après le rejet de sa candidature à ce scrutin, pour lequel Vladimir Poutine apparaît sans concurrent pour remporter un quatrième mandat.
L'opposant russe Alexeï Navalny
n'a pas obtenu lundi l'aval de la Commission électorale centrale pour
se porter candidat à l'élection présidentielle de mars prochain. Cette
décision est loin de constituer une surprise car la Commission avait à
plusieurs reprises averti que l'opposant ne pourrait se présenter avant
2028 en raison d'une condamnation en février dernier à cinq ans de
prison avec sursis pour détournement de fonds dans une affaire remontant
à 2009. Sa présidente Ella Pamfilova a assuré n'avoir «aucune
observation» à faire quant aux documents apportés par Alexeï Navalny,
répétant qu'il s'agissait de faire respecter la loi.
Adversaire
déclaré de Vladimir Poutine, l'opposant, âgé de 41 ans, avait obtenu le
ralliement de 742 personnes, soit au-dessus du seuil des 500 nécessaires
pour pouvoir se présenter. Mais il accuse le Kremlin de torpiller sa
candidature. Lundi, dans une vidéo enregistrée à l'avance et publiée dès
l'annonce de la décision l'interdisant de se présenter, il déclare:
«Nous savions que ça arriverait et nous avons donc un plan clair et
simple». «Nous annonçons un boycott de l'élection. Le processus auquel
on nous demande de participer n'est pas une vraie élection. Il n'y aura
que Poutine et les candidats qu'il a personnellement sélectionnés»,
dit-il, ajoutant qu'il allait faire appel de la décision de la
commission électorale.
Une base de soutiens jeunes et fidèles
Alexeï
Navalny a été interpellé et détenu à trois reprises cette année pour
avoir organisé des rassemblements politiques non autorisés. Se disant
victime d'un harcèlement judiciaire, il a fait condamner la Russie par
la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). «Il est évident que ces
affaires ont été fabriquées pour ne pas me laisser me présenter», avait
dénoncé Alexeï Navalny lors des débats publics précédant la décision.
Considéré
comme le principal opposant au président Vladimir Poutine, qui brigue
en mars un quatrième mandat, Navalny a mené campagne pendant des mois
dans toute la Russie malgré les entraves et les pressions des autorités,
ce qui lui a permis de gagner une fidèle base de soutiens, souvent très
jeunes. En dépit de l'indifférence des médias nationaux, ses meetings
ont rassemblé des milliers de personnes et il a ouvert des dizaines de
bureaux de campagne en province, sur lesquels il entend désormais
s'appuyer pour appeler au boycott.
Charismatique blogueur anticorruption aux accents parfois nationalistes, il a également organisé en mars et en juin deux manifestations d'ampleur dans plusieurs villes du pays,
qui ont débouché sur des milliers d'arrestations et qui lui ont valu de
courtes périodes de détention. Dimanche, l'opposant a encore mobilisé
des milliers de ses soutiens en Russie pour chercher à imposer sa
candidature malgré son inéligibilité, organisant notamment à Moscou un
show à l'américaine devant la presse et des centaines de ses partisans.
Poutine, dix-sept ans au pouvoir
Vladimir
Poutine, 65 ans, au pouvoir depuis dix-sept ans à la présidence ou au
poste de Premier ministre (1999-2000 puis 2008-2012), a confirmé au
début du mois qu'il briguerait un quatrième mandat présidentiel lors du
scrutin fixé au 18 mars. Sa victoire, avec la possibilité de se
maintenir au pouvoir jusqu'en 2024, semble faire peu de doute.
En
dépit de problèmes comme la corruption, la protection médicale de
piètre qualité ou encore un niveau de pauvreté qui reste très élevé, les
sondages prévoient une très large victoire à l'élection de Vladimir
Poutine, avec une popularité atteignant 80%. Nombre de Russes voient en
lui l'homme d'une certaine prospérité, notamment grâce à la manne
pétrolière, et celui du retour de la Russie sur la scène internationale,
tandis que d'autres lui reprochent une dérive autoritaire et un
exercice personnel du pouvoir.
À la présidentielle, Vladimir Poutine devrait affronter les
traditionnels candidats du Parti communiste et des nationalistes du
LDPR, ainsi que la vedette de télévision proche de l'opposition libérale
Ksenia Sobtchak, qui espère réunir les Russes mécontents de la
situation dans le pays. Le président russe s'est toujours contenté de
présenter Alexeï Navalny, dont il refuse même dans la plupart des cas de
mentionner le nom, comme une figure marginale et un opportuniste qui
«utilise les difficultés existantes pour sa propre communication
politique».

