
Organisation du scrutin dans les zones touchées par la crise anglophone, bureaux de vote dans les
Les Camerounais sont appelés à se rendre aux
urnes le 7 octobre prochain pour désigner leur président de la
République. À huit semaines de cette échéance, deux préoccupations
majeures continuent d’inquiéter certains partis d’opposition, ainsi
qu’une partie de l’opinion publique : la question du vote dans les
casernes militaires et celle du dispositif sécuritaire qui sera déployé
dans les deux régions anglophones du pays, en proie à une crise
sécuritaire depuis novembre 2017. Abdoulkarimou, directeur général adjoint d’Elecam, l’organe chargé des élections, livre ses réponses à Jeune Afrique.
Jeune Afrique : La liste des candidats retenus pour
l’élection présidentielle d’octobre prochain est désormais connue. Quel
est l’état actuel des préparatifs en vue de ce scrutin au sein
d’Elecam ?
Abdoulkarimou : Nous procédons actuellement à la
confection des kits par bureau de vote. Par la suite, ils seront
acheminés vers les antennes communales pour qu’au jour J, le 7 octobre,
il se trouve dans les bureaux de vote. La distribution a commencé
vendredi [10 août].
En ce qui concerne les documents électoraux (bulletins,
procès-verbaux, feuilles de dépouillements, feuilles de pointage,
enveloppes…), nous avons reçu du papier en quantité suffisante. Les
imprimeries sont déjà à pied d’œuvre. Nous avons un délai maximum de
deux à trois semaines pour le faire, avant de les acheminer.
Douze recours ont été déposés devant le Conseil
constitutionnel par des personnes dont la candidature n’a pas été
retenue. Pensez-vous que certains puissent être « repêchés » ?
C’est au Conseil électoral d’en décider. Nous sommes en train de
préparer des mesures pour prévoir cette éventualité. Si le Conseil
constitutionnel réhabilite un candidat, ça ne nous pose aucun problème.
Nous avons travaillé sur une base prévisionnelle, soit sur environ
vingt candidats. Donc, l’incidence matérielle de l’éventuel ajout de
deux ou trois candidats ne pose aucun problème. Dès qu’un nom est
réhabilité, nous validons ses documents, que l’on envoie aux
imprimeries.
Où en est Elecam dans la distribution des cartes d’électeurs ?
Nous étions dans un processus d’actualisation du fichier électoral.
Cela veut dire que les électeurs qui étaient inscrits jusqu’ici avaient
déjà leurs cartes. Il était juste question de confectionner les cartes
des nouveaux inscrits, et de confectionner les nouvelles cartes pour
ceux qui ont changé de lieux de vote, ce qui a été fait. C’est assez
marginal par rapport au nombre total de de bulletins.
Selon la loi, les cartes doivent être distribuées au moins soixante
jours avant le jour du scrutin. Nous, nous les distribuons au fur et à
mesure que nous les confectionnons. Nous n’avons donc pas d’inquiétude à
ce niveau.
La question pour les casernes est : s’agit-il de lieux publics ouverts au public ou pas ? La réponse est évidente
La question de la localisation des bureaux de vote fait
polémique. On évoque notamment des bureaux dans des casernes. Qu’en
est-il exactement ?
Nous aurons à peu près 25 000 bureaux de vote au niveau national, et
56 bureaux pour les Camerounais établis ou résidents à l’étranger. Au
regard de la loi, le bureau de vote doit être situé dans un lieu public,
ouvert au public. Alors, la question pour les casernes est : s’agit-il
de lieux publics ouverts au public ou pas ? La réponse est évidente. Ce
sont des lieux publics, ouverts au public.
De manière pratique, dans ces casernes, il y a non seulement des
militaires qui sont des citoyens, des électeurs, mais aussi leurs
familles qui y résident. On ne va pas éparpiller les militaires dans les
quartiers. Je crois qu’il est même mieux de les rassembler dans un
endroit précis, à leur lieu de résidence, pour éviter un certain nombre
de risques. Les militaires doivent voter là où ils résident avec leurs
familles.
Et il faut rappeler que l’organisation des bureaux de vote dans les
casernes est le même que sur toute l’étendue du territoire national. Un
président de la commission locale du bureau de vote et les représentants
des candidats y siègent. C’est une garantie.
