Une fois de plus, ces 8 et 9 août, la principale plateforme de
l’opposition congolaise avait appelé à la
journée ville morte dans tout
le pays. Objectif : réclamer la publication du calendrier électoral qui
se fait attendre. Un appel plutôt bien suivi mardi, nettement moins ce
mercredi.
« À Kinshasa, la population a reçu 5/5 l’appel à la journée ville morte hier », se réjouit au bout du fil ce mercredi Martin Fayulu, l’un des leaders du Rassemblement, qui se trouve actuellement dans la capitale congolaise. Un calme inhabituel a en effet régné mardi 8 août dans la ville.
Martin Fayulu tire une conclusion : « Le peuple congolais
soutient l’accord issu des discussions de la Cenco [accord du 31
décembre, NDLR] et vient encore une fois de le démontrer. »
Félix Tshisekedi, président de la plateforme de
l’opposition, de même que plusieurs autres hommes politique, ont
d’ailleurs réagi sur Twitter, remerciant le peuple congolais d’avoir
suivi l’appel à la journée ville morte.
Gd merci et
bravo au pple congolais pour la réussite de la ville morte. Ceci ns
encourage à continuer le combat jusqu'à la victoire finale.
Mais ce mercredi, dès le matin, le marché centrale de
Kinshasa a repris vie, et les commerces ont rouvert. « Les activités
reprennent timidement », confirme à Jeune Afrique Jean-Marc, qui tient un petit business dans la vente des cartes prépayées.
En province, journées villes mortes à demie teinte
Même schéma dans les villes de province. À Lubumbashi,
deuxième ville du pays, la journée ville morte a également été suivie
mardi. « La ville a fonctionné au ralenti, les tracasseries policières
persistent, les barrages dans les coins stratégiques de la ville sont
toujours aussi remarquable » , témoignait hier Dieudonné Bamoina,
directeur de cabinet de l’opposant Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza.
Il signale par ailleurs des accrochages entre les jeunes identifiés
comme des proches de ce cadre du Rassemblement et les forces de
l’ordre. Ce mercredi, selon lui, « la situation reste tendue » dans la
ville. Mais elle est à peu près revenue à la normale.
À Goma, « toutes les activités ont repris normalement » ce
mercredi, même si le mot d’ordre du Rassemblement a été suivi mardi,
selon une source politique locale. Qu’en conclure, quant à l’efficacité
sur le long terme des journées villes mortes ?
« Cela ne suffit pas pour chasser Kabila »
Ces deux dernières journées villes mortes ne sont pas les premières de l’année. Le 31 juillet déjà, le Mouvement citoyen Lucha et la société civile avait par exemple appelé à une marche pacifique dans
l’ensemble du pays. Pour la même raison : mettre la pression sur la
Commission électorale nationale indépendante (Ceni) afin qu’elle publie
le calendrier électoral. Et puis, comme l’explique Olivier Kamitatu,
porte-parole de l’opposant Moise Katumbi, dans une interview accordée à Jeune Afrique, ces journées constituent « un sacrifice pour chaque famille congolaise ».
Par ailleurs, Martin Fayulu, qui a organisé une tournée de
sensibilisation quelques jours avant les journées villes mortes des 8 et
9 août, dans la province du Bandundu, le reconnaît : « Cela ne suffit
pas pour chasser Joseph Kabila immédiatement du pouvoir. »
Toutefois, pour le chef de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé) ,
les journées villes mortes font « monter la pression avant la date
ultime du 31 décembre 2017 ». Il rappelle aussi l’objectif de
sensibilisation de la population qu’ont ces journées. Elles « font
partie des mesures prises par le Rassemblement à l’issu du conclave »,
ajoute-t-il.
Par Ange Kasongo
Source: Jeune Afrique

