
Plus de trente ans après la fin de la dictature, la fille de l'ex-président philippin Marcos est sur le point de devenir sénatrice.
Dans la famille Marcos, on connaissait
Ferdinand, l'ancien président des Philippines, et son épouse Imelda, la
femme aux 3000 paires de chaussures, qui ont régné sur le "pays aux 7000
îles" durant plus de trois décennies. À son tour, leur fille pourrait
jouer un rôle national. Surnommée Imée, María Imelda Josefa Romualdez
Marcos est sur le point d'être élue sénatrice d'Ilocos Norte, dans l'île
de Luzon, au nord-ouest du pays. Selon les résultats partiels, elle
arrive en 8e position (sur 12 sièges disponibles) des élections
sénatoriales de mi-mandat, qui se sont tenues le 13 mai dernier.
Loi martiale et corruption
Petit
rappel historique : en 1986, Ferdinand Marcos est chassé du pouvoir par
une révolution populaire, après un règne de fer marqué par une loi
martiale, des accusations de corruption et des violations graves des
droits de l'homme. Soupçonné d'avoir détourné 10 milliards de dollars
des caisses de l'État et classé "deuxième dirigeant le plus corrompu de
tous les temps" en 2004 par l'organisation Transparency international,
le dictateur meurt en exil, à Hawaï, en 1989.
Depuis quelques années, il n'en fait pas moins l'objet d'une réhabilitation. En 2017, l'actuel président de la République, Rodrigo Duterte,
l'a ainsi qualifié de "héros" lors des festivités marquant le
centenaire de sa naissance. "C'était le plus grand président et toutes
les critiques à son encontre ne sont que des âneries", a déclaré
Duterte, lui-même accusé de nombreuses violations des droits de l'homme
dans la guerre qu'il mène contre la drogue.
Sur les traces de maman
Après
la mort de son mari, Imelda Marcos avait été autorisée à rentrer à
Manille. En 1992, elle est candidate à l'élection présidentielle. En
2010, elle est élue députée dans la province d'Ilicos Norte. En novembre
dernier, l'ancienne première dame est rattrapée par son passé et
condamnée, à 89 ans, à une lourde peine de prison pour corruption. Elle
ne devrait toutefois pas l'effectuer, étant donné son âge avancé et ses
recours possible.
Et
sa fille ? Rentrée aux Philippines à la fin des années 1990, après
douze ans d'exil, Imée suit les traces de sa mère. En 2010, elle est
élue gouverneure dans la même région (Ilocos Norte). Reconduite à deux
reprises, elle décide l'an dernier de participer aux élections
sénatoriales du 13 mai.
CV trafiqué
Contestée
durant sa campagne, elle est notamment accusée d'avoir menti sur son
CV. Sur son site officiel, elle prétend être "l'une des premières femmes
diplômées - avec les honneurs - de l'université de Princeton". Selon plusieurs enquêtes menées par la presse locale et américaine,
elle aurait en réalité assisté à certains cours du prestigieux
établissement, entre 1973 et 1976, mais n'aurait pas passé de diplôme.
Mais
quelle importance ? Pour la fille du dictateur, les gens ne
s'embarrassent pas de ce genre de détails : "ce qui leur importe,
davantage que toutes ces polémiques, c'est que j'arrive à faire baisser
le prix du riz, à créer des emplois et que j'ai des idées pour combattre
le terrorisme et la guerre" , a-t-elle récemment déclaré à CNN. Cette entorse avec la réalité ne semble, du reste, pas poser de problème à Hugpong ng Pagbabago,
la coalition politique soutenue par le gouvernement à laquelle
appartient Imée Marcos. "De toute façon, tout le monde ment", avait
commenté en mars la dirigeante de ce groupe politique, une certaine... Sara Duterte, la fille de l'actuel président.
Peu après, ce dernier a d'ailleurs enfoncé le clou.
Interrogé par un journaliste sur la question de l'honnêteté en
politique, le président philippin a répondu qu'il y avait des choses
"qu'il valait mieux ne pas dire", surtout si elles étaient susceptibles
de créer des problèmes. Imée Marcos peut dormir tranquille...
Par Charles Haquet,
lexpress.fr
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