Les Maliens se rendent aux urnes dimanche 12 août pour choisir qui, du
sortant Ibrahim Boubacar
Keïta ou de l’opposant Soumaïla Cissé,
présidera à leur destinée pour cinq ans. Un scrutin qui clôt un
entre-deux tours marqué par un climat de défiance entre acteurs
politiques.
Le second tour
aura-t-il lieu ? Sera-t-il reporté ? Le challenger Soumaïla Cissé
déclarera-t-il forfait in extremis, invoquant les irrégularités du
scrutin tenu le 29 juillet ? Jusqu’à la veille du week-end, l’incertitude a régné à Bamako, tant l’opposition à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) semblait déterminée à adopter une stratégie de rupture.
Jeudi 9 août, après la proclamation de résultats définitifs par la
Cour constitutionnelle, rejetant de nombreux recours, la vingtaine de
candidats formant le « Front patriotique contre la fraude » se
réunissent pour décider de la marche à suivre. Une rumeur insistante,
véhiculée jusque dans son propre état-major de campagne, circule alors :
Soumaïla Cissé pourrait boycotter le second tour, estimant que les dés
sont pipés. En réalité, le challenger d’IBK espère rallier un maximum de
candidats malheureux à sa candidature. Malgré un handicap de près de 24%, il croit encore en sa victoire.
Mobiliser les abstentionnistes
Lors du conclave, les débats sont houleux. Les opposants qui
souhaitent un rejet total sont majoritaires. C’est notamment la ligne
affichée par Oumar Mariko, Mountaga Tall, ou encore l’homme d’affaires
Aliou Diallo. Arrivé troisième au premier tour, avec 8,33% des voix, ce dernier préférera s’abstenir de donner une consigne de vote à ses partisans, faute de garanties en faveur de « plus de transparence ».
Malgré la fronde de ses alliés, au risque de se retrouver isolé, le
chef de file de l’opposition décline leur option, consistant à jouer la politique de la chaise vide
: « Après une large consultation avec tous ceux qui nous soutiennent,
j’ai décidé, en tant que républicain et démocrate, d’aller au second
tour de l’élection présidentielle dimanche prochain », déclare-t-il,
vendredi 10 août, à quelques heures de la fin de la campagne.
Faute de rallier à sa cause les coalisés anti-IBK, « Soumi » compte sur la mobilisation des abstentionnistes
pour faire la différence. Le 29 juillet, plus de la moitié des
électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Aussi insiste-t-il : « Aucune
voix ne doit nous manquer dimanche ! […] Plus de 4,5 millions de
Maliens n’ont pas voté [au premier tour]. Si nous ajoutons à cela les 2
millions qui ont voté contre le président sortant, nous pouvons retenir
que 6,5 millions d’électeurs ont une défiance vis-à-vis de la gestion
actuelle. »
Discussions en coulisse
Pourquoi accepte-t-il de jouer le jeu, tout en dénonçant vertement le
processus électoral ? C’est qu’en coulisse, depuis le 6 août, les
discussions vont bon train entre le gouvernement, la communauté
internationale et l’équipe de campagne de Soumaïla Cissé. Dans un
document adressé ce jour-là au gouvernement, à la Commission électorale
nationale indépendante (Ceni), aux chefs des missions d’observation
électorale, aux membres du corps diplomatique et aux représentants de la
Cedeao, de l’Union africaine et des Nations unies, son directoire de
campagne dénonce les résultats provisoires du premier tour et propose
« des mesures correctives pour assurer la sincérité du scrutin, sauver
le processus et éviter au Mali une crise post-électorale ».
Dans la réponse du gouvernement, que Jeune Afrique a pu
consulter, ce dernier assure avoir « porté une attention particulière »
aux préoccupations formulées mais rappelle que son action « reste
encadrée par la loi ». Hors de question, donc, que la Minusma
« supervise l’ouverture et la fermeture effective des bureaux de vote
dans le Nord afin d’éviter des bourrages d’urnes », comme le réclame
l’opposant. Selon la loi électorale, cela serait plutôt le rôle de la
Ceni.
Pas question non plus de transmettre la
liste électorale aux candidats. Depuis 2013, celle-ci étant biométrique
et comportant la photographie des électeurs, « sa manipulation et son
mouvement sont soumis aux dispositions de la loi portant protection des
données à caractère personnelle ».
Il faudra également patienter pour pouvoir consulter le rapport de la
Ceni sur le déroulement du premier tour : « Ce qui est prévu par la
loi, c’est la publication d’un rapport adressé au président de la
République à la fin d’un cycle d’élections générales, et publié au
journal officiel dans un délai maximum de trois mois ».
Résultats avant le 17 août
Néanmoins, diverses exigences trouvent une réponse. Ainsi, le
gouvernement assure qu’au moins 5 000 membres supplémentaires des forces
de l’ordre s’ajouteront à ceux déjà déployés lors du premier tour pour
sécuriser le scrutin.
La publication par le ministère de l’Administration territoriale de
la liste des 871 bureaux de vote dans lesquels le scrutin n’a pas pu se
tenir au premier tour répond également aux inquiétudes de l’opposition
et de l’Union européenne, qui la réclamaient.
« Le Premier ministre nous a assuré de la diffusion d’un message
rappelant à leur obligation de neutralité les gouverneurs, préfets et
sous-préfets », s’est également réjoui Tiébilé Dramé, le directeur de
campagne de Soumaïla Cissé. Et pour conforter la confiance des
détracteurs du régime dans le processus, le premier ministre Soumeylou
Boubèye Maïga a renouvelé son engagement à « autoriser, à titre
exceptionnel, le déploiement effectif d’observateurs dans les centres de
transmission et de compilation, à raison de cinq observateurs
internationaux et cinq nationaux ».
Ces mesures demeurent toutefois « insuffisantes », regrette Tiébilé
Dramé : « C’est pour cela que nous organisons une grande marche contre
la fraude à Bamako cet après-midi [samedi 11 août], pour mettre la
pression et appeler à la vigilance. »
Dans ce contexte tendu, les résultats des urnes, qui devraient être
rendus publics avant le 17 août, seront-ils acceptés par tous ?
Source: jeuneafrique.com

