L'ONU a annoncé dimanche la mort d'au moins 60 personnes dans une
nouvelle tuerie menée par
plusieurs centaines d'hommes armés dans un
village du Darfour. Les forces de sécurité vont être déployées dans la
région. À l'origine des violences, la délicate question du partage
des terres et de l'eau.
Selon l'ONU, 500 hommes armés ont attaqué samedi 25 juillet la
localité de Masteri, à 48 km de la capitale provinciale d'El Geneina, au
Darfour-ouest, tuant plus de 60 personnes, en majorité de la communauté Masalit, et en blessant 60 autres.
Plusieurs
maisons dans le nord, le sud et l'est du village ont été pillées et
brûlées ainsi que la moitié du marché local, a indiqué dimanche le
Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l'ONU à
Khartoum. "Il s'agit du dernier d'une série de sept incidents violents
entre le 19 et 26 juillet, laissant des dizaines de morts et de blessés
et qui se sont traduits par des villages et des maisons brûlés ainsi que
des marchés et des magasins endommagés" dans cet État, a précisé
l'ONU.
Déploiement des forces de l'ordre
Des forces de sécurité vont être déployées dans la région soudanaise du Darfour, théâtre de violences tribales,
pour y protéger "les citoyens et la saison agricole", a annoncé
dimanche 26 juillet le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok.
Cette
décision intervient après la multiplication de violences
meurtrières, liées à la question des terres entre tribus nomades arabes
et agriculteurs issus de tribus africaines dans cette région de l'Ouest
du Soudan : vendredi, au moins 60 paysans ont été tués au Darfour-Sud
par des hommes armés, alors qu'ils revenaient sur leurs champs après
plus de quinze ans d'absence, selon un chef de tribu locale.
Il
s'agit de l'incident le plus sanglant d'une série qui s'est produite la
semaine dernière dans plusieurs parties du Darfour, dans l'ouest du
Soudan, où depuis des années des violences opposent sur la question
sensible des terres et de l'eau les tribus nomades arabes aux
agriculteurs issus de tribus africaines.
Escalade de violence
Selon
l'organisation internationale, "cette escalade de la violence dans
différentes parties du Darfour provoque des déplacements de population
et met en danger la saison agricole", qui coïncide avec la saison des
pluies. Dans les cinq États du Darfour, 2,8 millions de personnes
souffrent de la faim dont 545 000 dans le seul État du Darfour-Ouest.
Les paysans tués vendredi avaient été autorisés à revenir sur leurs
terres au terme d'un accord conclu il y a deux mois sous l'égide du
gouvernement avec ceux qui s'y étaient installés durant le conflit au
Darfour.
Face à cette situation, le Conseil de défense et de
sécurité, la plus haute instance de sécuritaire du pays, s'est
réuni. "Nous devons utiliser la force pour protéger les citoyens et
leurs propriétés. Les forces de sécurité vont être envoyées de Khartoum
dans les régions où se produisent des troubles pour assurer la sécurité
des habitants", a déclaré dans un communiqué le ministre soudanais de
l'Intérieur, Eltrafi Elsdik.
Violence endémique
Ce conflit, qui a éclaté
en 2003 entre le régime à majorité arabe d'Omar el-Béchir et des
insurgés issus de minorités ethniques s'estimant marginalisées, a fait
des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés selon
l'ONU.
Ces dernières années, il a baissé en intensité et, en
2019, l'autocrate Omar el-Béchir a été renversé par l'armée sous la
pression de la rue. Le nouveau gouvernement, issu d'un accord entre
militaires et meneurs de la contestation, a entamé en octobre 2019 des
pourparlers pour un accord de paix avec des groupes rebelles et ainsi
mettre un terme aux conflits dans les régions du Darfour, du
Kordofan-Sud et du Nil Bleu. Mais une violence endémique demeure en
raison des conflits relatifs à la terre, selon Adam Mohammad, expert de
la région.
"La question de la terre est l'une des causes du conflit et elle
demeure, car, durant la guerre, les paysans ont fui leurs terres et
leurs villages pour aller dans des camps et des nomades les ont
remplacés et s'y sont installés", affirme-t-il à l'AFP.
Par France 24 avec AFP

