Ce vote intervient deux ans après que la Cour constitutionnelle de
Taïwan a rendu un arrêt jugeant
anticonstitutionnel l’absence de mariage
gay.
En devenant le premier pays d’Asie à reconnaître le mariage entre
personnes du même sexe, Taïwan a confirmé, vendredi 17 mai, son statut
d’avant-poste progressiste dans la région. « Le 17 mai 2019, à
Taïwan, l’amour l’a emporté. Nous avons fait un grand pas vers l’égalité
réelle, et fait de Taïwan un pays meilleur », a écrit la présidente Tsai Ing-wen sur Twitter, après que le Parlement a adopté une loi autorisant le mariage pour tous.
L’île,
où se tient chaque année à l’automne une importante Marche des fiertés
LGBT, est devenue un phare de tolérance dans une région conservatrice,
notamment sur la famille. Plus tôt en mai, le sultan de Brunei a dû
renoncer à son projet d’imposer la lapidation pour les homosexuels, face
au tollé international suscité par l’annonce. Surtout, Taïwan se
démarque par son ouverture face à Pékin, qui revendique sa souveraineté
sur l’île mais s’illustre par sa répression de la libre expression et le
renforcement du contrôle du Parti communiste sur la société civile en
Chine continentale.
« Une vraie démocratie » face à la Chine
Toute
la matinée, des dizaines de milliers de militants avaient attendu sous
une pluie battante que s’ouvre la session de vote dans une rue coupée à
la circulation, où une estrade avait été installée, à quelques
encablures du Yuan législatif, l’Assemblée taïwanaise. Les prises de
parole se sont succédé, appelant à « montrer que le pays est une vraie démocratie, par comparaison avec un certain pays en face », référence à la Chine, et à « combattre les préjugés ». En cadence, l’ensemble de la foule a plusieurs fois repris les slogans du mouvement : « Le vrai amour, ça ne connaît pas la discrimination. »
« Nous voulons le mariage ! Nous voulons le mariage ! » La
présentation de chacun des articles de loi a été diffusée en direct. Il a
fallu attendre le vote du quatrième, vers 13 h 30, pour que les cris de
victoire et les hourras emplissent les alentours du Parlement.
Le calendrier avait été imposé à la présidente Tsai Ing-wen par une décision de la Cour suprême
à l’issue du recours d’un militant des droits des homosexuels, Chi
Chia-wei, appuyé par des associations : le 24 mai 2017, la plus haute
juridiction de l’île avait exigé, au nom du droit constitutionnel à
l’égalité, que soit adoptée sous deux ans une législation permettant le
mariage entre personnes de même sexe. A défaut, les mariages homosexuels
auraient été reconnus devant les cours de justice.
Le temps pressait donc pour mettre cette avancée au compte de l’administration de Mme
Tsai, qui a porté le texte au vote à une semaine de la date limite et à
l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie et la
transphobie. En chemin, le gouvernement issu du Parti progressiste
démocratique (DPP, gauche) s’est heurté à la résistance de mouvements
religieux conservateurs, notamment chrétiens, qui s’étaient coalisés
sous la bannière « Alliance pour le bonheur des générations futures ». Ils
ont multiplié les rassemblements et porté, en novembre 2018, en
parallèle, à des élections municipales des référendums d’initiative
populaire afin « de restreindre à un homme et une femme la notion de mariage dans le code civil », qui, malgré leur seule valeur consultative, ont compliqué la tâche du gouvernement.
L’administration
soutient avoir tenu compte de cette opposition par un jeu d’équilibre
dans le texte, qui permet que les couples de même sexe forment « des unions permanentes exclusives » et les fassent inscrire au « registre des mariages ».
Le texte permet l’adoption de l’enfant du conjoint et donne aux couples
de même sexe les droits dont jouissaient jusqu’alors les couples mariés
hétérosexuels en matière d’imposition ou d’assurance.
« L’aboutissement de trente ans de lutte »
«
Les articles 2 et 4 de la loi garantissent que les couples homosexuels
puissent enregistrer leur union à l’administration des mariages dans
chaque mairie, mais au nom d’une loi qui ne sera pas intégrée au code
civil, qui ne mentionne pas le mariage des personnes de même sexe.
Toutefois, les mêmes droits sont désormais reconnus aux couples
homosexuels qu’aux couples hétérosexuels », explique « Benson »,
l’un des porte-parole de la Coalition pour l’égalité devant le mariage,
l’organisation regroupant plusieurs des ONG qui réclamaient le mariage
pour tous.
Depuis
que le gouvernement a annoncé, en février, qu’il allait proposer au
vote une loi, les associations promariage homosexuel ont négocié pour
obtenir le maximum de droits – tout en encourageant les militants à
accepter le « compromis » que constituait une loi séparée. « Certes, c’est un compromis, mais c’est l’aboutissement de trente ans de lutte », dit Jay Lin, un entrepreneur taïwanais qui dirige l’une des associations.
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