Au Cameroun, l’étau se resserre autour de l’opposition
Le gouvernement limite le droit de réunion et interdit les manifestations de l’opposition
Lors d’une vague de répression visant à la fois l’opposition et le
droit de réunion, les autorités camerounaises ont interdit une semaine
de manifestations prévue par le parti d’opposition Mouvement pour la
renaissance du Cameroun (MRC).
Le 5 avril, le ministère de l’Administration territoriale a publié un
communiqué de presse interdisant les manifestations entre le 6 et le 13
avril et accusant le MRC de déstabiliser le pays. Le ministre, Atanga
Nji, a également accusé le MRC d’avoir joué la provocation en
choisissant d’organiser des manifestations le 6 avril – date
anniversaire de la tentative de coup d’État de 1984 qui avait voulu
renverser le président Biya.
Cette mesure s’inscrit dans une tendance grandissante au Cameroun.
Depuis fin 2016, le gouvernement a bloqué à plusieurs reprises des
manifestations antigouvernementales pacifiques en ayant recours à la
force, aux arrestations arbitraires et aux détentions de manifestants.
En janvier 2017, le ministre de l’Administration territoriale a interdit
les activités du Consortium de la société civile anglophone du Cameroun
(CACSC), une éminente organisation de la société civile qui œuvre dans les régions anglophones, où la situation est explosive.
Cette interdiction des manifestations du MRC survient alors que le
dirigeant du parti, Maurice Kamto, va comparaître demain devant le
tribunal, aux côtés de six autres membres et sympathisants du MRC, pour
entendre sa décision sur leur requête d’habeas corpus. Kamto et ses six coaccusés font partie de 200 personnes arrêtées le 26 janvier, suite à des manifestations pro-MRC dans plusieurs parties du Cameroun.
On s’attend à ce que la cour d’appel de Yaoundé confirme la décision
prise en première instance de maintenir Kamto en détention en attendant
son procès. Le 2 avril, les avocats qui le défendent ont quitté la salle
du tribunal pour protester contre la décision de tenir le procès à huis
clos.
L’interdiction par le gouvernement des manifestations du MRC est un
véritable pas en arrière pour le Cameroun et devrait être levée sur le
champ. Au lieu d’interdire la dissidence et d’emprisonner les opposants,
le gouvernement devrait respecter les principes démocratiques et
autoriser les manifestations pacifiques.
Directeur, Afrique centrale
Par www.hrw.org

