En République démocratique du Congo, avec plusieurs autres médias internationaux, RFI a rendu publics les résultats d'une fuite de milliers de documents attribuée de la Commission électorale (Céni) et de la Conférence épiscopale (Cenco). Ces documents disent que Martin Fayulu aurait remporté l'élection présidentielle du 30 décembre, contrairement aux résultats provisoires de la Céni, qui donnent Félix Tshisekedi vainqueur. Des révélations balayées, dans le camp Kabila, par l’UDPS et le FCC.
Alors que la République démocratique du Congo vit la première
alternance de son histoire à l’issue des scrutins du 30 décembre 2018,
dont les résultats sont largement contestés, deux fuites exceptionnelles de documents viennent
éclairer d’un nouveau jour le processus électoral. Ces milliers de
pages analysées par un groupe de médias étrangers, le Financial Times,
TV5 Monde et Radio France internationale (RFI), en collaboration avec
le Groupe d’études sur le Congo (GEC), un institut de recherche de
l’Université de New York, indiquent que le vainqueur n’est pas celui
annoncé par la Commission électorale. Le premier document, une base de
données attribuée à la Commission électorale congolaise, porte sur 87%
de suffrages exprimés. Le second a été produit par la Conférence
épiscopale et porte sur 42,92% des voix.
Du côté de l’UDPS, Thoto Mabiku, l'un des conseillers de Félix Tshisekedi, doute de la validité de ces données : « Quand
on fait une analyse statistique, il faut mettre les "data sources" à la
disposition d’autres personnes pour qu’ensemble, on conforte cette
vérité. Si ce sont les data qu’ils ont réellement eu à la Céni, qu’ils
les mettent à la disposition de tout le monde. L’analyse statistique
consiste à des faits clairement prouvés scientifiquement qui sont
d’abord la fiabilité des "data sources", ce qui n’est pas clair
maintenant parce que vous dites que c’est attribué à la Céni. Jusque-là,
vous ne faites que des affirmations. Vos différentes sources, dont vous
faites allusion, personne n’a mis les données sur la place publique. A
ce stade, ce n’est que de la spéculation. Parce que, comment nous allons
confronter ces données avec la vérité ? »
« C’est un acharnement »
Autre réaction, celle de la coalition au pouvoir, le FCC. Pour
Barnabé Kikaya Ben Karubi, le conseiller diplomatique de Joseph Kabila,
ces documents n'ont aucune validité : « Ça ne nous gêne pas, ça ne
nous gêne vraiment pas. D’autant plus que chaque jour, il y a un nouveau
rebondissement. Demain, il y aura une autre base de données,
après-demain également. Avant la publication des résultats, M. Fayulu
était déjà proclamé président de la République par la même Cenco que
vous êtes en train de citer, avant que l’on ne termine les avis de
compilation. C’est un acharnement sur le processus électoral d’un pays
post-conflit pour des raisons que nous ne comprenons pas. Nous, au
Congo, nous essayons de nous reconstituer et de bâtir un pays
démocratique en Afrique. Le président Kabila respecte sa Constitution,
organise trois cycles électoraux, cède son fauteuil à un opposant.
Qu’est-ce que l’on veut d’autre ? Nous attendons que la Cour
constitutionnelle fasse son travail et nous dise de quoi il est
question. Et le Congo va avancer. »
La Cour constitutionnelle a commencé, mardi 15 janvier 2019, à examiner les recours déposés par le camp de Martin Fayulu.


