Son coup de génie consiste de transformer ce qui à première vue
est un handicap en avantage. Comment ?
Il se rend à Milan, à via
Monte Napoleone, les Champs-Élysées de Milan, où sont représentés tous
les plus grands magasins de luxe. Il veut bien rivaliser avec toutes ces
grandes marques, mais il n'a même pas les moyens d'avoir une seule
boutique à Milan. Et c'est ici que la formation limitée laisse place au
génie. L'École classique enseigne la confrontation, la guerre. S'il
avait fait des études commerciales ou de marketing, il aurait tout
simplement appris que sa survie dépend de la mort des concurrents. Mais
il n'a pas dans la tête trop de stratégies de marketing. Il décide alors
de jouer petit, de se faire tout petit. Il doit répondre à la question :
comment être présent à via Monte Napoleone sans argent ?
La
réponse est toute trouvée. Il recopie les noms de toutes les marques
présentes à cette avenue et va voir ses concurrents qui les possèdent, à
qui il présente ses réalisations et leur propose tout simplement de
collaborer afin qu'il reproduise ses collections pour eux, avec leurs
marques. C'est cette technique qu'il va utiliser pour se développer
petit à petit et au final, aujourd'hui, son entreprise qui a été cotée à
la bourse de New York en 1990 avec le code LUX, produit pour le compte
de nombreuses marques prestigieuses comme : Brooks Brothers, Bulgari,
Chanel, Dolce & Gabbana, Emporio Armani, Giorgio Armani, Paul Smith,
Prada, Ralph Lauren, Tiffany & Co., Versace, etc. Cette entreprise
est propriétaire d'une dizaine de marques, dont les plus prestigieuses
sont Persol, Ray-Ban, Vogue-Eyewear, selon les chiffres au bilan de
2008. Luxottica comptait un total de 6 250 boutiques dans 120 pays, se
consolidant ainsi comme le premier producteur mondial des lunettes, avec
son propriétaire parti de rien, comme la deuxième fortune d'Italie.
b- Amancio Ortega
Espagnol, Amancio est né le 28 mars 1936. Fils d'un cheminot, il est
obligé de quitter l'école à 14 ans, parce que son père n'a pas d'argent
pour payer ses études. Il va donc travailler dans une boutique de
textile comme coursier. Il donne des coups de main pour mettre un
bouton, faire un ourlet, coudre une fente... Pendant 13 années, il
observera le magasin de luxe et le comportement des riches qui le
fréquentent. Il comprend qu'il y a une faille : le magasin n'a pas
beaucoup de clients, tout simplement parce que les riches ne sont pas
aussi nombreux que la population.
En 1966, il épouse Rosalia
Mera, qui n'a que 22 ans et a quitté l'école à l'âge de 11 ans pour
manque d'argent. Et depuis ses 13 ans, elle est couturière dans une
entreprise de sa ville natale, La Corogne. Les deux amoureux vont vivre
dans la plus grande misère pendant 7 ans, puisqu'ils n'ont aucun
diplôme, ils sont tous les deux classés comme des apprentis. Jusqu'en
1973 lorsqu'ils en ont marre. Ils vont claquer la porte et lancer leur
propre affaire. Ils se partagent les tâches. Amancio, qui était coursier
dans l'autre société, fera le commerce et Rosalia Mera restera à la
maison où elle coudra les vêtements dans un angle de la maison, avec
leur propre marque dessus, dénommée : GOA. C'est le nom du mari, mais à
l'envers : Amancio Ortega Gaona.
Deux ans après, ils ont épargné
assez d'argent pour louer leur première boutique et c'est en 1975 que la
boutique va prendre le nom de Zara. Le coup de génie du couple c'est de
démocratiser les habits de luxe. Et ça marche. Ils vont commencer par
les peignoirs avant de s'attaquer à la caisse : les robes pour femmes.
Aujourd'hui, Amancio est le plus riche d'Espagne avec une fortune
estimée à 31 milliards de dollars, 7e fortune mondiale. L'homme est
réputé très discret. Sa fille Marta qui doit bientôt hérière de tout ça a
été formée de manière étrange : avec un faux nom, elle a été pendant
des années simple vendeuse au comptoir d'une des 2 000 boutiques du
groupe de son père. Et pendant tout ce temps, elle devait apprendre à se
débrouiller avec le salaire que son supérieur lui versait chaque mois,
sans se douter qu'il avait affaire à sa patronne de demain. En 2011, son
groupe Inditex qui contrôle déjà dix magasins à New York va faire une
acquisition qui va faire parler les journaux : 3 600 m2 de boutique au
cœur de Manhattan pour 324 millions de dollars.
