
Le pirate
informatique a transmis à la fin de 2018, « l’ensemble des données à
l’origine des récentes
révélations » sur la fortune d’Isabelle dos
Santos, fille de l’ex-président angolais.
A l’origine du scandale des « Football Leaks », le pirate informatique portugais Rui Pinto a frappé un nouveau coup en révélant être également derrière les « Luanda Leaks » : il revendique la fuite de 715 000 documents compromettants pour la milliardaire angolaise Isabel dos Santos. « On savait que plusieurs de nos sociétés avaient été ciblées par un hackeur portugais », avait affirmé la semaine dernière Sindika Dokolo, l’époux congolais de la femme la plus riche d’Afrique.
Selon ses avocats, le hackeur de 31 ans a agi par « devoir de citoyenneté et sans contrepartie », et « assume la responsabilité » d’avoir transmis, à la fin de 2018, « l’ensemble des données à l’origine des récentes révélations » sur la fortune de la fille de l’ex-président angolais. Rui Pinto « a
souhaité favoriser la compréhension d’opérations complexes menées avec
la complicité de banques et de juristes qui non seulement appauvrissent
le peuple et l’Etat d’Angola, mais sont également susceptibles d’avoir
porté gravement atteinte à l’intérêt général au Portugal ».
Ces données leur sont parvenues à travers la Plate-forme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), présidée par Me Bourdon,
l’avocat au barreau de Paris qui représente également Edward Snowden,
Hervé Falciani (SwissLeaks) ou Antoine Deltour (LuxLeaks).
Détenu au Portugal
Peu
après son arrestation, en janvier 2019 à Budapest, où il résidait, Rui
Pinto avait affirmé être en possession de six téraoctets de documents
inédits. Actuellement détenu au Portugal, il attend d’être jugé pour
tentative d’extorsion et délits informatiques liés aux fuites des
« Football Leaks », organisées à partir de la fin de 2015.
Publiées
en plusieurs volets par un autre consortium de médias, le European
Investigative Collaborations (EIC), ces révélations avaient mis à nu des
mécanismes d’évasion fiscale, des soupçons de fraude et de corruption
mettant en cause plusieurs clubs européens et des joueurs vedettes,
comme le Portugais Cristiano Ronaldo.
« Fraude », « détournement de fonds », « blanchiment d’argent »
Le
22 janvier, soit trois jours après la publication des « Luanda Leaks »,
la justice angolaise a formellement accusé Isabel dos Santos et
plusieurs de ses associés portugais de « fraude », de « détournement de fonds » et de « blanchiment d’argent ». Elle la soupçonne également de « trafic d’influence », d’« abus de biens sociaux », et de « faux en écritures » durant son mandat à la tête du groupe pétrolier public Sonangol. Se disant « prête à se battre » devant la justice internationale pour se défendre, la milliardaire de 46 ans a formellement démenti ces accusations.
Le gestionnaire des comptes d’Isabel dos Santos était lui aussi visé par la justice angolaise dans le cadre de cette enquête. Il a été retrouvé mort chez lui, à Lisbonne. Il « se serait suicidé par pendaison dans son garage », a précisé la police dans un communiqué.
Cette
affaire constitue un test majeur de la volonté affichée de l’actuel
président angolais, Joao Lourenço, de lutter contre la corruption. Ce
dernier a succédé en 2017 à José Eduardo dos Santos, qui a dirigé ce
pays riche en pétrole d’une main de fer pendant trente-huit ans. Les
ondes de choc de ce scandale ont également vite atteint le Portugal qui,
frappé en 2011 par une grave crise financière, avait accueilli à bras
ouverts les capitaux investis par le clan dos Santos.

