Plusieurs milliers de personnes sont à nouveau descendues dans les
rues de Lomé samedi, avant-
dernier jour d'une année tourmentée au Togo,
pour protester contre le régime du président Faure Gnassingbé.
A l’appel de la coalition des 14 partis politiques de
l’opposition, les manifestants ont sillonné plusieurs artères de la
capitale togolaise, scandant des slogans hostiles au régime en place,
avant de tenir un meeting en bordure de mer.
Jean-Pierre Fabre, chef de file de l’opposition et Brigitte
Adjamagbo-Johnson, coordonnatrice de la coalition, marchaient au milieu
du cortège, encadré par les forces de l’ordre.
« Nous ne serons jamais fatigués. Cette fois-ci, nous irons
jusqu’au bout de cette lutte que nous avons entamée depuis plusieurs
mois », a lancé au milieu d’un groupe de jeunes manifestants, Alain,
conducteur de taxi-moto.
« Personne ne baissera les bras, car nous voyons déjà la fin
de ce régime cinquantenaire », a renchéri une manifestante, vêtue d’un
tee-shirt orange, frappé de l’effigie de M. Fabre.
Aucun incident
Aucun incident n’a été enregistré lors de cette nouvelle
manifestation de l’opposition, la troisième cette semaine. Jeudi, la
marche avait été dispersée par des gaz lacrymogènes, les manifestants
n’ayant pas respecté l’itinéraire prévu, selon la police.
Au moins 12 personnes avaient été blessées, dont cinq grièvement, et une quinzaine arrêtées, selon l’opposition.
La coalition de l’opposition organise depuis septembre des
manifestations quasi hebdomadaires contre le président, héritier d’une
famille au pouvoir depuis 50 ans.
Faure Gnassingbé est à la tête du Togo depuis 2005,
succédant à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, qui a dirigé sans
partage le pays pendant 38 ans.
Un projet de révision de la constitution est en cours, mais
la limitation à deux mandats présidentiels n’est pas rétroactive, et
autoriserait le président à se représenter en 2020 puis en 2025, ce que
rejette l’opposition.
Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, inquiets de
l’instabilité que peut engendrer la crise togolaise, ont demandé des
pourparlers entre le pouvoir et l’opposition, sous la médiation du
président ghanéen Nana Akufo-Addo et guinéen Alpha Condé.
Une délégation de l’opposition reçue vendredi à Accra par Nana Akufo-Addo
Mais le dialogue annoncé depuis début novembre par le gouvernement, peine à démarrer.
L’opposition exige des « mesures d’apaisement » notamment la
libération des manifestants en prison et le retrait des forces de
sécurité dans le Nord, avant le début des discussions.
Le 12 décembre, la coalition a boycotté des « consultation »
initiées par le gouvernement, reprochant au pouvoir en place de vouloir
être juge et partie.
Une délégation de l’opposition a été reçue vendredi à Accra par le président Nana Akufo-Addo.
« Nous avons rencontré le président ghanéen et ce dernier
nous a affirmé que les deux médiations (ghanéenne et guinéenne) se
poursuivent », a déclaré Jean-Pierre Fabre à l’AFP.
« Au lendemain du sommet de la Cédéao, le pouvoir a tenté de
distiller au sein de la population des informations selon lesquelles
les Togolais sont suffisamment mûrs pour discuter entre eux. Le niveau
atteint par la crise exclut toute discussion des Togolais entre eux »,
a-t-il martelé.
Source: Jeune Afrique