Rosalia Mera, qui était classée comme 3e fortune d'Espagne et considérée par Forbes comme la self-made-woman la plus riche du monde avec 4,5 milliards de dollars (195e fortune du monde). Suite à un arrêt cardiaque dû à une attaque cérébrale, elle nous a quittés à l'âge de 69 ans, le 15 août 2013 vers 20 h 30 à l'hôpital San Rafael de La Corogne.
Rosalia Mera, qui était classée comme 3e fortune d'Espagne et considérée par Forbes comme la self-made-woman la plus riche du monde avec 4,5 milliards de dollars (195e fortune du monde). Suite à un arrêt cardiaque dû à une attaque cérébrale, elle nous a quittés à l'âge de 69 ans, le 15 août 2013 vers 20 h 30 à l'hôpital San Rafael de La Corogne.
c- Oprah Gail Winfrey
Oprah naît le 29 janvier 1954 dans le quartier le plus pauvre de
Kosciuszko dans l'État du Mississippi aux États-Unis d'une grossesse non
désirée entre deux adolescents qui en étaient à leur toute première
expérience sexuelle. Elle est immédiatement abandonnée auprès de sa
grand-mère par sa mère encore adolescente, qui prend aussitôt le chemin
de l'exil vers le nord des États-Unis, vers Chicago où pour permettre de
nourrir sa fille, devient domestique de maison. La grand-mère, très
religieuse, lui donne le nom de Orpah, tiré tout droit de l'ancienne
bible hébraïque, le Livre de Ruth. Mais c'est la sage-femme qui va
inverser la place du « R » pour en faire Oprah. Mais pourquoi la
grand-mère voulait ce nom des plus inconnus ?
Le Livre de Ruth nous raconte ceci : Pour fuir la famine, le couple Elimélech et Naomi ont quitté leur pays, la Judée pour s'installer à Moad où ils ont deux fils : Malchon et Chiljon. Ils ont deux épouses : Ruth et Orpah. Les deux frères meurent ensemble.
Le Livre de Ruth nous raconte ceci : Pour fuir la famine, le couple Elimélech et Naomi ont quitté leur pays, la Judée pour s'installer à Moad où ils ont deux fils : Malchon et Chiljon. Ils ont deux épouses : Ruth et Orpah. Les deux frères meurent ensemble.
Naomi demande alors aux deux belles
filles de rentrer ensemble en Judée. Orpah refuse et devient une sorte
de tête brûlée, alors que Ruth accepte et elle y rencontrera un homme
dénommé Booz qu'elle épouse avec la bénédiction de Naomi. C'est pour
cela qu'il va rafler tout l'héritage d'Elimélech (puisque la femme
n'hérite pas). Avec Ruth, ils auront un enfant Obed, ce dernier
enfantera Jessé et ce dernier sera le père du roi David, le grand
patriarche du peuple d'Israél. Et d'Orpah la rebelle, devenue vagabonde,
plus aucune nouvelle. C'est peut-être le destin que la grand-mère
voyait pour la petite Oprah. Mais les choses vont aller tout
différemment. Et comment ?
Oprah reste pendant ses six premières
années chez sa grand-mère, qui, vivant dans une misère extrême, n'a même
pas l'argent pour lui acheter des vêtements. Alors, elle a une idée :
prendre les vieux sacs de pommes de terre pour coudre les robes de la
petite Oprah. Mauvais choix ! Cette prouesse artistique de la grand-mère
va transformer sa petite fille en objet de risée de tout le quartier.
Humiliée à cause de sa misère et sans amie, elle va se refermer sur
elle-même avec sa poupée à qui elle parle toute la journée. La poupée ne
pouvant répondre, elle parle pour elle et parle pour la poupée. Et
c'est cet exercice de locution et d'articulation de la voix dès l'âge de
3 ans qui sera le vrai joker d'Oprah, qui après avoir travaillé dans
les épiceries pour payer ses études, va plutôt se tourner vers la radio
où elle parle comme une pro, jusqu'à son premier programme de télévision
nationale. Oprah a une émission moribonde l'après-midi où l'audience a
depuis fort longtemps dégringolé, mais son score va faire peau neuve en
peu de temps grâce aux talents de la présentatrice. Très vite, elle va
refuser le contrat qui la liait à son premier producteur, pour être sa
propre patronne et produire elle même ses émissions. C'est ce qui fera
d'elle la toute première self-made-woman la plus riche du monde selon le
magazine Forbes avec une fortune évaluée à 2,7 milliards de dollars en
2011.
