
Il en est convaincu, l'heure du changement a sonné. A 40 ans, le chef
de l'opposition zimbawéenne
Nelson Chamisa table sur sa jeunesse pour gagner la présidentielle et débarrasser son pays de la vieille garde qui le dirige depuis près de quarante ans.
Nelson Chamisa table sur sa jeunesse pour gagner la présidentielle et débarrasser son pays de la vieille garde qui le dirige depuis près de quarante ans.
Dans son bureau du cœur de la capitale Harare, le nouveau patron du
Mouvement pour un changement démocratique (MDC) l'assure à l'AFP: "les
jeunes dirigeants ont la cote".
"Le monde bouge, des jeunes prennent les commandes partout. Regardez
la France, regardez le Canada, la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis",
lance Nelson Chamisa, les yeux levés au-dessus de son ordinateur
portable dernier cri.
Ses modèles s'appellent Emmanuel Macron, élu à 39 ans, Justin
Trudeau, arrivé au pouvoir à 43 ans, et bien sûr Barack Obama, entré à
la Maison Blanche quand il en avait 47.
"Partout, la plupart des jeunes se retrouvent dans notre message, se
retrouvent dans mon âge, dans la vision que je propose", insiste
l'avocat.
Nelson Chamisa s'amuse que son principal adversaire, le président
Emmerson Mnangagwa, 75 ans, et son parti, la Zanu-PF, lui reprochent
d'être un novice en politique.
>> Lire aussi : Mnangagwa promet que le calendrier électoral sera tenu
"Je suis ravi qu'ils m'accusent d'être jeune", se félicite-t-il, "c'est une critique que j'accepte volontiers".
Même s'il n'a pris qu'en février les rênes du MDC après la mort de
son chef historique et mentor Morgan Tsvangirai, Nelson Chamisa n'a
pourtant rien d'un "bleu" en politique.
- "L'heure du changement" -
Ancien dirigeant étudiant, ex-ministre du gouvernement de coalition
qui a suivi les élections de 2008, toujours député, il incarne la
nouvelle génération politique qui piaffait d'impatience sous le règne
tutélaire de Robert Mugabe.
A la tête du Zimbabwe depuis son indépendance en 1980, le chef de
l'Etat, 94 printemps au compteur, se disait immortel. Mais il a fini par
tomber en novembre, lâché par les militaires et son parti qui
s'inquiétaient des ambitions politiques de plus en plus insistantes de
son épouse Grace.
L'état-major de l'armée et les caciques de la Zanu-PF ont assis sur
le trône du "camarade Bob" son ancien vice-président tombé en disgrâce,
Emmerson Mnangagwa.
Huit mois plus tard, Nelson Chamisa est persuadé que cette révolution de palais marque le début d'une nouvelle ère.
"L'heure est au changement, je le sens presque partout. Les attentes
des gens sont très claires, ils savent que (Mnangagwa) représente le
passé et que j'incarne l'avenir", assure-t-il, sûr de lui, "je ne vois
pas comment Mnangagwa pourrait nous battre, il va finir très loin
derrière nous".
Derrière ces propos d'estrades, le poids politique réel de l'opposition reste toutefois à démontrer.
La bataille acharnée qui s'est jouée à la tête du MDC pour la
succession de Norman Tsvangirai a laissé des traces. M. Chamisa l'a
emportée mais sans faire l'unanimité et aura du mal à faire le plein des
voix qui se reportaient sur son prédécesseur.
Les sondages suggèrent aussi que la Zanu-PF dispose encore d'un fort soutien dans le nord du pays et ses zones rurales.
- "Violations" -
Et puis Nelson Chamisa lui-même ne cache pas redouter la répétition
des fraudes et des manipulations qui ont entaché tous les scrutins de
l'ère Mugabe.
Depuis des semaines, il dénonce à longueur de discours des
irrégularités dans la préparation des listes électorales ou dans
l'impression des bulletins de vote, ainsi que le manque d'indépendance
de la Commission électorale (ZEC).
"Dans le passé, nous avons subi des violations flagrantes et
manifestes des droits de l'homme", dit l'opposant, "ce que nous voyons
maintenant est plus subtil, plus souterrain".
Méfiant, le patron du MDC doute même de l'impartialité des
observateurs de l'Union européenne (UE), autorisés à faire leur grand
retour dans les bureaux de vote zimbabwéens pour la première fois depuis
leur expulsion en 2002.
"Nous sommes très circonspects", avoue-t-il, "nous avons le sentiment
qu'ils sont tombés dans le piège de la rhétorique de M. Mnangagwa, qui
répète que les élections seront libres et honnêtes alors qu'en fait
elles ne le sont pas".
Malgré toutes ces réserves, M. Chamisa se dit "très optimiste". "Nous allons gagner haut la main", repète-t-il.
A condition toutefois que le scrutin se déroule normalement, ajoute
le candidat du MDC. Sinon, il s'en retirera. "Nous n'accepterons pas la
répétition des élections où mon prédécesseur a été volé", menace Nelson
Chamisa.
En 2008, les violences contre ses partisans avaient contraintMorgan
Tsvangirai, arrivé en tête au premier tour, à se retirer pour laisser la
victoire à Robert Mugabe.
VOA Avec AFP

