
Des évêques érythréens ont signé un document expulsant leur ancien chef de file. Abune Antonios est un symbole mondial de la persécution religieuse. Âgé aujourd’hui de 90 ans, il est détenu depuis 13 ans.
De notre correspondant à Nairobi, Sébastien Németh
Ordonné
troisième patriarche des orthodoxes d’Érythrée en 2004, Abune Antonios
se démarque vite par sa liberté de ton. Le religieux accuse le
gouvernement d’interférer dans les affaires de l’Eglise. Il lui demande
d’arrêter d’organiser des lectures collectives de la Bible et de
relâcher les chrétiens accusés de trahison. Abune Antonios refuse aussi
d’excommunier 3 000 membres d’une école orthodoxe.
Son
comportement ne plaît pas à la dictature d’inspiration marxiste. C’est
alors le début de la descente aux enfers pour le patriarche. En juin
2006, il est démis de ses fonctions et placé en résidence surveillée. Un
an plus tard, le gouvernement le remplace. Abune Antonios est alors
déplacé dans un endroit inconnu. Les protestations lancées dans le monde
n’y font rien : pendant une décennie, le chef religieux est maintenu au
secret.
Exceptionnellement il y a deux ans, après une forte
pression internationale, le gouvernement l’autorise à faire une brève
apparition publique. Abune Antonios assiste à une messe en la cathédrale
Sainte Marie d’Asmara, sans pouvoir faire de sermon ni parler aux
croyants.
Quelques jours plus tard, le gouvernement dit l’avoir
placé dans un endroit plus confortable, mais toujours au secret. Malgré
la paix conclue il y a un an avec l’Éthiopie et les espoirs suscités en
matière de droits de l’homme, le régime érythréen continue de piétiner
les libertés religieuses.

