Photo: Agence France-Presse (photo) Issouf Sanogo
Cours
de français dans une école primaire du Burkina Faso, pays africain où le nombre
de personnes sachant lire et écrire le français a été multiplié par cinq en
vingt-cinq ans, souligne l’importante étude de
l’Organisation internationale de
la Francophonie qui doit être publiée aujourd’hui.
Le français est en constante progression dans le monde, selon un rapport de l'OIF.
Paris
— Le nombre de francophones est en progression constante dans le monde,
affirme une importante étude publiée aujourd'hui par l'Organisation
internationale de la Francophonie. Cette progression est
particulièrement marquée en Afrique, où les progrès de la scolarisation
ajoutent chaque jour des milliers de nouveaux francophones. Selon le
volumineux rapport intitulé La Langue française dans le monde 2010
(Nathan), qui devait être rendu public ce matin à Paris, 70 des 220
millions de francophones du monde vivent en Afrique subsaharienne. Si
l'on inclut les pays d'Afrique du Nord, c'est près de la moitié des
francophones qui sont aujourd'hui sur le continent africain.
Dans les années à venir, cette tendance ne pourra que s'accentuer. En
2050, près de neuf francophones sur dix vivront en Afrique, où la
population francophone franchira le cap du demi-milliard. On assistera
alors, écrivent les chercheurs, à une véritable «reconfiguration» du
poids des nations dans le monde francophone. Selon eux, cette nouvelle
situation oblige dès aujourd'hui la Francophonie à tout faire pour
relever le niveau d'éducation des pays africains et à préciser la place
qu'occupe le français dans ces pays où il côtoie de nombreuses langues
africaines.
Les exemples du
Burkina Faso et du Mali illustrent cette «augmentation prodigieuse du
nombre de personnes qui sont aptes à lire et à écrire le français». Dans
ces deux pays, il a été multiplié par cinq en vingt-cinq ans. Le
français est aujourd'hui parlé par pratiquement tous les habitants de
Douala, de Kinshasa, d'Abidjan et de Libreville ainsi que par une très
grande proportion des habitants de Dakar et de Bamako. Les chercheurs
craignent d'ailleurs que ces chiffres ne soient sous-estimés puisque les
seules données fiables concernent les populations scolarisées, excluant
donc les Africains qui parlent notre langue sans être allés à l'école.
Une langue d'enseignement
Notre
langue se classe parmi la quinzaine de langues du monde qui ont plus de
100 millions de locuteurs, mais son influence ne saurait se limiter à
son poids démographique, expliquent les auteurs de cette véritable bible
de l'état actuel du français. Le français a un statut officiel dans
vingt-neuf États et trois gouvernements. De plus, il est toujours «une
des rares langues enseignées dans tous les pays du monde», ajoute le
rapport.
Son enseignement comme
langue seconde a cependant progressé légèrement (6 %) entre 2007 et
2010. Il est en forte baisse en Europe (-17 %), en dépit de la promotion
officielle du multilinguisme au sein de l'Union européenne. La
connaissance du français recule donc rapidement en Bulgarie, en Grèce,
en Pologne et en Roumanie. Par contre, elle serait en légère hausse en
Hongrie, en Lituanie et en République tchèque.
En
Amérique, l'enseignement du français comme langue étrangère serait
plutôt stagnant (-1 %). Il est cependant en forte hausse en Afrique
subsaharienne (+19 %), en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (+13 %) et
en Asie-Océanie (+6 %). Exception notable, le Rwanda a récemment opté
pour une politique du «tout anglais» et il «s'anglicise de manière
croissante», note l'étude. Seul l'anglais est aujourd'hui employé dans
le primaire, le secondaire et l'enseignement supérieur. Une tendance
aussi présente au Cambodge et au Laos malgré des initiatives récentes.
Selon
les rapporteurs, l'obstacle principal à une meilleure progression du
français dans le monde, et notamment en Afrique, tient au faible niveau
des professeurs de français. Dans de nombreux pays, le français est par
ailleurs en lutte pour conserver ou obtenir le statut de langue seconde
obligatoire, après l'anglais.
Internet en anglais
Malgré
la nette domination de l'anglais sur Internet (45 % des pages), le
document souligne que, pour ce qui concerne la création de nouvelles
pages, il est suivi dans l'ordre par l'allemand et le français.
L'ouvrage ajoute que le français est en train de se tailler une «place
singulière» sur Internet comme première langue de traduction des sites
d'organismes officiels, devant l'allemand et l'espagnol. L'explosion des
modes de communication du type Facebook et Twitter démontrerait
cependant que, de plus en plus, «les langues de la Toile seront celles
de ses utilisateurs».
Le français en baisse au Canada
Le
rapport rappelle par ailleurs que la population de langue maternelle
française au Canada est passée de 27 % à 22 % de 1971 à 2006 et que
cette dernière se concentre de plus en plus à proximité des frontières
du Québec. Le rapport souligne aussi la proportion «assez faible» de
Canadiens hors Québec qui ont le français comme langue seconde (7 % en
2006).
Avec la France, lit-on, même
le Québec est aujourd'hui touché par la mode qui consiste à chanter en
anglais. Selon le Français Jean-Noël Bigotti, du Centre d'information et
de ressources pour les musiques actuelles, cité dans le rapport, cette
mode s'expliquerait en raison du fait qu'il serait plus facile d'écrire
en anglais et de trouver le succès rapidement. Les exigences seraient en
effet moins élevées en anglais, notamment dans «des pays non
anglophones, où les textes ne sont pas forcément compris».
Source : ledevoir.com

