Considérer que le temps est divisible en tranches identiques
appelées années, relève de sa conception
discrète (c'est à dire non
continue).
2018 est donc la nouvelle tranche
qui, non seulement évince 2017, mais aussi la pousse à élire domicile
dans nos souvenirs et nos archives calendaires. Cependant, autant une
année chasse l’autre, autant certains évènements font le pont d’une
année à l’autre et deviennent structurants. Aussi, en guise d’une bonne
année panafricaine, revenons-nous analytiquement sur le débat sur le
FCFA, le marché aux esclaves en Lybie, l’éviction de Mugabe et la
Françafrique au travers de la visite de Macron en Afrique.
Ce que tout cela démontre de façon robuste, c’est la forte présence du colonial dans le postcolonial
Ce sont des événements qui, non seulement font échos du
temps passé, – le FCFA, Robert Mugabe et la Françafrique sont des
produits coloniaux, le marché aux esclaves ravive le souvenir du
commerce triangulaire –, mais aussi, conditionnent le temps à-venir du
continent. Ce que démontrent de façon robuste le débat sur le FCFA, la
longévité de Robert Mugabe au pouvoir et la continuité de la
Françafrique, est la forte présence du colonial dans le postcolonial.
Le FCFA, monnaie née dans la mouvance des Accords de Bretton
woods, est toujours d’actualité. Cela interroge l’indépendance des pays
de la zone Franc, la fierté de l’Afrique et sa capacité à se prendre
complètement en main sur le plan monétaire. Si le billet de FCFA brûlé par Kémi Séba a remis cette question dans l’agenda, les politiques africains ne semblent toujours pas prêts à prendre le risque politique et économique d’une réelle souveraineté monétaire.
Ainsi, parlant de révolution monétaire, il y a ceux qui la font et ceux
qui en parlent. L’Afrique est encore dans la deuxième catégorie.
Une question de pouvoir
La monnaie est une question de pouvoir. Celui-ci nous
conduit au cas Robert Mugabe. D’autres pays comme le Cameroun vivent un
immobilisme lié au fait qu’une utopie individuelle – être au pouvoir ad
vitam aeternam –, immobilise le pays lorsqu’elle ne le fait pas sombrer
dans la violence comme cela est actuellement le cas au Cameroun. Le FCFA
ne perdure-t-il pas aussi à cause d’une telle conception du pouvoir ?
En 2018, l’Afrique semble un continent où les pouvoirs exécutifs gardent
une logique coloniale. Le FCFA, la Françafrique et l’esclavage y
trouvent un terreau fertile.
Celui qui s’agrippe au pouvoir comme une araignée à sa toile
via l’inflation de la réforme constitutionnelle ou en transformant les
accords sociétaux en paillasson (cas de la RDC), peut-il être source
d’innovations et de mobilité sociopolitique et économique dans le
continent ? Rompre avec un pan de la Françafrique exige par exemple que
l’on mette un terme à la traditionnelle visite des présidents français
en Afrique après leur élection. Chaque rencontre de ce type qui
renouvelle le serment de rupture avec les pratiques passées, est le
meilleur moyen de perpétuer le lien colonial et l’absence de rupture. En
conséquence, les pouvoir ne pensent qu’à leur reproduction et
deviennent anthropophages par rapport à leurs populations.
L’esclavage multiforme
De là découle une renaissance du marché aux esclaves en
Libye en 2017. Sans négliger les causes exogènes, notamment occidentales
dans cette situation, des pouvoirs africains au service de la vie des
Africains, des Etats africains devenus des Etats de droit sont les seuls
remparts absolus contre des cas d’esclavage. En 2018, force est de
constater que loin s’en faut : la permanence du FCFA, la ductilité de la
Françafrique et la liturgie urbi et orbi du pouvoir à vie font le lit
de la colonie dans la postcolonie, réalité qui porte en elle l’esclavage
multiforme comme la nuée porte l’orage.
par
Thierry Amougou
Source: Jeune Afrique

