Directeur de publication d’Aurore Plus et d’Aurore dont les locaux ont
été scellés mercredi soir sur instruction du préfet du Wouri, il se dit
prêt à donner «jusqu’à la dernière goûte de son sang», pour faire
triompher la liberté d’expression au Cameroun.
Le monde entier sait que votre organe de presse a été scellé, que s’est-il réellement passé ?
Je vais être bref. Il s’agit d’une plainte du Directeur général de
Camair-Co qui estimait que nous avons fait quelques éditions en parlant
de la structure dont il a la gestion. Par mémoire d’histoire, dans
toutes les affaires auxquelles Aurore Plus ou aujourd’hui Aurore s’est
attaqué, nous avons toujours eu raison.
Je ne vais pas me mettre à énumérer les différents cas. Mais tous
ceux qui en savent quelque chose peuvent en témoigner. Le Conseil
national de la Communication m’avait envoyé une correspondance qui m’est
parvenue une semaine après par une société de courrier étant déjà
expirée. Je n’avais pas l’obligation d’aller répondre puisque le délai
était dépassé lorsqu’elle m’a été adressée.
Ce qui s’est passé, c’est l’exécution de ce qui a longtemps été
préparé. La première rumeur sur la suspension d’Aurore Plus avait couru
en juillet 2015. Je crois que suite à un certain nombre de
programmations, au niveau du CNC, ils ont estimé qu’il ne fallait pas
sortir la décision qui avait déjà été arrêtée. Le pire, c’est que comme
aucun crime n’est jamais parfait, le CNC s’est réuni au moment où ses
membres étaient forclos. Il a fallu que la presse dénonce le fait que le
mandat de ceux qui ont signé cette décision de fermeture des médias et
de suspension des journalistes est forclos pour qu’une semaine après,
un décret présidentiel vienne les rétablir dans leurs missions au sein
du CNC.
Ce qui est évident, c’est que, pour moi, c’est un organe illégitime.
Je demande à toute la presse camerounaise de rejeter tout type de
convocation ou invitation dont le CNC va leur adresser. Je crois que mon
message, par rapport à tout ce qui se passe, c’est que c’est le dernier
verrou. Je suis convaincu que c’est au prix même de mon sang s’il faut
qu’on en arrive là. Moi, même avec un ordinateur, dans la rue, je
paraitrai. Aurore continuera à paraitre. C’est le seul moyen pour que je
prenne le peuple, la Communauté internationale à témoin parce que nous
gérons cet acharnement depuis 2015.
Ce n’est pas normal que suite à une erreur d’un médecin, qu’on ferme
un établissement hospitalier. On a vu dans l’affaire Koumatekel, on n’a
pas fermé tout l’hôpital Laquintinie. On a peut-être puni deux
infirmiers. L’autorégulation pour laquelle, depuis trente ans, je me
bats pour que la presse camerounaise retrouve la liberté doit être
effective. On s’est battu pour lever la censure administrative, on se
battra pour que le CNC ne soit pas un instrument de pression et
d’oppression. Ce qui est sûr, je paraitrai jusqu’à ma dernière goûte de
sang.
On vous reproche entre autres d’avoir voulu contourner la décision du CNC en passant d’ «Aurore Plus» à «Aurore»…
On a suspendu Aurore Plus. Mais malheureusement, les bâtiments
peuvent changer de dénomination. Nous étions «Aurore» avec une
autorisation, un récépissé. La loi de 90 autorise à un Directeur de
publication d’avoir trois organes de presse. En 1993, quand le ministre
André Tsoungui avait suspendu le Journal Aurore, c’est là où j’ai créé
«Aurore plus».
En 1994, quand je suis allé en prison avec Pius Njawe, je venais de
créer Aurore Plus. J’ai trouvé inopportun de revenir sur «Aurore»
puisque nous avions produit plus d’éditions sous «Aurore plus». Le
Conseil national de la Communication n’a jamais convoqué le Directeur de
Publication d’Aurore. La dernière convocation qui m’a été adressée,
c’est de présenter le récépissé d’Aurore Plus et d’Aurore.
Je ne savais pas que le Conseil national de la Communication jouait
déjà les rôles des fiscalistes ou du préfet. On m’a notifié de la
suspension d’Aurore Plus et le message porté selon lequel le préfet
aurait reçu des instructions de la haute hiérarchie pour sceller Aurore
Plus parce que nous continuons de paraitre sous le label d’Aurore.
On vous a donné trois mois de suspension qui seront bientôt
consommés. D’ici juin, Aurore plus devrait normalement revenir en
kiosque. Pourquoi, selon vous, les autorités ont-elles choisi cette
période précise pour sceller votre journal ?
En ce qui concerne la décision de suspendre Aurore Plus au mois de
février, je vous avoue que je ne voulais pas entrer en adversité avec
les autorités. Mais nous avons, au jour d’aujourd’hui saisi le juge
administratif et je suis confiant d’une chose: je connais la justice
camerounaise, je fais confiance en la justice camerounaise pour avoir
depuis le début de ma carrière, eu presque 240 procès.
Et sur cette somme, les délits de presse avoisinent environ 80 et 90.
Surtout, toutes les condamnations que j’ai subies ont été revues à la
Cour d’appel. Pour certains, en première instance, on m’a donné gain de
cause, toujours pour des délits de presse. Je peux me réjouir d’une
chose: c’est qu’en revenant sur Aurore, dans un premier temps c’était
pour éviter que nous cessions de travailler, et dans un deuxième temps
de montrer qu’à l’illégitimité, je dois opposer l’illégitimité.
Nous étions les premiers à nous opposer à la fermeture d’Équinoxe
télévision. J’ai été celui qui a conduit la délégation lorsque Haman
Mana et certains journalistes avaient été gardés au SED. C’est moi qui
ai dirigé la délégation partant de Douala, pour dire qu’on nous enferme
tous. Si la presse, étant un pouvoir, s’arrange à être solidaire, de
telles opérations n’arriveront plus. Mais je suis convaincu d’une chose :
c’est la dernière apposition de scellés sur les locaux d’un organe de
presse au Cameroun…
© Wiliam Tchango | Cameroon-Info.Net

