L’Afrique est à la mode. Les
émissions de radio-TV qui racontent l’histoire des Africains de retour
sur leur continent sont de plus en plus nombreuses. La majorité des
scénarios présentés se
terminent par un happy end. Très peu de
médias osent parler de ces diplômés africains qui se cassent la gueule
en rentrant. L’hyper stigmatisation d’autrefois a remplacé l’hyper
encensement. Retours d’expérience.
Aux consultants de Knowdys,
n°1 de l’intelligence économique en Afrique, ils osent se confier. Car
ici, les experts ne connaissent pas la langue de bois. « Il n’y a pas
pire étranger que celui qui revient », prévient Guy Gweth, fondateur de
l’agence de conseil, à longueur de conférence aux futurs « inpats ».
Certains écoutent et prennent du recul, mais d’autres s’entêtent,
croyant bien connaître leur continent d’origine. Leurs trajectoires ne
sont pas toujours aussi linéaires que dans les émissions de télévision.
Ceux qui arrivent avec un complexe de
supériorité sont les plus déçus. Dans les années 60-80, faire ses études
à l’étranger et retourner au pays était la garantie d’un bon poste dans
l’administration ou dans le secteur privé. Aujourd’hui, la foule des
demandeurs d’emplois ne permet plus cette aisance, sauf dans les
secteurs très pointus de l’industrie ou des technologies, sauf lorsqu’on
a des appuis….
Laura, 28 ans et MBA en poche, a dû
compter avec beaucoup d’humilité sur un parent haut placé dans une
grande entreprise locale pour se faire embaucher à un poste acceptable. «
Quand on suit les émissions sur la croissance africaine dans les
médias, on se demande ce qu’on fout dans le froid à souffrir sans
s’épanouir alors que d’autres profitent du soleil et de nos richesses
», dit-elle. A la déception s’ajoute souvent la jalousie tenace de ceux
qui, restés sur place, tiennent à montrer aux « inpats » que prendre
l’avion n’apporte pas le bonheur d’office.
Ceux qui arrivent avec un esprit
critique sont ceux qui souffrent le plus. C’est le cas d’Alex qui
s’attendait à trouver un système administratif qui fonctionne comme
celui qu’il a connu à Bordeaux où il a obtenu son doctorat en droit
international. « J’avais eu la chance d’écouter les responsables de
Knowdys au cours d’une conférence, c’est ce qui m’a sauvé. Vous pouvez
vous suicider si vous n’êtes pas préparé. Ici, il faut tout payer : le
papier, les timbres et même les pots de vin. Sinon, les gens s’en
foutent. Pour eux, l’émergence, c’est à la télé », conclut-il.
Ceux qui veulent entreprendre doivent
souvent faire face à une administration qui semble leur en vouloir.
Depuis les indépendances, les membres de la diaspora sont généralement
vus comme des opposants qui viennent révolutionner les mentalités
locales. L’entrepreneuriat est rarement la priorité des autorités,
malgré le discours officiel. « Ceux qui viennent chez Knowdys sont
entrainés à adapter leur idéalisme aux réalités locales. Sinon, ils se
cassent la gueule au bout de trois mois et refont leurs valises »,
selon les mots de Guy Gweth, Responsable du programme « Doing Business
in Africa » à l’École Centrale de Paris et à l’EMLyon.
En effet, malgré les efforts des
pouvoirs publics et l’évolution technologique, le haut débit d’internet
par exemple reste relatif dans la plupart des capitales. Le manque d’eau
potable continue de toucher 300 millions d’Africains ; et une ville est
plongée dans le noir au moins une fois toutes les 72h, d’après les
statistiques de Knowdys Database.
Les diplômés africains qui réussissent
leur retour sur le continent sont ceux qui se préparent comme lorsqu’on
va dans un nouveau pays. En l’absence d’un programme d’accueil
spécifique offert par l’Etat, Knowdys aide les porteurs de projets qui
rentrent en Afrique centrale et de l’Ouest. « Par expérience, nous
savons que d’une manière ou d’une autre, le retour sera douloureux au
début ou à mi-parcours. C’est comme un accouchement, confie Guy Gweth.
Nous leur apportons des astuces qui permettront de minimiser la douleur
le jour j, et de profiter de leur nouvelle vie comme on profite d’un
nouveau-né. »
Awa Diallo
Africa Diligence

