
Les Algériens ont d’abord empêché Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat, puis l’ont finalement poussé à la démission. Et mardi, c’est un autre responsable, Tayeb Belaiz, président du Conseil constitutionnel, qui a annoncé son départ. Mais les manifestants en veulent plus.
Avec la démission de Tayeb Belaiz, c’est un pilier du régime qui
s’effondre : vingt ans passés aux côtés de l’ancien président Abdelaziz
Bouteflika.
Les Algériens se réjouissent. Mais cette démission
n’est donc qu’un tiers de victoire. Tayeb Belaiz fait partie des
« 3 B », avec le chef d’État par intérim Abdelkader Bensalah et
Noureddine Bedoui, Premier ministre, ils sont la bête noire des
Algériens. La joie du peuple ne sera entière que lorsque ce trio au
complet aura été chassé, répètent inlassablement les Algériens lors des
manifestations.
À Alger, certains partis de l’opposition
applaudissent : le « système » montre des faiblesses, il s’effrite. Mais
d’autres mettent en garde : cette démission n’est qu’une diversion, le
régime sacrifie les indésirables pour mieux rester en place.
■ Paroles d’étudiants
Leur
détermination est sans faille. En face des étudiants, plusieurs rangées
de CRS bloquent le passage. Amine a 20 ans, il se réjouit du départ de
Tayeb Belaiz. Mais, pour lui, c’est une simple diversion, l’actuel chef
d’État par intérim Abdelkader Bensalah doit à présent partir.
« Nous
avons des manipulateurs au pouvoir et nous n’en pouvons plus de leurs
manœuvres politiciennes. On est contre Bensalah en premier lieu, nous
n’en voulons pas comme président par intérim. C’est eux qui l’ont nommé à
ce poste, ce n’est pas le choix du peuple, c’est inacceptable ».
Au
milieu de la foule, Youssef, un autre étudiant, est originaire de la
région des hauts plateaux, aux portes du désert algérien. Il a fait
plusieurs heures de route pour arriver jusqu’à Alger. « Tous ces responsables au pouvoir sont comme des dents cariées, dit-il. Nous les arracheront, l’une après l’autre. »
« Revendications claires et légitimes »
« Nos revendications sont claires et légitimes : nous avons demandé le départ des 3 B.
Belaiz est parti, restent les deux autres. Nous manifesterons toutes
les semaines. Nous allons les arracher de ce pouvoir où ils se sont
enracinés. »
Ces milliers d’étudiants et leurs professeurs,
rassemblés au pied de la fac centrale d’Alger, ne sont pas les seuls à
se mobiliser. L’appel est national, toutes les universités du pays ont
organisé des marches en signe de protestation contre les responsables
qui incarnent le système.
Pour moi, ce n'est qu'une manœuvre qui ne coûte pas grand-chose...
Mouloud Boumghar, spécialiste de droit international

