
La justice algérienne a inculpé Louisa Hanoune, cheffe du Parti des travailleurs (PT, trotskiste), de
complots contre l'armée et l'Etat pour avoir rencontré Saïd Bouteflika, alors conseiller de son frère Abdelaziz, lui-même encore chef de l'Etat, a indiqué lundi un de ses avocats.
Secrétaire général du PT depuis 1997, Mme Hanoune a été placée en
détention provisoire le 9 mai, à l'issue de son audition par un juge
d'instruction militaire dans une enquête contre Saïd Bouteflika et les
généraux Mohamed Mediene dit "Toufik" et Athmane Tartag dit "Bachir",
anciens chefs des puissants services de renseignement.
"Les chefs d'inculpation de Mme Louisa Hanoune sont les mêmes que
ceux des trois autres : atteinte à l'autorité de l'armée et complot
contre l'autorité de l'Etat", a déclaré à l'AFP Me Boudjemaa Ghechir.
Selon lui, ses inculpations sont liées au fait que Mme Hanoune a
rencontré Saïd Bouteflika, durant la crise née du mouvement de
contestation inédit déclenché en Algérie le 22 février et qui a
contraint Abdelaziz Bouteflika à démissionner, après 20 ans à la tête de
l'Algérie, sous les pressions conjuguées de la rue et de l'armée.
"Mme Louisa Hanoune a reconnu avoir rencontré Saïd Bouteflika, seul
et à sa demande. Il n y a pas eu de réunion des quatre" inculpés, a
souligné Me Ghechir, précisant qu'à l'époque Abdelaziz Bouteflika était
toujours président de la République et son frère Saïd toujours son
"conseiller spécial".
Elle "avait l'habitude de donner son avis sur la situation politique, même avec le président Bouteflika", a-t-il ajouté.
Homme fort de facto du pays depuis qu'il a lâché Abdelaziz
Bouteflika, dont il avait été un indéfectible soutien durant 15 ans, le
chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, avait mis en
cause les trois hommes dès la fin du mois de mars, sans les nommer, les
accusant de complot contre la stabilité de l'Algérie.
Peu avant, le général Gaïd Salah avait demandé, face à la
contestation, que soit mis en œuvre la procédure permettant un départ du
président Bouteflika du pouvoir, soit par une démission soit en le
déclarant inapte pour raisons de santé.
Les observateurs avaient interprété ses mises en garde comme la
crainte d'une alliance entre l'entourage de M. Bouteflika, son frère en
tête, et les anciens responsables des services de renseignements pour
contrer le général Gaïd Salah.
Par VOA

