L’Eurovision, compétition internationale de
chansons, débute ce 14 mai à Tel Aviv, avec la demi-
finale. La très attendue finale, elle, aura lieu samedi 18 mai. C’est l’un des événements les plus regardés à la télévision dans le monde. Mais son organisation en Israël a soulevé bien des polémiques.
finale. La très attendue finale, elle, aura lieu samedi 18 mai. C’est l’un des événements les plus regardés à la télévision dans le monde. Mais son organisation en Israël a soulevé bien des polémiques.
De notre correspondant à Jérusalem,
Israël est le pays hôte de l’Eurovision cette année, car il a remporté l’édition 2018.
Et pour le pays, accueillir un événement international de cette ampleur
est très stratégique. Avec près de 200 millions de téléspectateurs
revendiqués, l’Eurovision se veut « le plus grand spectacle de divertissement au monde ».
C’est donc une exposition très importante pour un pays qui est dans une
constante bataille d’image - dénoncé par certains comme un État
apartheid alors que lui se revendique démocratique et libéral sur le
plan des moeurs.
Pour attirer les touristes et téléspectateurs,
l'organisateur a associé des personnalités israéliennes parmi les plus
connues sur la scène internationale : la mannequin Bar Rafaeli et
l'actrice Gal Gadot, qui a incarné Wonder Woman au cinéma, par exemple.
Et la chanteuse américaine Madonna devrait venir interpréter deux titres
lors de la finale.
Mais Israël n’a pas échappé aux appels au boycott qui accompagnent chaque grand événement organisé dans le pays. Le mouvement BDS,
« boycott, désinvestissement, sanctions », mène des campagnes auprès
d’artistes internationaux pour leur demander de ne pas se produire en
Israël pour protester contre l’occupation israélienne des territoires
palestiniens. Et vu l’impact de l’Eurovision, une campagne contre
l’événement a été lancée.
Un événement alternatif a également été créé : Globalvision diffusera
sur internet, samedi soir, des concerts d'artistes - Palestiniens ou
internationaux soutenant la cause palestinienne - pendant la durée de
l'Eurovision. Et puis une organisation israélienne de lutte contre
l’occupation a détourné le slogan de cette édition 2019 de l’Eurovision.
Le « dare to dream », « osez rêver », est devenu « osez rêver de
liberté » dans cette campagne « Brisons le silence ». Une grande affiche
juxtapose les plages de Tel Aviv à la barrière de séparation entre
Israël et les territoires palestiniens. L’organisation propose aussi aux
touristes venus pour l’Eurovision des tours gratuits à Hébron, ville
palestinienne dans laquelle résident des colons israéliens.
Ces
campagnes, ces appels au boycott, sont à leur tour combattus. Une ONG
américaine de soutien à Israël, « Soyez avec nous », va lancer dans les
prochains jours sa propre campagnepour contrer celle de « Brisons le silence » :
une affiche où un enfant israélien et un enfant palestinien marche main
dans la main et des visites de villes israéliennes, mais aussi de
colonies pour montrer sa vision d’Israël.
Le gouvernement israélien a, lui, mis en place une équipe
interministérielle pour répondre aux éventuels messages politiques des
artistes engagés dans cette compétition. Et l’organisateur de cet
Eurovision 2019, le groupe audiovisuel public israélien Kan, a lui
décidé de miser sur l’humour. Il a diffusé vendredi dernier un clip
satirique pour présenter le pays hôte.
Deux journalistes de la télévision israélienne accueillent deux
touristes apeurés à l’aéroport. L’un d’entre eux leur dit d’emblée : « Je sais ce que vous avez entendu. Que c’est un pays de guerre et d’occupation. » Sa collègue répond alors « mais nous avons bien plus à offrir »
et les deux font alors une petite introduction - décalée - du pays :
ils évoquent les prix élevés, les pickpockets, le non-respect du code de
la route. La vidéo joue de certains clichés également. « La plupart d’entre nous sommes juifs, mais seulement certains sont radins », dit ainsi l'homme.
Un ton léger qui n’a pas été du goût de tous : la vidéo a été qualifiée « d’antisémite » ou « de mauvais goût »
par de nombreux utilisateurs de Twitter. Les commentaires ont été
tellement cinglants que Kan a dû se justifier, affirmant qu’il s’agit
d’un « humour d’autodénigrement » : « Nous connaissons nos défauts, nous n’avons pas honte d’en rire », a écrit le groupe audiovisuel sur Twitter.
Par Guilhem Delteil
RFI

