La Jalousie Au Bureau, Une Emotion à Combattre

Hostilité, démotivation, turnover… La vie de l’envié comme celle de l’envieux peuvent vite devenir un enfer. Les pistes pour se débarrasser d’un vilain défaut.

Travailler avec des amis ne met pas à l’abri des conflits d’ego. Quatre quadragénaires l’ont appris à leurs dépens. Lorsqu’ils se sont associés pour monter leur cabinet de conseil, très vite, l’un d’eux a reproché au plus diplômé de s’attribuer les missions les plus valorisantes. Ce dernier a eu beau se défen­dre, l’atmosphère est devenue lourde. Ils ont fini par ne plus se parler et la jeune structure s’est écroulée, sapée par la jalousie.

«L’entreprise se révèle un terreau fertile pour ce sentiment complexe, observe Bénédicte Vidaillet, maître de conférences en psychosociologie des organisations. En grande partie parce que chaque salarié s’y voit comparé aux autres.» Si on ne peut empêcher la jalousie de poindre, on peut en atténuer les méfaits. «Ou même transformer cette émotion en tremplin, s’en servir pour rebondir et se dépasser», ajoute le coach Bernard Leblanc-Halmos. Dans tous les cas, apprenez à ne plus subir la jalousie, que vous soyez envieux ou envié.

Prémunissez-vous contre les convoitises 
Vous voici enfin promu, mais vous n’avez guère le temps de vous réjouir : depuis quelques jours, un collègue qui convoitait le poste vous regarde d’un œil noir. «Pour ne pas attiser la ran­cœur, faites pro­fil bas, recom­mande Frédéric Rey-Millet,
président d’Ethi-Konsulting. Lorsque la situation est ten­due, mieux vaut éviter de fêter votre promotion.» Cette modestie ne suffira peut-être pas à calmer les hostilités. «La déception pourra s’exprimer par de la froideur, des piques ou des tentatives de sabotage, comme la disparition d’un de vos dossiers», prévient Ricardo Croati, dirigeant du cabinet France Training.

Si la situation perdure, expliquez-vous avec votre collègue sans vous poser en accusateur. Privilégiez des formules telles que «J’ai l’impression que quelque chose ne va pas…», afin d’ouvrir le dialogue. «Si cela ne fonctionne pas, parlez-en avec votre supérieur, conseille Frédéric Rey-Millet. Donnez-lui des éléments factuels, afin qu’il n’ait pas l’impression que vous l’utilisiez pour régler vos comptes.» Il lui reviendra de recadrer votre collègue envieux.

Il peut arriver que vous viviez la situation inverse. Ce fut le cas de Béatrice Héraud, alors rédactrice chez Editialis, une société de communication. ­Régulièrement félicitée par sa direction, elle pensait être ­promue, jusqu’à ce qu’elle apprenne que sa collègue héritait du poste. «J’ai d’abord ressenti une grande injustice. Mon implication était forte : c’était, par exemple, toujours moi qui représentais l’entreprise lors des soirées professionnelles.» L’incompréhension se transformant en rancune, elle en a parlé à sa chef puis aux RH, sans obtenir de réponse qui lui convienne. Elle a donc présenté sa démission.

Mais tout le monde ne peut ni ne veut partir. Il faut alors lutter contre l’autodénigrement et pren­dre du recul : certaines décisions ne sont tout simplement pas rationnelles. «Pas question, pour autant, de tomber dans le fatalisme, nuance Jean-Louis Fel, fondateur du cabinet Vakom et auteur de “Bien dans sa peau sans vouloir celle des autres” (Du­nod). Essayez, par exemple, de con­vain­cre votre manager de vous confier de nouvelles respon­sa­bilités ou de nouveaux projets.»