
Le président,
Patrice Talon, a déclaré dimanche : « Si nous prenons des mesures qui
affament tout le
monde, elles finiront très vite par être bravées et
bafouées. »
Le Bénin ne dispose pas des « moyens des pays riches »
pour prendre des mesures de confinement strictes dans la lutte contre
la propagation du Covid-19, a déclaré dimanche 29 mars son président,
Patrice Talon. « Pour accompagner les réductions de mobilité ou les
confinements, les pays riches débloquent des sommes faramineuses et
certains ont même recours à des solutions monétaires à peine déguisées,
voire à la planche à billets pour prévenir le chaos socio-économique
inévitable autrement », a déclaré M. Talon dans une allocution télévisée. « Le Bénin (…) ne dispose pas de ces moyens », a tranché le chef de l’Etat. « Si nous prenons des mesures qui affament tout le monde, elles finiront très vite par être bravées et bafouées », a-t-il ajouté.
Huit grandes zones urbaines, dont Cotonou, la capitale économique, seront entourées d’un « cordon sanitaire »
et les transports en commun suspendus dans ces localités à partir
d’aujourd’hui. Beaucoup de voix s’élèvent pour dénoncer le manque de
mesures de protection et s’interrogent sur le nombre officiellement peu
élevé de personnes contaminées au Covid-19 (6 dimanche matin) par
rapport aux autres pays de la zone. Le Togo voisin (28 cas) et le Ghana
(141 cas) ont adopté des mesures strictes de confinement et de
restrictions de mouvement.
« Impossibilité d’imposer des quarantaines »
La
semaine dernière, une manifestation des étudiants de l’université
d’Abomey-Calvi qui réclamaient la fermeture de leur établissement et de
toutes les écoles du pays a fait un mort parmi les manifestants. Le
gouvernement a finalement fermé les établissements scolaires et les
lieux de culte les 22 et 23 mars.
En
Afrique de l’Ouest, où une grande partie de la population vit avec
moins de 2 dollars par jour et dépend de l’économie informelle pour
survivre, les mesures de confinement et de ralentissement de l’économie
sont très difficiles à mettre en place. « L’impossibilité d’imposer
des quarantaines totales dans les bidonvilles ou dans les quartiers
défavorisés signifie que cela ne sera pas une option en Afrique », note le cabinet de conseil économique international NKC African Economics.
« Une
mauvaise gestion de la situation pourrait entraîner un coût en vies
humaines bien plus important que les pertes économiques », précise
cette étude publiée à la fin de mars, alors que l’Afrique subsaharienne
enregistre une hausse inquiétante du nombre de cas de Covid-19 sur un
continent dépourvu de systèmes de santé solides.

