L’une des phrases du discours de Paul Kagame lors de sa prestation
de serment, le 18 août à Kigali,
semblait destiné à Emmanuel Macron. Le
président français avait suscité une petite polémique un mois plus tôt
en évoquant le défi "civilisationnel" de l'Afrique.
“Africa has no civilizational problems, only assets.” C’est lors d’un discours prononcé en anglais et en kinyarwanda que
le chef de l’État rwandais réélu, Paul Kagame, a déclaré, devant une
imposante brochette de chefs d’État et quelques 30 000 Rwandais, que “l’Afrique n’avait pas de problèmes d’ordre civilisationnel”, qu’elle n’avait que “des atouts”.
Faut-il y voir une réponse Emmanuel Macron, qui déclarait le
8 juillet, en marge du sommet du G20 à Hambourg – où Paul Kagame était
lui aussi présent : “Le défi de l’Afrique, il est totalement différent.
Il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel aujourd’hui” ?
La phrase n’avait pas manqué de choquer et elle avait
suscité différentes réactions, notamment de la part d’intellectuels
africains.
“C’est une réponse à Macron”, tranche sans hésiter un fin
connaisseur de la vie politique rwandaise. Et de noter que Kagame n’a
prononcé que trois mots de français dans son allocution : “sans aucun
doute”, placés juste après sa réflexion sur les problèmes
civilisationnels, comme pour mieux indiquer à qui il faisait référence.
“Il y a plusieurs interprétations possibles de cette phrase
et en effet, cela peut en être une”, nous dit une source à la présidence
rwandaise lorsqu’on lui demande si le message renvoie bien au chef de
l’État français.
Des relations franco-rwandaises toujours tendues
La France et le Rwanda restent à couteaux tirés et chaque
saillie, d’une part ou de l’autre, est scrutée dans les chancelleries.
Dernière passe d’armes en date : le Français Manuel Valls, en avril
2014, à peine nommé Premier ministre, répondait à Kigali, qualifiant “d’indignes et injustes”, les déclarations de Paul Kagame qui, dans une interview à Jeune Afrique, avait accusé la France d’avoir eu un « rôle direct dans “la préparation politique du génocide” et dans “son exécution même”.
Emmanuel Macron, lui, a désigné François Lecointre comme
nouveau chef d’état major des armées, en juillet dernier. Or, ce dernier
avait été affecté au Rwanda dans le cadre de l’opération Turquoise. Une
nomination qui n’a pas été bien accueillie du côté de Kigali, tant
Turquoise y est vécue comme le symbole des errements de Paris en 1994,
lors du génocide des Tutsis.
Source: Jeune Afrique

