Colombo - Le leader des attentats jihadistes du dimanche
de Pâques au Sri Lanka a réussi à
entraîner des jeunes hommes à sa suite
pour devenir des kamikazes en les radicalisant via internet, estiment
les enquêteurs et des responsables musulmans.
Au moins 257 personnes ont péri le dimanche 21 avril lorsqu’une
série d’attentats suicides a visé des hôtels de luxe et des églises
chrétiennes en pleine célébration de la messe dans l’île d’Asie du Sud.
L’organisation jihadiste État islamique (EI) a revendiqué ces
attaques, perpétrées selon Colombo par un groupe islamiste local, le
National Thowheeth Jama’ath (NTJ), fondé par le prêcheur radical Zahran
Hashim.
L’intéressé, qui était le cerveau des attentats de Pâques, a péri
lorsqu’il s’est fait exploser à l’hôtel Shangri-La de la capitale
sri-lankaise. Il avait persuadé deux frères d’une famille aisée, Ilham
Ibrahim et Inshaf Ibrahim, de le rejoindre et de prendre part à ses
côtés aux attentats suicides.
Les frères Ibrahim étaient issus d’une famille tenant un commerce
d’épices et vivaient dans une demeure opulente de Colombo. Ils étaient
des musulmans dévots mais secrets, qui n’étaient pas des membres actifs
d’une congrégation, selon des responsables religieux.
« Nous soupçonnons que les deux frères ont utilisé leur argent du
commerce d’épices pour financer les attentats », explique un enquêteur
de la police. « Il semble que l’endoctrinement se soit fait via
internet, Facebook et YouTube ».
Les enquêteurs et responsables musulmans pensent que les membres
du commando ont recouru aux messageries privées pour communiquer entre
eux et s’organiser.
« Il polluait les esprits »
La police du Sri Lanka a publié cette semaine seulement les noms
et photos de la plupart des kamikazes du dimanche de Pâques, poussant
les membres de la minorité musulmane, qui représente 10% des
Sri-Lankais, à essayer de reconstituer leurs parcours.
« “Nous croyons que Zahran a radicalisé ces gens en utilisant
Facebook », déclare R. Abdul Razik, leader du groupe modéré Ceylon
Thowheed Jama’ath (CTJ). « Particulièrement au cours de l’année écoulée,
il appelait ouvertement à tuer des non-musulmans », ajoute-t-il.
L’État sri-lankais est accusé d’avoir failli dans sa mission
d’assurer la sécurité de ses citoyens, alors même qu’il disposait
d’informations préalables très précises sur des risques d’attentats de
la part du NTJ.
Plusieurs responsables musulmans ont indiqué avoir signalé à
plusieurs reprises aux autorités les discours extrémistes de Zahran
Hashim, sans que celles-ci ne prennent de mesures contre lui.
« Nous avons demandé aux services de renseignements de fermer la
page Facebook de Zahran car il polluait les esprits des musulmans
sri-lankais », indique R. Abdul Razik. « On nous a dit que c’est mieux
de le laisser avoir une page pour que les autorités puissent garder un
oeil sur ce qu’il faisait ».
Ilham Ibrahim s’est fait exploser aux côtés du prêcheur extrémiste
à l’hôtel Shangri-La tandis que Inshaf Ibrahim a lui frappé
l’établissement haut de gamme Cinnamon Grand.
Le kamikaze de l’hôtel Kingsbury, situé non loin des précédents,
était un dénommé Mohamed Azzam Mubarak Mohamed. Sa femme est
actuellement aux mains de la police.
Familles
Un quatrième hôtel de luxe était sur la liste des cibles. L’homme
chargé de le viser, Abdul Latheef, ne s’y est pas fait exploser pour une
raison inconnue. Il a actionné ses explosifs quelques heures plus tard
dans un motel, tuant deux personnes.
Il avait étudié l’ingénierie aéronautique à l’université Kingston
au Royaume-Uni et suivi un cursus universitaire supérieur à Melbourne,
en Australie. Selon la presse australienne, il avait fait l’objet d’une
enquête en 2014 de la part du contre-terrorisme australien et pourrait
s’être rendu en Syrie.
Il est également rentré en contact avec Zahran Hashim par le biais de messages sur Facebook et de vidéos sur YouTube.
La femme enceinte d’Ilham Ibrahim, Fathima Ilham, s’est elle fait
exploser lors d’un raid de la police contre leur résidence familiale de
Colombo quelques heures après les attentats. Ses deux enfants et trois
policiers sont morts.
Le frère de Zahran Hashim, dont le nom n’a pas été révélé, a lui
actionné une bombe cinq jours après les attentats lors d’une opération
de police dans la ville de Kalmunai, sur la côte orientale du Sri Lanka.
Il se trouvait avec trois veuves des kamikazes lorsque les forces de
l’ordre ont encerclé la maison.
Seize personnes ont péri à cet endroit, dont six enfants, des
proches d’Hashim, et des membres du NTJ - qui a depuis été interdit.
Les kamikazes qui ont frappé les églises chrétiennes ont été
présentés comme Ahmed Muaz, Mohamed Hasthun et Mohamed Nasser Mohamed
Asad. Ils étaient peu connus dans leurs communautés, selon les
responsables musulmans.
Par journaldemontreal.com