Avant d'en arriver là, elle a vraiment vu de cru et de cuit dans sa vie.
Sans père, qu'elle ne connaît pas, ni mère, à la recherche de sa propre
survie, Oprah habite chez un oncle où elle est violée dès l'âge de 9
ans par trois hommes : son cousin, son oncle et un ami de la famille. À
13 ans, elle est enceinte. Elle va accoucher d'un garçon à l'âge de 14
ans. Cet enfant va mourir peu de temps après. À 18 ans, elle tombe
amoureuse de son camarade du lycée Anthony Otey. Les deux ont prévu de
se marier. Et le jour de la Saint-Valentin, c'est Oprah qui a préparé la
surprise pour lui. Elle lui explique que, pour elle, l'amour est un
luxe qu'elle ne peut pas se permettre, parce qu'il faut qu'elle lutte
pour survivre. Et que, pour cela, elle ne trouvait aucun espace à
l'amour. Mais comme le raconte ce dernier avec ses propres mots, « Elle
m'a dit qu'elle allait me quitter parce qu'elle n'avait pas de temps
pour une relation amoureuse. Nous nous sommes assis là et avons pleuré.
Elle a brisé mon cœur. »
Comme Del Vecchio et Armancio, Oprah a
apporté l'originalité à son spectacle : alors que les télévisions
n'invitaient que des gens célèbres, Oprah a commencé à inviter les gens
normaux, les parfaits inconnus venant des coins les plus reculés des
États-Unis. Et les téléspectateurs se sont vite identifiés à ces
personnages. D'où le succès de son spectacle qui est arrivé à un record
de 100 millions de téléspectateurs pour une émission aux États-Unis.
C- QUELLES LEÇONS POUR L'AFRIQUE ?
En Afrique, on est fier d'afficher qu'on est docteur, professeur,
médecin, avocat, notaire, etc. Lorsque je signe mes textes : Ex-vendeur
d'arachides, ex-pousseur, ex-docker, ex-photographe ambulant, etc. il y a
des gens qui sont mal-à-l'aise. Mais mon vrai message est celui des
trois personnages que je viens de décrire, c'est-à-dire que ce n'est pas
parce qu'on est aujourd'hui pousseur qu'on va le rester, ce n'est pas
parce qu'on est benskineur aujourd'hui qu'on va le rester. Au contraire,
ceux qui ont souffert, pour peu qu'ils aient pris conscience de la
laideur, de la souffrance et de la misère, sont mieux portés à réussir
que les autres. Parce que la route vers la réussite est comme une
revanche contre les adversités passées de la vie. On est obligé de
réussir parce qu'on a trop de comptes à régler avec tous ceux qui nous
ont fermé la porte un jour, tous ceux qui nous ont piétinés, tous ceux
qui nous ont craché dessus. La réussite s'impose pour nous donner la
joie d'envoyer balader tous ceux qui ont dit un jour que nous étions des
nuls, des bâtards, des orphelins et comme on me l'a dit un jour, des
cafards.
Les Africains ont la fâcheuse habitude de croire et de
faire croire qu'ils sont les seuls au monde qui souffrent. Ce qu'ils ne
savent pas, c'est que dans le monde entier les gens souffrent, il y a
des drames humains, liés à la mort d'un proche, mais aussi à des
événements qui mettent à rude épreuve la solidité des couples, des
familles. Mais devant tout cela, il y a ceux qui abdiquent et ceux qui
refusent la fatalité. La question la plus importante à se poser aurait
dû être pour les pays africains : lorsque je vais mendier à des
Européens ou Américains, comment me trouvent-ils ? Et la réponse est
bien sûr :Ridicule ! Oui, vous l'avez bien lu, à leurs yeux, nous sommes
ridicules. Parce que lorsque devant la misère, nous déléguons nos
charges à une autre personne et sans vergogne, aux yeux de cette
personne, nous ne mériterons jamais de respect, parce que nous sommes
minables par de tels comportements. Surtout qu'habituellement, ce sont
les pays qui ont leurs propres pauvres, ces derniers ne savent pas aussi
comment venir à bout de la misère domestique et ont ce même genre de
comportement.
