S'il
y a un seul élément à retenir de l'excellente lettre annuelle que
Warren Buffett vient de présenter à ses actionnaires, c'est son
optimisme légendaire à l'égard de la Bourse et du monde des affaires.
Cet état
d'esprit, impopulaire dans la population en général, est un
ingrédient essentiel de la recette pour s'enrichir à long terme.
Ceux qui connaissent bien le grand
patron de Berkshire Hathaway (NY, BRK.B) savent qu'il affiche depuis
longtemps un optimisme inébranlable, mais cela m'a semblé encore plus
marquant cette année, alors que le pessimisme règne dans le monde.
M. Buffett a témoigné sa confiance
envers la machine économique américaine. «Cela a été une terrible erreur
de parier contre l'Amérique depuis 240 ans, et il n'est pas propice de
commencer à le faire. La poule aux oeufs d'or de l'innovation et du
commerce continuera de pondre des oeufs plus nombreux et plus grands», a
notamment dit l'oracle d'Omaha.
Il a aussi rappelé aux investisseurs
qu'ils sont certains de s'enrichir, à condition de conserver un
portefeuille de placements bien diversifié sur une longue période. «Aux
États-Unis, les rendements obtenus grâce aux investissements gagnants
ont nettement plus que compensé les pertes occasionnées par les
investissements perdants.» Au 20e siècle, a-t-il précisé, l'indice Dow
Jones est passé de 66 à 11 497, et les entreprises qui en font partie
ont continuellement versé des dividendes croissants.
Cette dose d'optimisme ne pouvait
arriver à un meilleur moment. Elle sert en effet d'antidote aux
scénarios catastrophes qui nous sont injectés à profusion depuis l'été
dernier, parce que la Bourse a brassé un peu plus que dans les dernières
années, que le pétrole a chuté et que l'économie chinoise a ralenti.
Cette ambiance fait des ravages chez les investisseurs individuels, en
les incitant à prendre de coûteuses décisions sous le coup de l'émotion.
Le culte du pessimisme
La plupart des gens accordent davantage
d'importance aux commentateurs qui véhiculent des messages pessimistes
qu'à ceux dont le ton est positif, comme Warren Buffett.
Tom McClellan, éditeur de The McClellan
Market Report, illustrait à la mi-février un intéressant paradoxe. La
maison de sondage Gallup demande régulièrement à des Américains s'ils
jugent que les conditions économiques s'améliorent ou si elles se
détériorent. Pour la majeure partie de la période allant de 1997 à
aujourd'hui, l'économie américaine a été en croissance, tout comme la
Bourse. Pourtant, la plupart du temps, les personnes sondées se sont
dites pessimistes à propos des perspectives économiques.
Pourquoi le pessimisme est-il si dominant ?
Morgan Housel, analyste chez Motley
Fool, s'est penché sur ce phénomène. Même s'il y a une foule de choses
qui s'améliorent pour une majorité des gens, le pessimisme est non
seulement plus répandu que l'optimisme, mais il paraît plus brillant.
«On accorde plus d'attention aux pessimistes qu'aux optimistes, qui sont
souvent vus comme des naïfs inconscients», écrit M. Housel dans une
note.
Il y a plusieurs raisons susceptibles
d'expliquer la force du côté obscur. La première réside dans le fait que
le tort causé par une perte est deux fois plus important que l'utilité
retirée d'un gain de montant équivalent, comme l'a démontré Daniel
Kahneman, un spécialiste de la finance comportementale. La manchette
évoquant une possible chute de 75 % de la Bourse retient donc bien plus
notre attention que celle indiquant que les marchés offriront un
rendement décent.
Le pessimisme nous interpelle aussi
davantage parce qu'il requiert une action, dit M. Housel. L'optimisme
suggère de ne pas s'inquiéter, de maintenir le cap, et que tout finira
par rentrer dans l'ordre. Ce qui ne nécessite aucune intervention. C'est
le contraire de la voie pessimiste, qui nous force à agir pour fuir le
risque. Donc, de vendre des placements.
Des psychologues ont pourtant démontré que les pessimistes surestiment les risques et sous-estiment les occasions.
Le grand succès de Warren Buffett nous
enseigne cependant qu'une attitude optimiste est la clé pour s'enrichir.
Sans faire fi des risques, l'homme de 85 ans cherche avant tout à
profiter des occasions qui se présentent pour acheter des actifs de
grande qualité à bon prix, même dans les périodes de grande déprime.
L'attrait de la vente à découvert
Curieusement, pendant que le sage
d'Omaha mise sur l'avenir, bien des investisseurs se laissent séduire
par la vente à découvert. Trois lecteurs m'ont récemment posé des
questions à propos de cette démarche qui consiste à tenter de profiter
de la baisse d'un titre pour empocher des gains. Amine, un étudiant,
veut notamment connaître mon avis à propos de cette stratégie.
À mes yeux, il est bien plus difficile
de faire de l'argent en misant sur la baisse potentielle d'un titre que
sur son appréciation à long terme. Même si vous avez raison d'anticiper
le recul d'une action, rien ne garantit que votre scénario se
concrétisera. Comme l'a déjà dit M. Buffett, vous risquez de vous
trouver à court d'argent avant que les promoteurs d'un titre ne soient à
court d'idées pour le faire monter.
Parlez-en à Bill Ackman. Trois ans après
avoir lancé une campagne soutenant que Herbalife (NY, HLF) était un
système de ventes pyramidales, il pourrait devoir bientôt concéder la
victoire à l'entreprise. Le pari de 1 milliard de dollars sur la baisse
du titre a jusqu'ici été un échec notable pour l'investisseur activiste.

