Mercredi, la cryptomonnaie passait sous les 10.000 dollars.
Près de 50% de chute après avoir
atteint son sommet historique, le 18
décembre dernier. En cause, la politique de deux puissances asiatiques.
Que
s’est-il passé avec le bitcoin ? Après avoir connu une montée
fulgurante de sa valeur, flirtant avec 20.000 dollars à Noël, il a
brutalement chuté à 10.000 dollars mercredi avant de repartir à la
hausse dans la journée de jeudi. Persuadés que la progression initiée
l'été dernier n’allait pas s’arrêter, les spéculateurs se sont fait
surprendre. Et pourtant, ils avaient été bien prévenus. Le choeur des banquiers centraux s’y était employé, et les banques d’affaires n’ intervenaient sur le marché que marginalement, juste pour voir.
Le
destin des bulles est d’éclater un jour, et leur principale
caractéristique est que l’on ne peut jamais prédire quand cela
interviendra, résultat d’un mélange indiscernable de panique et de prise
de bénéfice mais rien n’interdit d’y contribuer quand ou en a les
moyens. Pour une fois, le mystère n’est pas épais sur le marché
asiatique, le lieu du crime, où le trading du bitcoin est de loin le
plus actif.
En début de semaine, Choi Jong-ku, le chef de la
commission des services financiers du gouvernement sud-coréen, a allumé
la mèche le premier en annonçant étudier la fermeture des échanges qui permettent de se procurer ou de vendre du bitcoin. Ce qui a valeur d’asphyxie pour les cryptomonnaies. Mais il a retenu sa main et cela ne n’est pas encore concrétisé.
Les investisseurs sud-coréens, qui représentent 15% des transactions mondiales bitcoin, ne se recrutent pas exclusivement chez les petits rentiers friands de jeux de casino. Les chaebols,
ces grands conglomérats qui ont fait la fortune du pays, sont
aujourd’hui suspectés de tous les pêchés, artisans de la corruption et
des activités financières illicites qui vont de pair. Les laisser agir à
leur guise sur le marché du bitcoin n’est pas envisageable pour le
gouvernement, et le besoin s’est fait sentir de leur administrer une
leçon, sans la pousser trop loin.
Le grand pouvoir de la Chine sur le Bitcoin
Le gouvernement chinois n’est pas réduit à une telle prudence. La «banque de l’ombre» non
régulée est particulièrement florissante en Chine, et les autorités ont
également dans un premier temps laissé le marché du bitcoin se
développer, tout en le surveillant, car ce secteur banquier privé
finance les petites entreprises que les grandes banques d’État
délaissent, sur lesquelles le régime compte pour développer le marché
intérieur, sa grande affaire.
Dans la foulée des annonces
sud-coréennes (ou en concertation ?), il a soudainement décidé de porter
un coup d’arrêt à l’essor incontrôlé du trading du bitcoin: après avoir
interdit les plates-formes où se pratique l’échange entre le yuan -la
monnaie chinoise- et le bitcoin en septembre dernier, le gouvernement
compte limiter drastiquement les échanges directs entre citoyen et le
recours à des services étrangers. Enfin, la Banque Centrale Chinoise
envisage toujours de créer sa propre cryptomonnaie afin de garder la main... Si leur émergence est inévitable, autant les contrôler.
Enfin, la Chine, qui concentre plus de 70% de l’activité de «minage»
des bitcoins, profitant du bas coût de l’énergie électrique
subventionnée, entend bien le limiter. Cinq des dix premières sociétés
de minages mondiales sont chinoises. Le leader, Bitmain, est une des plus grandes fermes de minage du monde. Plus impressionnant, plus de 90% des transactions mondiales du bitcoin s’opèrent sur des plates-formes d’échange chinoises.
À
la recherche de volatilité, les Chinois font les beaux jours de la
cryptomonnaie numéro 1, leurs surplus massifs d’épargne que les banques
publiques rémunèrent très faiblement n’y étant pas étrangers. Mais, pour
le Parti-État, le bitcoin permet de contourner le strict contrôle des
sorties de capitaux de Chine, contrôle que le gouvernement ne veut
absolument pas abandonner. Et les risques induits sont pour l'instant,
aux yeux de l'État, plus grands que les bénéfices.
Ce coût de
semonce donnée, les affaires vont pouvoir repartir, car les
cryptomonnaies sont l’instrument d’excellence de cette spéculation qui a
envahi le système financier, qui y consacre l’essentiel de son
activité. Une place va leur être trouvée. Capital Economics, la société
d’études et de recherche britannique, voit dans ces évènements les
premières péripéties douloureuses d’une vie qu’il n’ose pas abréger.
Une autre hypothèse peut être évoquée. Alphaville, la rubrique
financière pointue du Financial Times, donne sous toutes réserves une explication complémentaire au plongeon du bitcoin
et au rôle que pourraient y avoir joué la Chine et la Corée du Sud.
Rien ne peut être prouvé, reconnaissent ses rédacteurs, mais il est
vraisemblable que Xi Jinping et Moon Jae-in, les deux présidents, se
soient mis d’accord à ce sujet lors de leur rencontre de décembre
dernier: les mesures de restriction de l’activité sur le marché du
bitcoin prises en Chine et en Corée du Sud feraient partie d’un plan
destiné à faire pression sur Pyongyang tout en conduisant Séoul à
prendre ses distances avec la ligne dure américano-japonaise.Car le
régime nord-coréen a profité des performances du bitcoin et récemment hacké dernier
quatre plates-formes d’échange sud-coréennes, probablement afin de
contribuer au financement de ses activités militaires nucléaires. La
guerre informatique contribuerait aux préparatifs d’une dissuasion
nucléaire crédible destinée à assurer la pérennité du régime. Sigal
Mandelker, la sous-secrétaire d’État américaine au terrorisme et au
renseignement financier, y a fait clairement état lors de sa déposition
du 17 janvier devant un comité de la Chambre des représentants.À l’appui
de cette hypothèse qui circule en Asie, la chaine d’information CNN
avait mené en décembre dernier une enquête dont on peut trouver un écho
sur CNN tech sous le titre de «La Corée du Nord profiterait de l’euphorie crée par le bitcoin».
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