Ou alors, ces pays devant qui on pleurniche tout le
temps, comme si on était dans une émission de « À Cœur Ouvert » sur les
antennes de la CRTV (chaîne nationale de radio et de télévision du
Cameroun), ce sont des nations surendettés qui ne savent pas comment
faire pour rembourser leur dette et ne plus en avoir. On retrouve cette
attitude fatale et fataliste aussi bien du côté du pouvoir que de
l'opposition. Il y a quelques années, dans le cadre d'une relation
professionnelle avec une ambassade à Yaoundé, au Cameroun, mon
interlocuteur m'avait montré une pile de dossiers faits de demandes
d'aide financière provenant des partis politiques camerounais. J'avais
été très choqué parce que lorsqu'un parti politique écrit à une
ambassade étrangère pour demander de l'argent, c'est que ce parti est en
train d'offrir ses services pour vendre le pays s'il a le pouvoir.
Au-delà de cette indignation dont les moins avertis ne peuvent
comprendre la gravité, il reste un fait : les Africains pour la plupart
ont accepté la misère, la soumission. La preuve est le fait que même
l'école forme plus les jeunes Africains à recevoir les ordres plutôt
qu'à en donner. C'est ce qui va expliquer que décrocher, comme on dit,
un emploi bien payé mérite souvent une célébration par tout un village.
Mais si vous posez la question de savoir : que signifie « bien payé » ?
Vous vous rendrez compte que nous ne sommes pas encore sortis de
l'auberge. Et en plus, nous n'avons pas encore touché le fond du puits.
Il y a des intellectuels africains qui croient que les ambassades des
pays européens ou nord-américains en Afrique sont au-dessus de leur
président de la République. C'est le sommet de la stupidité humaine.
Certains vont jusqu'à contester ou protester auprès des ambassades
occidentales en Afrique les attributions des marchés publics par les
autorités de leur propre pays. C'est en tout cas ce que j'ai découvert
en tombant sur une correspondance datée du 16 mars 1998 et signée de la
main du premier secrétaire de l'ambassade des États-Unis à Yaoundé, Liam
J. Humphreys répondant à un Camerounais en ces termes :
«
L'ambassadeur Twining m'a chargé de répondre à la lettre que vous lui
avez adressée le 3 février 1998 et dans laquelle vous lui avez fait part
de vos difficultés à faire adopter vos projets par le gouvernement
camerounais.
Je vous remercie de votre lettre et de la confiance
que vous placez en notre ambassade. Je vous informe avec regret qu'en
tant que mission diplomatique, l'ambassade des États-Unis n'intervient
pas dans le processus d'attribution des marchés au Cameroun. »
Cette lettre d'un intellectuel camerounais à une ambassade étrangère
dans son pays est la preuve même que non seulement nous n'avons pas pris
le temps de bien apprendre les règles du jeu, mais qu'en plus, nous ne
savons même pas à quel jeu on nous a invités à jouer depuis l'esclavage
et le colonialisme jusqu'à nos jours.
La formation d'une semaine
que nous proposons aux africains depuis janvier 2014 sert à ouvrir les
yeux de nos jeunes face au monde. Nous leur faisons voir toutes ses
facettes avant d'aborder ses règles qui sont bien évidemment truquées.
Cela leur permettra d'apprendre à tirer leur épingle du jeu.
Le
Cameroun, à l'image d'une bonne partie de l'Afrique est en train de
devenir un émirat pétrolier très riche. Si rien n'est fait dès
aujourd'hui pour former nos jeunes à la création de la richesse pour
leur permettre d'accompagner convenablement les bouleversements
économiques qui arrivent, nous risquons de nous retrouver dans des
situations paradoxalement déplorables qu'on a vues ailleurs comme au
Qatar, au Bahreïn ou en Arabie Saoudite où le flux d'argent du pétrole
n'a fait profiter qu'une poignée d'individus, tous appartenant à la
famille royale, les seuls qui ont été formés à maîtriser certains
rouages de l'économie moderne en présence de tant d'argent, alors que le
peuple continue de compatir dans la misère.
Jean-Paul Pougala

