La justice suédoise se prononce lundi sur un éventuel
placement en détention « par défaut » du
fondateur de WikiLeaks Julian
Assange, poursuivi pour un viol présumé commis en Suède en 2010 et
détenu à Londres, prélude à l’émission d’un mandat d’arrêt européen.
L’audience est prévue à 10 h locales (8 h GMT) au tribunal d’Uppsala (est), avant une décision annoncée dans la foulée.
La décision des juges sera une étape importante puisque si le
placement en détention est accepté, le parquet a indiqué son intention
de lancer un mandat d’arrêt européen afin d’obtenir le transfèrement en
Suède de Julian Assange depuis le Royaume-Uni, où il est actuellement
écroué.
Mi-mai, la procureure responsable de l’instruction Eva-Marie
Persson avait annoncé la réouverture de l’enquête pour viol contre
Julian Assange, 47 ans, après son arrestation à Londres le 11 avril.
Une semaine plus tard, le parquet avait demandé son placement en
détention en son absence — une procédure légale en Suède — « en raison
de soupçons de viol ».
L’interpellation
de Julian Assange en Grande-Bretagne, suivi de la réouverture de
l’enquête en Suède, avait ravivé l’espoir de la plaignante et de son
avocate de voir le fondateur de WikiLeaks remis au pays scandinave, en
vue d’un procès avant la prescription échéant en août 2020.
Âgée d’une trentaine d’années à l’époque des faits, la plaignante
accuse l’Australien d’avoir engagé un rapport sexuel pendant qu’elle
dormait et sans préservatif, alors qu’elle lui avait refusé tout rapport
non protégé à plusieurs reprises.
De son côté, Assange a toujours nié les faits, et soutient qu’elle
était consentante et avait accepté de ne pas utiliser de préservatif.
Il était aussi visé par une plainte pour agression sexuelle à la
même époque, mais celle-ci a été frappée par la prescription en 2015.
« Torture psychologique »
La réouverture de l’enquête suédoise visant l’Australien relance
ainsi un feuilleton judiciaire qui dure depuis près d’une décennie
durant laquelle Julian Assange et ses soutiens n’auront eue de cesse de
dénoncer une manœuvre destinée à le faire extrader vers les États-Unis.
Les États-Unis reprochent à l’Australien d’avoir mis en danger
certaines de leurs sources lors de la publication en 2010 par WikiLeaks
de 250.000 câbles diplomatiques et d’environ 500.000 documents
confidentiels portant sur les activités de l’armée américaine en Irak et
en Afghanistan. lls l’accusent également d’avoir « comploté » avec
l’ex-analyste militaire Chelsea Manning, à l’origine de cette fuite sans
précédent.
La justice américaine a inculpé Julian Assange le 23 mai en vertu des lois anti-espionnage.
C’est officiellement pour éviter l’extradition aux États-Unis que
l’Australien s’était réfugié en 2012 à l’ambassade d’Équateur à Londres.
En son absence, et faute de pouvoir faire avancer l’enquête, la justice
suédoise avait abandonné les poursuites en mai 2017.
Mais à la suite d’une demande d’extradition formulée par les
États-Unis, Julian Assange a été remis le 11 avril aux autorités
britanniques qui l’ont immédiatement emprisonné puis condamné à une
peine de 50 semaines de prison le 1er mai pour violation des conditions
de sa liberté provisoire.
Selon Mme Persson, « dans l’éventualité d’un conflit entre le
mandat d’arrêt européen et une demande d’extradition de la part des
États-Unis, les autorités britanniques décideront sur l’ordre de
priorité. L’issue de ce processus est impossible à prévoir ».
L’audience d’extradition réclamée par les États-Unis devait se
tenir jeudi dernier, mais a été ajournée à la semaine du 12 juin — les
avocats de Julian Assange ayant fait valoir qu’il était en mauvaise
santé.
Un rapporteur de l’ONU a affirmé vendredi que Julian Assange
présentait « tous les symptômes (de) torture psychologique » à laquelle
il a été exposé « pendant plusieurs années ».
Le rapporteur a estimé que s’il venait à être extradé aux
États-Unis, il « serait exposé à un risque réel de violations graves de
ses droits humains, y compris de sa liberté d’expression et
d’expression ».
Par Le Journal de Montréal

