![En 2012, il avait été condamné à la perpétuité. [NHET SOKHENG / ECCC/AFP/Archives] Kaing Guek Eav, alias "Douch", lors de son procès à Phnom Penh, le 3 février 2012 [NHET SOKHENG / ECCC/AFP/Archives]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_640_360/public/56ce41a8290dfa5f783a3615557fd2b7e52f79a4.jpg?itok=J-gZkTep)
L'ancien tortionnaire «Douch», chef du
plus redoutable centre de détention sous le régime
cambodgien des Khmers
rouges et condamné à la perpétuité, est décédé mercredi à l'âge de 77
ans.
Kaing Guek Eav, alias Douch, «est mort à l'hôpital», a déclaré Neth
Pheaktra, porte-parole du tribunal cambodgien parrainé par l'ONU pour
juger les principaux responsables khmers rouges. Aucune précision n'a
été donnée sur les causes du décès.
«Il souffrait d'une maladie pulmonaire depuis plusieurs années», a précisé à l'AFP une source sous couvert d'anonymat.
Douch a dirigé Tuol Sleng ou S21, la prison centrale de Phnom Penh où
15.000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées par les kmers rouges.
Installée le 17 avril 1975, cette dictature ultra-maoïste est tombée
le 7 janvier 1979 sous les chenilles des chars du Vietnam socialiste,
«frère ennemi». Entre-temps, quelque deux millions de personnes furent
tuées.
Un tortionnaire «méticuleux»
Kaing Guek Eav a été le premier Khmer rouge condamné par un tribunal
pour crimes de guerre. En 2010, en première instance, une peine de 30
ans de prison a été prononcée à son encontre. Puis, deux ans plus tard,
en appel, il a été condamné à la perpétuité.
Né le 17 novembre 1942 dans un village de la province de Kompong
Thom, au nord de Phnom Penh, Douch a été professeur de mathématiques
avant de rejoindre les Khmers rouges en 1967. Après la chute du régime,
il a continué d'appartenir au mouvement puis a travaillé pour des
organisations humanitaires.
Caché pendant des années, il a été repéré en 1999 par un photographe irlandais, Nic Dunlop, et arrêté.
Devant ses juges, lors du premier procès, il a longuement expliqué la
signification des tombereaux de documents découverts dans la prison à
la chute du régime, et le processus au cours duquel les suppliciés
étaient ensuite emmenés sur un site d'exécution à quelques kilomètres de
là.
«Méticuleux, consciencieux, attentif à être bien considéré par ses
supérieurs» selon les psychiatres, le tortionnaire avait tenu une
administration rigoureuse des activités de la prison. «Je suis
responsable émotionnellement et légalement», avait-il reconnu.
Converti au christianisme dans les années 1990, il a demandé pardon
aux rares survivants et familles des victimes, acceptant d'être condamné
à «la peine la plus stricte».
Mais l'accusé a ensuite abandonné cette stratégie d'aveux et de
coopération avec la justice et réclamé sa libération en se qualifiant de
simple secrétaire du régime.
L'accusation a décrit son «enthousiasme et sa méticulosité dans
chacune de ses tâches», mais aussi sa «fierté» de diriger le centre de torture et «son indifférence à la souffrance» d'autrui.
L'ethnologue français François Bizot, trois mois captif de Douch en
1971 dans la jungle, a, lui, évoqué la «sincérité fondamentale d'un
homme (...) prêt à donner sa vie pour la Révolution, et qui
accomplissait la mission qui lui avait été attribuée».
Au final, Douch n'a eu «aucun regret», estime Youk Chang, chef du
Centre de Documentation du Cambodge, un organisme de recherche qui a
fourni de nombreuses preuves au tribunal. J'espère que son décès
«apportera un peu de réconfort aux vivants et que les morts pourront
enfin reposer en paix».
Par AFP avec CNEWS

