Quarante-huit heures après la convocation des ambassadeurs de la France,
de l'Angola et du Rwanda
à Kinshasa, le président français, Emmanuel
Macron, et son homologue angolais, João Lourenço, ont clarifié lundi
leur position au sujet de la voie de sortie de la crise en RDC.
Il a suffi d’un mot pour mettre les autorités congolaises en
colère. Le 23 mai, lors de son point presse avec son homologue rwandais
et président de l’Union africaine, le président français, Emmanuel
Macron, a déclaré qu’il soutenait « l’initiative » prise par Paul Kagame
« en lien étroit avec le président angolais [João Lourenço] » au sujet
de crise politique en RDC.
Depuis, Kinshasa ne cesse de crier à la machination étrangère contre le pouvoir de Joseph Kabila. Le samedi 26 mai, des
ambassadeurs de la France, de l’Angola et du Rwanda, accrédités dans la
capitale congolaise, ont été convoqués dans le bureau de Léonard She
Okitundu, le chef de la diplomatie de la RDC, pour une « demande d’explication ». Quarante-huit heures plus tard, c’était au tour de Lambert Mende,
porte-parole du gouvernement congolais, de monter au créneau. Au cours
de son point presse, ce lundi 28 mai, le ministre de la Communication et
des Médias a dénoncé « les messes basses et les complots à ciel ouvert
contre la souveraineté » de la RDC.
« Les pays africains qui se hasarderont à servir de tête de pont ou
de sous-traitants à des stratégies extérieures hostiles à la RDC [et]
élaborées ailleurs seront toujours payés en monnaie de singe, en plus de
la résistance farouche du peuple congolais […] », a menacé Lambert
Mende, visant, sans les citer, l’Angola et le Rwanda dont les chefs
d’État viennent d’être reçus tour à tour à l’Élysée.
Les précisions de Macron et de Lourenço
En visite officielle en France pour trois jours,
le président angolais João Lourenço a en effet été reçu ce lundi par
son homologue français, Emmanuel Macron. Outre la signature d’un certain
nombre d’accords de coopération dans les domaines agricole et de la
défense, les deux chefs d’État ont également abordé la situation en RDC.
« Nous soutenons la médiation régionale », a affirmé Emmanuel Macron,
lors d’un point presse au Palais de l’Élysée avec João Lourenço. Les
deux présidents ont tenu à rappeler leur attachement à l’accord de la
Saint-Sylvestre et à la tenue des élections le 23 décembre « auxquelles
Joseph Kabila n’aurait pas à participer », dixit M. Macron. Ce dernier a
précisé que la France « n’a pas à dicter » au président congolais ce
qu’il doit faire.
M. Lourenço a lui affirmé que la médiation est menée par tous les
responsables des organisations régionales, « Omar Bongo, Denis Sassou
Nguesso, Cyril Ramaphosa, et Paul Kagame » avec qui « nous discutons
régulièrement de l’avenir de la RDC, tout comme avec M. Kabila ».
Appel au respect de l’accord de la Saint-Sylvestre
Si le langage utilisé a été prudent, il a mis en avant le fait que « l’accord [de la Saint-Sylvestre]
a reçu la bénédiction de l’Église, et tout ce qui est béni doit être
respecté. Nous conseillons à Joseph Kabila de suivre ce chemin. Mais un
conseil n’est pas une obligation ». Et d’ajouter : « Nous n’avons pas le
droit de dire [à Joseph Kabila] qu’il doit [le] quitter, c’est aux
électeurs de le dire à travers les urnes. Mais on se croit dans notre
droit à se protéger de toute déstabilisation. »
Ces élections à venir doivent se passer dans un climat apaisé, selon
le président angolais. « Si c’est pour organiser des élections pour en
faire, on peut les faire dès demain même, mais si personne ne les
reconnaît, on ne gagne rien avec ça », a-t-il déclaré.
Nous soutenons l’esprit et la méthode de M. Lourenço », a déclaré Emmanuel Macron
« La France viendra en soutien des initiatives qui seront prises par
les pays de la région et l’Union africaine », a maintenu Emmanuel
Macron. Il s’agit des initiatives visant à « faire appliquer les accords
qui seuls permettront la clarification de la situation politique [en
RDC], sans aucune complaisance, dans le calme et avec clarté », a
précisé le président français. Ce compromis politique, conclu fin 2016,
prévoyait entre autres la libération des prisonniers politiques
emblématiques, la cessation des poursuites contre des opposants et
l’organisation des scrutins crédibles et apaisés.
Faisant probablement référence à la dernière réaction de Kinshasa, à
la suite des propos d’Emmanuel Macron lors de la venue de Paul Kagame à
Paris, João Lourenço a pris soin d’expliquer qu’il n’y avait pas de
décisions prises « en secret », ni de « conspiration », mais un « grand
besoin de montrer à Joseph Kabila qu’il doit respecter l’accord… Nous
nous rencontrons dans quelques jours, j’espère que ça se réalisera »,
a-t-il souligné. « Nous soutenons l’esprit et la méthode de M.
Lourenço », a conclu le président français.
Le président angolais, qui doit rencontrer environ 80 entrepreneurs
français, se rendra mardi dans le sud de la France, avant de rejoindre
la Belgique.
Source: Jeune Afrique

