Henri Konan Bédié a d’ores et déjà évacué une bonne partie de ses
effets vers Daoukro…
La
pression avait atteint son paroxysme. Et, Henri Konan Bédié (HKB) a
fini par craquer. Les traits tirés, le président du Parti démocratique
de Côte d’Ivoire (Pdci) s’est résolu à partir. Même si, note notre
source, ceux qui réclamaient son départ de sa résidence de Cocody-Les
ambassades, sont en train de faire machine-arrière.
Un très proche du leader du Pdci, avec qui nous avons échangé, mercredi 1er mai 2019, sur cette « affaire », est tout aussi furieux que le président de son parti, face à ce qu’il qualifie « d’attitude méprisante de violations des droits et du statut d’ancien chef d’institution du président Henri Konan Bédié ».
«
Il (le président Bédié) a entrepris d’évacuer tous ses effets
essentiels de cette maison de Cocody, pour les mettre en dépôt dans sa
résidence de Daoukro. Il ne reste apparemment plus rien d’important dans
cette résidence. Il a tout ramassé », nous a-t-il confié.
HKB
n’a pas, pour autant, encore rendu les clés à la Société de gestion du
patrimoine immobilier de l’État (Sogepie). C’est que, le président du
Pdci, en fin tacticien, attend qu’un acte juridique officiel d’expulsion
lui soit signifié, avant de libérer la maison. En attendant ce « commandement d’huissier »,
le Sphinx de Daoukro a fait, aujourd’hui, de cette résidence d’État, un
simple lieu de rendez-vous politique. Au point qu’il n’y passe que
quelques rares nuits, lorsqu’il est de passage à Abidjan. S’il demeure
encore le locataire de cette maison d’État, HKB n’y réside quasiment
plus, après avoir évacué la presque-totalité de ses biens privés.
Selon
la Lettre du continent (Lc) n° 799 du mardi 30 avril 2019, Henri Konan
Bédié est contraint par des proches du chef de l’État, Alassane
Ouattara, de libérer la résidence mise à sa disposition à
Cocody-Les-ambassades, en vertu de son statut d’ancien chef de l’État.
Les tensions politiques qui déchirent le pays, notamment entre le Pdci
et le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix
(Rhdp) seraient à la base de cette décision imputée à des proches
d’Alassane Ouattara, par la Lettre du continent.
«
Depuis plusieurs mois, des proches du régime ivoirien souhaitent
obtenir le départ du « Bouddha de Daoukro » de cette villa d'Etat, qui a
notamment été habitée, par le passé, par Paul-Antoine Bohoun Bouabré,
ministre de l'économie de Laurent Gbagbo, et par l'amiral Mohamed Lamine
Fadiga, qui fut ministre de Félix Houphouët-Bolgny », révèle LC.
A
lire cet article, il y a un lien direct entre les tensions qui existent
entre le Rhdp et le Pdci et les assauts des proches du numéro 1
ivoirien à expulser le parton du Pdci.
Affaire de « tabourets »
Dès
lors, la tentative d’expulsion de Bédié par l’État, pourrait s’inscrire
dans la théorie de libération des « tabourets », développée par Adama
Bictogo, député Rdr d’Agboville et Président du comité d’organisation
(Pco) du congrès ordinaire du Rhdp en janvier 2019. Depuis Touba, lors
d’un meeting, le week-end dernier, celui-ci a instamment sommé le
président du Sénat, Jeannot-Ahoussou Kouadio, à « clarifier sa position, car, on ne peut pas être Rhdp le jour et Pdci la nuit ».
Pour ne pas être surpris, Henri Konan Bédié a d’ores et déjà pris, lui-même, les devants, en évacuant une « grande partie de ses affaires »
vers Daoukro. La maison de Cocody qui lui servait de résidence
principale, HKB en a fait aujourd’hui, un simple « club-house » où se
rencontrent les membres des instances du Pdci, et un lieu d’audiences
politiques.
Il
y a quelques années, le gouvernement lançait une vaste enquête, afin de
dénombrer les biens immobiliers publics frauduleusement et illicitement
cédés dans la capitale économique ivoirienne. L’opération, menée par la
Société de gestion du patrimoine immobilier de l’État (Sogepie), et qui
concerne quelque 32 761 biens administratifs, n’a toujours pas rendu
publics ses résultats. Et, des Ivoiriens se demandent si la résidence de
Bédié n’est pas touchée par cette opération… « Cela fait
plusieurs années que le patrimoine immobilier de l’État n'a pas fait
l'objet d'un inventaire exhaustif et périodiquement actualisé »,
avait déploré Souleymane Camara, le Directeur général (Dg) de cette
société d’État. Celui-ci avait soutenu, mordicus, que cette situation
avait conduit à « une méconnaissance du patrimoine
immobilier de l’État, à des appropriations et occupations illicites des
bâtiments administratifs, à des oublis d'immeubles publics et à des
cessions illégales d'actifs immobiliers ». L'enquête avait
pour vocation de permettre d’établir la cartographie des sites à forte
potentialité de bâtiments administratifs usurpés, aux fins de leur
identification, notamment. La question qui est aujourd’hui sur certaines
lèvres, est de savoir si cette résidence de Bédié lui a été attribuée,
après la chute de Laurent Gbagbo, sur des bases claires.
Il
est vrai qu’en sa qualité d’ancien chef de l’État, au terme du décret
n° 2003-263 du 263 du 23 août 2006 pris pour l’application de la loi n°
2005-201 du 16 juin 2005, relativement aux avantages matériels et
financiers d’un ancien président de la République, Henri Konan Bédié a
droit à un loyer de 3 millions de F Cfa. Cette loi lui attribue du
carburant à hauteur de 2 millions 500 000 F Cfa, 1 million de F Cfa au
titre de l’électricité et de l’eau, 1 million de F Cfa pour le téléphone
et, avec comme cerise sur le gâteau, la somme de 9 millions 584 580 F
Cfa d’Indemnité viagère ( Iv) par mois, ainsi qu’une Pension
d’invalidité (Pi).
APRNEWS Avec Armand B. DEPEYLA

