
Depuis jeudi 4 avril, le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est de la Libye, a lancé une offensive. Ces affrontements visent Tripoli, qui abrite le siège du gouvernement d'union nationale, soutenu par la communauté internationale. Le bilan de ces violences s'est alourdi : les combats ont fait 47 morts, selon l'Organisation mondiale de la santé.
Les combats se sont concentrés sur deux localités proches de la
capitale. Difficile d'évaluer quelle faction prend le dessus. Certaines
sources décrivent une situation volatile. « Il y a une myriade de groupes armés qui défendent leurs propres intérêts, le tout avec des armes lourdes »,
à une quinzaine de kilomètres de Tripoli, indique une source. Les deux
camps se livrent à une guerre de communication sur les réseaux sociaux.
Chaque état-major estime faire des « avancées » sur le terrain.
Sur leur passage, les
différentes milices qui s'affrontent ont détruit des écoles, des
infrastructures publiques, mais aussi des hôpitaux.
Pas de répit pour les civils en Libye
Lundi soir, la bataille s'était
concentrée autour d'un point stratégique, l'aéroport de Mitiga, situé
dans la banlieue est de la ville, sur lequel les forces loyales au maréchal Haftar ont lancé un raid aérien.
L'attaque n'a pas fait de victimes, mais le site a été évacué. Ce
mardi, l'aéroport a pu être rouvert uniquement aux vols nocturnes.
En
parallèle au conflit armé, on a assisté à des joutes verbales. Sur le
plan diplomatique, les condamnations et les appels à cesser les
violences se multiplient. Michelle Bachelet, la haute-commissaire des
Nations unies aux droits de l'homme, exhorte toutes les parties à
respecter « leur obligation, en vertu du droit international, de garantir la protection des civils et des infrastructures civiles ».
En raison des combats, l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, a annoncé mardi le report sine die de la conférence nationale interlibyenne prévue du 14 au 16 avril dans le centre-ouest du pays.
Qui sont les forces qui contrôlent Tripoli ?
Quatre
grandes milices assurent le contrôle de la capitale libyenne, selon les
chercheurs. Des groupes armés qui ont combattu Mouammar Khadafi en
2011, implantés à Tripoli depuis.
Selon le spécialiste de la Libye
Jalel Harchaoui, l'idéologie révolutionnaire et islamiste qui
caractérisait ces groupes s'est peu à peu effacée au profit de chefs
sans idéologie politique, mais intéressés exclusivement par le contrôle
des ressources financières dans la capitale.
C'est
au nom de l'accès à ces ressources et de la possibilité de s'enrichir
que depuis toujours ces milices tolèrent le gouvernement d'union
nationale plus qu'elles ne le soutiennent.
Mais jusqu'à il y a
peu, ces milices offraient un visage particulièrement fragmenté, divisé
avec des conflits récurrents entre elles. Une donne qui a subitement
changé avec l'offensive lancée par l'homme fort de l'est du pays jeudi
dernier.
Face à l'attaque du maréchal Haftar, ces groupes ont
constitué un front commun inédit et assez efficace. Reste à voir combien
de temps cette union de circonstance va tenir dans cette lutte de
pouvoir autour du contrôle de la richissime Tripoli.
La puissance militaire et sécuritaire qui parvient à protéger Tripoli, c'est un ensemble de quatre grandes milices.
Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut Clingendael de La Haye, spécialiste de la Libye