Il existe également des craintes concernant la mise en place
de bureaux de vote à la présidence de la République, ou dans des
chefferies…
Ce n’est pas la première fois qu’il y a une élection présidentielle
au Cameroun. Est-ce qu’il y a déjà eu un bureau à la présidence de la
République ? Lorsqu’Elecam publiera la liste des bureaux de vote, tout
le monde verra s’il y a ou non des bureaux de vote à la présidence.
Je pense que le président de la République, Paul Biya, candidat
sortant, a toujours voté à l’école publique de Bastos. C’est connu de
tout le monde. Tout le monde sait où est située la présidence. Est-ce
qu’elle a un bureau de vote ? S’il en existait un, le président et sa
famille y voteraient. Mais pourquoi viennent-ils voter à l’école
publique de Bastos ? Je crois qu’il n’y a pas débat à ce niveau.
Sur le fond des opérations, le vote est secret ; et quelle que soit
l’influence qu’on peut avoir sur les électeurs qui s’y trouvent, il y a
toujours un isoloir. C’est une disposition constitutionnelle. Le secret
de vote y est préservé. L’électeur est libre de choisir le candidat
qu’il veut.
Doit-on comprendre que la réponse que vous donnez concerne également les bureaux de vote dans les chefferies ?
Non, ça ne vaut pas pour les chefferies. Il n’y a pas de bureau de vote dans les chefferies.
[Nord-Ouest et du Sud-Ouest], nous allons certainement délocaliser certains bureaux de vote
L’opposition évoque aussi des cartes d’électeurs en double. Quelle est la réponse d’Elecam ?
Il y a deux ou trois semaines, nous avons assisté à un séminaire
organisé par la francophonie [OIF, ndlr] avec la présence des partis
politiques.
Les militants d’un parti présent ont affirmé qu’il y a des électeurs
qui ont plusieurs cartes, et qu’ils ont des preuves de cela. Je leur ai
répondu qu’effectivement, il peut y avoir des militants avec plusieurs
cartes.
Lorsque vous avez une carte et que vous changez de lieu de vote, on
vous radie dans le fichier électoral, mais vous avez votre deuxième
carte si vous ne la remettez pas. Malheureusement, la mauvaise foi et
souvent très partagée dans ce domaine. On va vous confectionner une
autre carte, vous en aurez deux, mais vous ne pourrez pas entrer deux
fois puisque, dans les listes électorales, vous n’êtes inscrit qu’une
seule fois.
C’est la raison pour laquelle vous pouvez voter sans carte
d’électeur, mais vous ne pouvez pas voter tant que votre nom n’est pas
sur la liste.
Le scrutin dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest,
touchées par la crise anglophone, peut-il se dérouler sereinement, selon
vous ? Au sein d’Elecam, prévoyez-vous une organisation particulière,
étant donnée les circonstances actuelles ?
La situation particulière du Nord-Ouest et du Sud-Ouest incombe directement au gouvernement. Elecam organise les élections, le gouvernement l’accompagne. Le gouvernement organise la sécurité et Elecam l’accompagne en lui donnant les éléments pour qu’il assure la sécurité de l’organisation des élections. Mais c’est une responsabilité directe du gouvernement.
Nous avons des bureaux de vote dans toutes ces zones-là et nous
allons certainement délocaliser certains bureaux de vote. Il s’agira de
délocalisations administratives. Cela a une incidence technique : la
délocalisation administrative va se faire suivant l’organisation
sécuritaire du gouvernement.
Nous y travaillons. Nous n’allons pas organiser des élections et
mettre les acteurs du processus et les électeurs eux-mêmes en danger
parce qu’il faut que les élections aient lieu. Nous allons travailler
avec le gouvernement pour voir, ensemble, comment faire pour que les
élections aient lieu. On sait que la zone n’est pas affectée à 100% par
ces crises-là. Alors, le gouvernement a pris des mesures. On ne peut pas
rentrer dans les détails, mais les élections auront lieu. L’essentiel
c’est que les populations votent. Ceux qui sont inscrits, et qui
voudront voter – car le vote n’est pas obligatoire – le feront.
Source: Jeune Afrique

