Les dernières évolutions de la pandémie en Asie le montrent, le Covid-19
ne sera véritablement
vaincu qu’une fois qu’un vaccin sera mis au
point, produit et mondialement distribué, soit entre douze et dix-huit
mois, selon les estimations.
Editorial du « Monde ».
Sournois et imprévisible, le Covid-19 ne cesse de surprendre. Il y a un
mois, l’Asie faisait figure de modèle dans le combat contre le virus, au
moment où la pandémie attaquait l’Europe. Pris de court par la violence
de l’offensive, Italiens, Espagnols puis Français se tournaient vers
Taïwan, Singapour, Hongkong, la Corée du Sud et même la Chine en
essayant d’identifier les modes opératoires susceptibles de les sauver à
leur tour. Avec un peu d’envie, aussi, pour ces autorités sanitaires si
bien préparées grâce à l’expérience du SRAS en 2003, ou pour ces
sociétés si disciplinées face à des contraintes jusqu’ici inimaginables
en Europe.
Un
mois plus tard, ces pays européens ont peut-être atteint le fameux
plateau tant espéré, ce stade où l’aplatissement de la courbe des
nouveaux cas et de celle des morts laisse penser que la progression de
la maladie marque le pas, ne serait-ce que le temps d’un répit
salutaire. Leurs gouvernements, pourtant, se gardent bien de crier
victoire. Pourquoi ? Parce qu’ils regardent aussi les courbes des pays
d’Asie. Et ce qu’elles révèlent est inquiétant : plusieurs de ces pays
sont maintenant atteints par une deuxième vague du virus.
« Nouvelles décevantes »
Le
cas le plus frappant est celui de Singapour. La cité-Etat de 6 millions
d’habitants a appliqué très tôt une stratégie exemplaire qui lui a
permis de contrôler la propagation du virus sans avoir recours au
confinement : dépistage systématique, traçage méticuleux et mise en
quarantaine rigoureuse des personnes infectées, stricte restriction des
déplacements et des arrivées sur le territoire. Malgré cela, le nombre
de cas a subitement augmenté de manière spectaculaire début avril, en
raison de transmissions locales et de contaminations par des résidents
de retour.
Sur la base de ces « nouvelles décevantes »,
le premier ministre, Lee Hsien Loong, a décrété vendredi 3 avril une
mesure de confinement général à partir de mardi, avec fermeture des
écoles et des commerces non essentiels, jusqu’au 4 mai. Une situation
particulièrement préoccupante a éclaté dans les baraquements réservés
aux travailleurs immigrés, dont 20 000, des hommes seuls, pour la
plupart venus du Bangladesh, hébergés dans des dortoirs, ont été placés
en quarantaine.
Hongkong et
la Chine s’inquiètent également d’une résurgence des cas, attribuée par
Pékin aux étrangers arrivés dans le pays. Au Japon, le premier ministre,
Shinzo Abe, confronté à une forte poussée des cas de coronavirus,
devait décréter mardi l’état d’urgence dans sept régions de l’Archipel,
dont celle de Tokyo.
Quelles
leçons faut-il retenir de cette évolution ? Essentiellement que la
pandémie ne sera véritablement vaincue qu’une fois qu’un vaccin sera mis
au point, produit et mondialement distribué. Et que, d’ici là – entre
douze et dix-huit mois, selon les estimations –, le virus sera
susceptible de faire des allers et retours sur la planète, au gré des
vagues de contamination sur les continents. Le processus de
déconfinement là où il a été en vigueur, l’assouplissement des
restrictions décidées ailleurs ne pourront se faire que de manière
progressive et, le plus souvent, temporaire.
Il
faudra apprendre à cohabiter avec le coronavirus. Toujours prévoyant,
le gouvernement de Singapour a décidé lundi de suspendre pour dix-huit
mois l’activité du terminal 2 de son énorme aéroport, l’un des grands
hubs mondiaux. Dix-huit mois : le temps qu’il faut pour le vaccin. La
route sera longue.

